ENTEBBE, Ougand, 27 avril (IPS) – Les croyances religieuses et
les
cultures rigides constituent de grands obstacles pour l'acces
des
femmes a la terre, alors que certaines lois foncieres, dans les
pays ou
il en existent, semblent etre non discriminatoires en theorie.
" Les croyances culturelles et religieuses prennent une
domimance
importante sur les lois de l'Etat et rendent ceux-ci
inapplicables", a
affirme Patrice Bigombe Logo, chercheur a l'Universite de yaounde
II au
Cameroun.
En Ouganda par exemple, la loi sur la succession prevoit que
tous les
enfants de la personne decedee (hommes ou femmes) doivent se
partager
75% du revenu net du parent consigne sur le testament.
Malgre cela, plusieurs familles , meme en appliquant cette
diposition,
accordent une priorite aux garcons lors du partage de la terre.
Dans
d'autres cas, les gens ne sont pas conscients de l'existence de
la loi
et appliquent la loi coutumiere qui exclut les femmes.
Bigombe qui a participe a la conference tenue ici du 24 au 25
avril sur
le theme "Les femmes et la Terre en Afrique ", est co-auteur
d'une
etude sur la situation fonciere des femmes au Cameroun.
Selon cette etude, si les systemes fonciers coutumiers
reconnaissent et
garantissent des droits d'usage des femmes sur la terre, ils
consacrent
egalement l'impossible appropriation de cette ressource par ces
dernieres.
" La femme est declassee de la gestion des terres a cause de la
division du travail qui existe dans les societes traditionnelles.
L'homme est le producteur des produits de vente tels que le cafe
et le
cacao…La femme est plutot specialisee dans les cultures
vivrieres".
Dans la plupart des traditions africaines, les femmes n'ont pas le
droit
d'heriter de la terre. Elles n'ont qu'un simple droit d'usage sur
les
terres de leur maris ou sur les terres familiales.
Selon des analystes, plusieurs formes de religions , en Afrique et
partout ailleurs, semblent travailler contre les valeurs de
l'equite,
la justice et la paix.
"Elles (religions) sont souvent utilisees pour legitimer et
supporter
la violence et les inegalites de pluisieurs sortes , pour
justifier
l'oppression des femmes, les abus sur les enfants, et la
persecution
des minorites et des dissidents au sein des communautes des
croyants…", explique le Professeur Abdullahi An-na'im de Emory
University , une ecole d'enseignement des lois et de la
theologie
basee a Atlanta, en Georgie.
En Afrique, les croyances animistes, contribuent a la restriction
des
droits des femmes aa restriction des
droits des femmes a jouir pleinement de la terre.
Les religions animistes sont tres rigides a l'egard des femmes ,
a qui
elles demandent une grande soumission vis-a-vis de l'homme. Sur
le
plan foncier, ces religions ne reconnaissent pas le droit de
propriete
a la femme.
"Chez moi en Cote d'Ivoire, nous sommes pour la plupart des
animistes.
Et selon nos croyances, les femmes n'ont pas le droit a
l'heritage des
terres. En ce qui me concerne par exemple, j'ai du emprunter le
nom de
mon jeune frere pour heriter d'un champ de citron a la mort de mon
pere.
Si je n'etais pas passee par cette astuce, je n'aurai rien eu",
dit
Eugenie Odehouri, enseignante a Abidjan en Cote d'Ivoire, qui a
egnt participe a cette conference financee par la Fondation Ford.
Selon Odehouri, meme dans le cas ou certains parents, defiant la
tradition, decident de ceder un peu de terrain a leurs filles,
ces
dernieres ne les acceptent pas " de peur d'etre ensorcellees par
leurs
oncles ou leurs tantes".
" Les femmes rurales sont encore sous l'influence des croyances
mystiques qui les empechent de s'epanouir et de jouir de leurs
droits",
ajoute-t-elle.
Si les animistes sont aussi rigides, certaines religions comme
l'islam
et le christianisme semblent reconnaitre le droit de posseder de
la
terre, par la femme.
Selon l'etude du cameroun, l'islam reconnait aux femmes des
droits,
notammemt le droit de l'heritage. La femme herite de ses parents.
Elle
a droit a la moitie de la part d'un homme. La demi-part serait
justifiee
par le fait qu'elle est entretenue par son mari. Il est donc
reconnu a
la femme le droit d'heriter des terres de son pere, mais pas au
meme
titre que l'homme.
"Les terres heritees par les femmes musulmanes ne sont pas
exploitees
par elles memes. Elles n'ont pas le droit de les exploiter
physiquement.
Elles emploient des personnes tierces ou, les donnent a leurs
freres
pour se partager les benefices de la production. En plus, elles ne
peuvent pas vendre ces terres sans l'accord de l'homme (frere ou
epoux)
", explique Ibrahim Hamza, chercheur a l'universite de Sokoto au
Nigeria.
L'acces des femmes a la terre se fait soit par heritage, soit par
don.
Les deux premieres formes ne garantissent pas le controle de la
terre
acquise. Generalement, les femmes n'ont pas le droit de faire des
cultures de rentes comme le cafe, le cacao, la vanille sur les
terres de
leurs epoux ou de leurs parents. En plus, certains epoux sont
souvent
emmenes a vendre la terre sans l'avis de leurs conjointes.
Dans de rares cas, certaines femmes achetent leurs propres terres
ou
investissent dans le petit elevage, avec leurs propres moyens.
Mais tout
cela ne garantie pas toujours le controle de la ressource.
Selon les analystes, autant les traditions et les religions
vehiculent
des attititudes qui bloquent l'acces des femmes a la terre,
autant il
faut les impliquer dans toute initiative de changement.
" L'elimination de toute discrimination contre les femmes en
matiere
de droits a la terre ne peut etre atteint qu'a travers un
processus
de transformation dans lequel les cultures individuelles
africaines et
les gardiens de cette culture participent dans ce changement", a
dit
florence Butegwa, responsable de l'ONG ougandaise "Associates for
Changes".
Le professeur Abdullahi appuie cette approche.
" La religion peut etre une source de resistance, parfois d'une
opposition ferme a certains changememts liees a la culture des
droits de
l'homme. Mais, dans sa theologie, ses normes fondamentales et
ses
structures legales, elle peut constituer une ressource precieuse
pour le
changement culturel renforcant les droits de l'homme.
La conference d'Entebbe a ete consacree a l'evaluation d'un
projet
conduit depuis 1996 par Emory University, pour explorer les
relations
existant entre la religion, la loi et le droits de l'homme dans le
contexte de la transformation culturelle en Afrique. L'etude a
porte sur
cinq pays africains, a savoir l'Ouganda, le Cameroun, le senegal,
l'Ethiopie et le Nigeria.

