ECONOMIE-RWANDA: L'Etat sollicite des aides de l'étranger.

KIGAL, 8 juin (IPS) – Les perspectives économiques immédiates du
Rwanda
semblent être peu encourageantes, mais le gouvernement de Kigali
affirme
qu'une grande campagne de lutte contre la pauvreté, soutenue par
un
substantiel financement étranger et une réduction considérable de
la dette,
pourrait aider l'économie à se remettre sur ses pieds.

Plus de 70 pour cent de la population, estimée à sept millions
d'habitants,
vit au-dessous du seuil de pauvreté. L'effectif dans le secondaire
est l'un
des plus bas en Afrique, et l'espérance de vie est de 39 ans.
Le ministre des Finances et de la Planification économique, Donald
Kaberuka,
est à Stockholm, la capitale suédoise, depuis la semaine dernière
pour
plaider la cause du gouvernement devant les gouvernements
donateurs et les
institutions financières internationales.
Selon le ministre des Finances, le Rwanda a déjà donné la preuve
que
l'économie est dans la bonne direction.
Le pays vient de négocier une facilité de programme d'ajustement
structurel
de trois ans avec le Fonds monétaire international (FMI). Le
montant de ce
programme s'élève à 98 millions de dollars américains. Cet accord
prendra
techniquement effet à partir du 1er juillet et, selon Kaberuka, il
devrait
rehausser le profil du Rwanda auprès d'autres donateurs et
institutions
créancières.
Cependant, il soutient mordicus que les choix économiques du
Rwanda doivent
être endogènes. Avant de partir pour Stockholm, Kaberuka a déclaré
à IPS :
"Nous sommes engagés à bien faire le ménage, pas parce que nous
voulons
imiter d'autres pays ou parce que le FMI nous l'impose, mais parce
que le
gouvernement rwandais voulait lui-même que nous vivions dans les
limites de
nos moyens".
Selon Kaberuka, les éléments clé de l'actuelle politique
économique incluent
les efforts de restructuration d'une fonction publique pléthorique
et
inefficace héritée de l'ancien régime, de nouveaux investissements
dans le
thé et le café, les produits de base d'une économie
essentiellement agraire,
et la privatisation des anciennes entreprises publiques.
Kaberuka est convaincu que ces politiques ont déjà généré
d'importants
dividendes. "Le taux d'inflation est actuellement inférieur à
10%, tandis
que la croissance du PIB (produit intérieur brut) s'élève à 12 ou
13 pour
cent", a-t-il expliqué. "Nous avons fait ce que nous pouvons
faire pour
stabiliser la situation".
Les futures priorités, a-t-il annoncé, incluent l'amélioration des
systèmes
fiscaux désastreux, la création de nouveaux projets stimulants
pour les
importateurs et les exportateurs ainsi que l'exploitation des
vastes
réserves naturelles de gaz se trouvant, espère-t-on, dans le lac
Kivu situé
à la frontière occidentale du Rwanda.
Toutefois, malgré les indicateurs positifs que le gouvernement
peut
démontrer à Stockholm pour obtenir des faveurs, Kaberuka a dit à
IPS que les
donateurs ont l'obligation morale de soutenir le Rwanda dans ses
efforts de
recouvrement des créances internationales, et devraient traiter le
pays
comme un cas spécial".
"C'est clair maintenant que la communauté internationale
reconnaît qu'en
1une tragédie est survenue et qu'elle n'a pas fait grand chose
pour la
prévenir. Maintenant, on espère que les choses seront
différentes", pense
le ministre des Finances.
Il y a eu du mécontentement et de la frustration dans les milieux
gouvernementaux car beaucoup de fonds ont été accordés aux
réfugiés rwandais
au cours des années ayant immédiatement suivi le génocide, mais
seule une
petite proportion est allouée à la reconstruction du pays.
L'héritage du génocide demeure inévitablement le point de départ
du soutien
à accorder au gouvernement rwandais. Il y a deux semaines, le
vice-président, Paul Kagamé, a saisi l'occasion d'une rencontre
des
donateurs à Bruxelles, en prélude à la conférence de Stockholm,
pour faire
la lumière sur l'impact économique de ce qu'il a décrit comme
étant "un
affreux héritage de 30 ans de mauvaise gestion et de génocide".
Il a
ajouté que les massacres "ont détruit le tissu social, les
ressources
humaines, la capacité des institutions ainsi que l'infrastructure
socio-économique de notre pays".
L'appel du gouvernement se concentre largement sur la meilleure
façon
d'aborder la période postérieure à 1994. Il met un accent
particulier sur le
passage "du type de programmes d'urgence à des programmes à long
terme",
et plaide pour un traitement spécial, étant donné les lourdes
charges
sociales liées à la gestion d'une société sortie du génocide.
Les priorités définies incluent : la réconciliation nationale
grâce à la
bonne gouvernance, l'accroissement de la production agricole ainsi
que la
formation et l'éducation des ressources humaines du Rwanda.
Une grande partie de ces priorités ne peut pas être, selon le
gouvernement,
couverte par un budget conventionnel, d'où la nécessité d'une aide
étrangère
massive pour combler le déficit. Des fonds spéciaux sont
sollicités
d'urgence, surtout pour soutenir de façon adéquate les survivants
du
génocide, pour démobiliser et réintégrer les anciens combattants.
La réduction considérable de la dette est aussi vitale pour la
reconstruction du pays. Les dettes actuelles du Rwanda
s'établissent à
environ 1,2 milliards de dollar américains, l'équivalent de 64
pour cent du
PIB.
Les créanciers multilatéraux, y compris la Banque mondiale, le
FMI, la
Banque africaine de développement (BAD) et l'OPEC, détiennent 81
pour cent
de ce montant total. Le reste est dû aux créanciers bilatéraux, y
compris
les pays individuels tels que la France (principale créancière) et
les
banques commerciales.
Le gouvernement croit que les dettes bilatérales peuvent être
réglées de
façon prompte. Les négociations avec le club de Paris sont déjà
prévues pour
la fin de ce mois. Mais, le transfert de la dette multilatérale
peut
s'avérer vachement plus difficile.
Actuellement, le Rwanda souhaite passionnément faire partie de
l'initiative
de la réduction des dettes des pays pauvres lourdement endettés.
Cette
initiative a été mise en place par la Banque mondiale, le FMI et
d'autres
donateurs. Un certain nombre de pays africains en ont déjà
bénéficié.
En principe, les nations individuelles deviennent normalement
éligibles à
cette initiative, après une période de six années marquée par la
bonne
performance économique. Le Rwanda cherche à être abeaucoup plus
tôt et,
en attendant, il exerce des pressions pour faire créer un fonds
fiduciaire
de dette multilatérale chargé de couvrir le service des dettes à
contracter
vis-à-vis des institutions multilatérales au cours des quatre
prochaines
années.
Le gouvernement néerlandais a déjà créé son propre fonds, ce qui a
permis au
Rwanda de renouer avec les institutions telles que la BAD dont les
opérations avaient été momentanément suspendues au Rwanda.
Les Pays-Bas sont un pays avec lequel le gouvernement rwandais est
content
de faire des affaires. En plus, le fait que Stockholm abrite la
réunion des
donateurs indique que le gouvernement préfère les Scandinaves aux
Français
et aux Belges. Il y a toujours une forte dose d'amertume dans les
milieux
gouvernementaux au sujet du soutien accordé au régime de Juvénal
Habyarimana
et à ses politiques économiques actuellement très critiquées.
Les experts économiques croient que les problèmes du Rwanda ont
précédé le
génocide, car l'ancienne administration dépendait excessivement
des produits
fondamentaux tels que le café et le thé et n'a pas pu s'adapter
lorsque les
cours de ces produits ont chuté.
"Jusqu'en 1985, le Rwanda se débrouillait pas mal", a démontré
un
analyste. "Mais, par la suite, le cours du café a chuté, alors
que 86 pour
cent des recettes d'exportation du Rwanda provenaient de ce
secteur".
Le ministre des Finances, Kaberuka, croit que l'équipe
ministérielle de
Habyarimana aurait pu trouver une issue à la crise si elle n'avait
pas été
trop inflexible. "Lorsque la terre était fatiguée, ils auraient
dû faire
une transition en intensifiant et en se concentrant sur
l'utilisation
massive des intrants en vue d'obtenir d'importants rendements", a-
t-il
suggéré. "Malheureusement, le gouvernement n'a pas réussi à faire
la
transition, et cela est en grande partie responsable du seuil de
pauvreté".
Kaberuka estime que les ministres de Habyarimana n'avaient ni la
volonté ni
la compétence nécessaire pour parvenir à un accord raisonnable
avec les
institutions de Bretton Woods. Ils ont, au contraire, accumulé
d'énormes
dettes dont l'actuel gouvernement est entrain d'honorer le
service. Depuis
le déclenchement de la guerre rwandaise à la fin des années 1990,
la
performance économique est devenue de plus en plus difficile.
Bien qu'elle soit issue de la guérilla, l'actuelle administration
parle le
langage du marché libre et souhaite passionnément faire la cour
aussi bien
aux investisseurs qu'aux donateurs.
Malgré tout, il faut reconnaître que le Rwanda a un grave
'problème d'image'
avec les investisseurs potentiels devenus prudents dans leurs
engagements, à
cause du conflit qui sévit dans le Nord Ouest et de ce qu'une
source
gouvernementale appelle le "facteur CNN".
Le ministre Kaberuka déclare que la situation est exagérée,
soutenant que
"dans 10 de nos 12 provinces, il règne une paix totale".
Cependant, les
analystes indépendants admettent que l'image que les étrangers ont
du Rwanda
est en partie modelée par les reportages qui insistent beaucoup
sur
l'instabilité continuelle.
"Les gouvernements étrangers peuvent avoir des opinions très
différentes,
compte tenu des informations qu'ils reçoivent", a souligné un
commentateur
économique. "Il est crucial que le gouvernemenvainque les gens
que la
guerre n'est pas une situation permanente".
Quel que soit le soutien qui se dégage de la réunion de Stockholm,
le
gouvernement rwandais sera certainement confronté aux retards
entre les
promesses et l'octroi.
Néanmoins, le ministre Kaberuka adopte une attitude philosophique
:
"l'expérience de ces toutes dernières années nous a montré que
les
promesses de soutien sont une chose, tandis que leur traduction en
engagements et en déboursements prend un certain temps. C'est la
nature du
système des bailleurs de fonds internationaux".