AFRIQUE DU SUD-POLITQUE: Toute la verite sera-t-elle jamais connue ?

(IPS) – Une analyse de Gumisai Mutume

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JOHANNESBURG, 28 avril (IPS) – Tandis que la commission de verite
et de
reconciliation (TRC) est pres de finir ses travaux, l'Afrique du
sud a
apparemment plus de questions que de reponses concernant toute
l'histoire des atrocites commises pendant l'apartheid.
Le mandat de la TRC, une commission elaboree sur le modele du
tribunal
de Nuremberg, pour effectuer des enquetes sur les violations
flagrantes
des droits de l'homme perpetrees pendant la periode de
l'apartheid,
prendra fin en juillet et l'Afrique du sud fait le bilan de deux
annees
et demie d'histoires horribles de meurtres, de viols, de tortures
et de
guerre chimique.
L'une des questions en suspens est de savoir si le traumatisme que
provoque le questionnement de ce passee affreux justifiait cet
examen de
conscience.
"Il nous reste plus de questions que de reponses", declare le
commissaire Hlengiwe Mkhize. "L'histoire des atrocites de
l'apartheid
sera- t-elle jamais complete ? Des millions de Sud-Africains
choisissent
de ne pas avoir affaire avec la TRC… pourquoi " ?
"Certains ont tourne en en derision les larmes des victimes en
prenant
la commission pour 'une commission bidon' ; d'autres en ont appele
a
une reconciliation rapide et ont exhorte les victimes a oublier le
passe".
L'objectif de la TRC etait de favoriser un processus de decouverte
de la
verite en vue de reconcilier les sud-Africains avec leur passe,
de
dedommager et de rehabiliter les victimes.
L'histoire de l'Afrique du sud est marquee par la violence
extreme, et
la TRC cherche a etablir le plus clairement possible les causes,
la
nature et la portee des violations flagrantes des droits de
l'homme au
cours de la periode allant de mars 1960 a decembre 1993.
"… En presentant une image precise du passe, la TRC pourrait
eviter
aux individus et a la societe en general d'avoir une vision tordue
d'une
humanite seulement construite sur l'heritage inhumain de la
societe
sud-africaine", observe Brandon Hamber du centre d'etude de la
violence
et de la reconciliation.
"En outre, en creant une perspective realiste des violations des
droits
de l'homme, la memoire individuelle et collective pourrait etre
aidee en
permettant aux survivants d'accepter ce qui leur est arrive et de
contenir leur charge emotionnelle", ajoute Hamber dans un
document sur
les travaux de la TRC.
Neanmoins le processus de relation de la verite a t-il ete juste
et
equitable,surtout qu'il est apparu que les auteurs ne voulaient
pas
apparaitre devant la commission ou devoiler les secrets de
l'apartheid ?
se demandent les victimes et les survivants.
Comment la majorite des victimes noires pourra-t-elle se
reconcilier
avec la majorite des blancs sud-Africains qui ont profite de
l'apartheid
? Comment cette recte de l'apartheid
? Comment cette reconciliation serait-elle possible alors que le
leader
de l'ancien regime de l'apartheid, P.W. Botha, refuse de
comparaitre
devant la TRC sous pretexte qu'il a accompli des actes au nom du
pays.
Malgre les nobles et evidentes motivations de reconciliation
nationale,
la majorite noire, qui a souffert sous le joug de l'apartheid
acceptera-t-elle la facon dont une poignee d'agents de securite a
detenu, torture et tue 10.000 sud-Africains ? Acceptera-t-elle la
facon
dont 3,5 millions de sud-Africains ont ete deracines par des
demenagements forces ?
Ce qui est aussi surprenant, dans une nation qui pretend accepter
la
reconciliation et ses fautes, c'est le degre des dementis dans la
communaute blanche.
En dehors des politiciens et des soldats, en general les blancs ne
reconnaissent pas publiquement qu'ils ont vote pour le parti
national –
l'architecte de l'apartheid qui a dirige le pays de 1948 a 1994 –
ou
qu'ils ont soutenu l'apartheid.
C'est pourquoi plusieurs personnes se demandent pourquoi, s'il y a
de la
bonne foi dans le camp des anciens dirigeants, 135.000 dossiers
des
services de securite ont ete detruits au cours de la campagne
electorale, ainsi que l'a revele la commission Goldstone .
La lumiere n'a pas ete faite sur le contenu de ces dossiers
pendant les
proces de la TRC. "En tant que victimes, nous ne sommes pas
satisfaits
de la TRC", declare Alegria Nyoka du groupe de soutien Khulumani.
"En tant qu'individus, nous avons pense que la verite allait etre
la
condition prealable de la reconciliation. Si vous ne connaissez
pas
immediatement la verite, il vous devient difficile de vous
reconcilier
avec l'auteur de votre malheur".
Un frere de Nyoka a ete tue par les forces de securite de
l'apartheid
qui sont entrees dans leur maison, un soir du mois d' aout 1987,
se sont
dirigees tout droit vers sa chambre et lui ont tire 12 balles dans
la
tete.
Dans l' Allemagne de l'apres-guerre, le moyen utilise pour obtenir
la
verite etait la serie des jugements publics connus sous le nom du
tribunal de Nuremberg.
Dans les proces negocies tels que ceux de l'Amerique latine
d'autre
part,les commissions judiciaires de verites etaient creees pour
devoiler
le passe, sans mettre en peril les reglements de compte avec des
jugements longs. De la meme facon, il est peu probable qu'il y
aura de
longs jugements et des tentatives de mise en peril des reglements
en
Afrique du sud.
"Comment le processus national a-t-il profite aux individus qu'il
avait
l'intention de servir" ? Se demande Nomfundo Walaza du centre des
traumas de Cape Town. " Le reglement de l'Afrique du sud etait-il
un
marchandage politique" ?
Les negociations sud-africaines ont provoque la naissance du
concept de
Rainbow Nation (nation arc-en-ciel), c'est-a-dire un pays dans
lequel
les personnes de differentes couleurs vivraient en harmonie. Il
faut
aussi un transfert du pouvoir economique en direction des noirs
qui
representent 75 % de la population, contre 12 % pour les blancs.
Walaza indique que le processus de la TRC a peut etre ete "une
epee a
double tranchant" qui tranche le cote des victimes et leur donne
peu de
choses en contrepartie ; cela "peut eventuellement entrainer
l'amertume
et un desir de vengeance".
A la fin, des reparations symboliques seront accordees aux
victimes. Le
gouvernement est encore entrain de debattre de la nature de ces
avantages et de ceux qui seront eligibles.
Selon les estimations d'un economiste contacte par la TRC, les
victimes
recevront 4200 dollars pendant six ans, annonce Mkhize. Il y a
aussi des
programmes educatifs, psychologiques et d'assistance
medicale.