BENIN: La grève fait perdre plus de 3 milliards à l'Etat.

COTONO, 11 mars (IPS) – Les neuf jours de grève observée le mois
dernier
par
les travailleurs de l'administration publique et semi-publique,
auraient
occasionné une perte de 3,5 milliards de francs cfa au
gouvernement
béninois.

Selon des estimations faites à la direction des impôts, au
Domaine et
au
Trésor Public, l'Etat béninois a perdu 350 millions par jour,
pendant
toute
la durée de la grève.
Les observateurs affirment que ce débrayage a affecté les budgets
de
tous
ceux dont les activités sont liées de près ou de loin au
fonctionnement
des
services publics.
Fidèle Dossou, vendeur de journaux affirme avoir accusé un manque
à
gagner
de 10.000 francs cfa. " C'est en allant au boulot que les
béninois
achètent
des journaux ? Durant les neuf jours où ils sont restés chez eux,
nos
chiffres d'affaires ont chuté", a-t-il affirmé.
Dans les hôpitaux, le service minimum a permis d'éviter des pertes
de
vies
humaines. Le prolongement du séjour de certains malades
hospitalisés a
inévitablement entraîné des pertes financières.
" Le pays aura besoin de beaucoup de temps pour se remettre des
conséquences de cette paralysie inédite", a affirmé Laurent
Métognon,
secrétaire général du syndicat des travailleurs du secteur
financier.
Les cinq principales centrales syndicales du Bénin, à savoir
l'Union
Nationale des Syndicats des travailleurs du Bénin (UNSTB), la
Centrale
des
Syndicats Autonomes (CSA), la Coordination des Organisations
Syndicales
Indépendantes (COSI), la Confédération générale des travailleurs
du
Bénin
(CGTB) avaient débraillé le 16 février pour réclamer entre autre
certains
avantages salariaux.
Les fonctionnaires béninois réclamaient notamment le payement
des
salaires
à l'indice réel de l'année 1996, l'augmentation du taux des
allocations
familiales (de 200F.CFA à 3000 F.CFA), l'augmentation du salaire
minimum
interprofessionnel garanti (SMIG) de 20.300 à 30.000 F.CFA, la
suppression
de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les frais
d'hospitalisation.
" Sur le plan politique, nous exigeons surtout, la réduction du
train
de
vie de l'Etat, la moralisation effective de la vie publique et
politique,
le jugement des pilleurs de l'économie nationale, la
dépolitisation de
l'administration, l'adoption d'une loi sur la morale publique et
l'arrêt
de la braderie des entreprises publiques", a indiqué Lawani
Aminou,
secrétaire général de l'Union Nationale des Syndicats des
travailleurs
du
Bénin (UNSTB).
En 1998, les fonctionnaires béninois sont payés à l'indice de
1990.
La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, c'est la loi des
finances
exercice 1998, introduite à l'Assemblée nationale le 29 octobre
dernier
par
le gouvernement béninois. nier
par
le gouvernement béninois. Cette loi comporte, selon les
syndicalistes,
plusieurs lacunes. Outre qu'elle ne prévoit aucune disposition
destinée
à
apurer les arriérés salariaux et augmenter les points indiciaires
des
salaires, elle prévoie entre autre l'instauration d'une TVA sur
les
frais
d'hospitalisation des fonctionnaires.
L'article 1 de cette loi des finances propose une nouvelle formule
d'avancement des travailleurs, qui ne plaît pas aux
Fonctionnaires.
Désormais, l'avancement d'un fonctionnaire se fera sur mérite et
non
plus
automatiquement, tous les deux ans.
" Nous reprochons au gouvernement son laxisme face aux
revendications
des
travailleurs. Il a érigéystème de la tricherie et la ruse lors des
négociations", a confié Pascal Todjinou.
Ce mouvement de grève a été l'aboutissement d'une grève
d'avertissement
lancée du 25 au 27 novembre 1997.
Après de longues négociations entrecoupées de ruptures, le
gouvernement
et
les syndicalistes ont signé un protocole d'accord le premier mars
dernier,
mettant enfin à la grève de neuf jours.
Le gouvernement a octroyé aux grévistes une somme de 8 milliards
de
francs
cfa, et a pris l'engagement de convertir les 5 milliards proposés
aux
agents permanents de l'Etat pour l'année 1998 en paiement à
l'indice
acquis
au 31 décembre 1992 pour compter du premier janvier 1998.
Mais toutes les revendications des travailleurs n'ont pas été
satisfaites.
Ces derniers donnent au Gouvernement un délai de deux mois, c'est
à dire
jusqu'au 30 avril 1998 pour l'application effective des points
d'accord
relatifs à la suppression de la TVA, aux privatisations et au
paiement
des
salaires à l'indice acquis au 31 décembre 1992.
Si une bonne partie des populations est acquise à la cause des
travailleurs, certaines personnes ont désapprouvé leur mouvement.
" Bientôt les femmes aussi se mettront dans la rue, toutes
nues, pour
crier leur mécontentement", a dit Claire Alapini, vendeuse de
bijoux
au
marché Dantokpa (le plus grand marché de Cotonou), ajoutant que
les
travailleurs ont raison d'aller en grève.
" Si le gouvernement est incapable de satisfaire leurs
revendications,
qu'il démissionne", a-t-elle ajouté.
Pour Epiphanie Mandodé, vendeuse de pagnes, la mévente connue
pendant
les
jours de grève est sans précédent. " Je comprends les
travailleurs. Moi
je
souhaite que l'accord signé puisse durer longtemps et que les deux
parties
le respectent", a-t-elle ajouté.
Mais les populations béninoises ne sont pas encore au bout du
rouleau.
Quelques jours seulement après le débrayage de neuf jours qui a
paralysé
tout le pays, une autre motion de grève de 72 heures,
renouvelable, a
été
lancée le 11 mars dernier, par le syndicat de l'unique société de
distribution des produits pétroliers (SONACOP).
Le syndicat de la SONACOP refuse de prendre part au dépouillement
des
offres dans le cadre de la dénationalisation de cette société.
"Nous sommes contre le nouveau schéma de privatisation qui
accorde 45%
des
parts de la société à un seul actionnaire dit stratégique", a
indiqué
Dieudonné Lokossou, secrétaire général du Syntra-SONACOP.
La grève qui a été entamée le mardi 10 dernier a provoqué une
pénurie
extraordinaire des produits pétroliers. De longues files de
véhicules
attendent depuis des heures dans les stations, dans l'espoir
d'être
servi.
" Avec le délestage dont nous sommes victimes ces derniers jours,
nous
ne
savons plus où mettre la tête', affirme un jeune conducteur de
taxi-moto.