GEORGETOWN, 31 janvier 2019 (IPS) – Dans les régions du monde où l’écart entre les sexes est déjà considérable, la dégradation des sols fait courir un risque encore plus grand aux femmes et aux filles.

Le cadre de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) pour la neutralité dans la dégradation des terres (NDT) souligne que la dégradation des terres dans les pays en voie de développement a des impacts différents sur les hommes et les femmes, principalement en raison de l’inégalité d’accès à la terre, à l’eau, au crédit, aux services de vulgarisation et aux technologies.

Il affirme en outre que les inégalités entre les sexes jouent un rôle important dans la pauvreté liée à la dégradation des terres, d’où la nécessité de remédier aux inégalités persistantes entre les femmes et les hommes qui alimentent la pauvreté des femmes dans les interventions de NDT.

Dans ce contexte, le Dr. Douglas Slater, Secrétaire général adjoint, Développement humain et social au sein de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), a déclaré que l’intégration de la problématique hommes-femmes était très importante dans tous les aspects du développement durable dans les Caraïbes.

« En agriculture, nous savons que dans plusieurs domaines, nos femmes sont très impliquées dans certains travaux et nous devons veiller à ce qu’elles continuent à l’être, mais il faut que les ressources soient mises à leur disposition pour les amener à participer pleinement. », a déclaré Slater à IPS.

« Je pense qu’en même temps, étant donné que nous sommes de petits pays, la technologie utilisée dans l’agriculture doit être examinée pour que nous soyons plus efficaces et que nous voyions comment impliquer tous les sexes. »

Il a noté, en particulier en ce qui concerne la formation des travailleurs agricoles et l’utilisation du matériel agricole, qu’il y avait trop de préjugés à l’endroit du genre masculin.

Il a ajouté qu’il reste encore beaucoup à faire pour convaincre les jeunes que l’agriculture peut fournir de bons moyens de subsistance et que les femmes sont capables et qu’elles doivent également être impliquées. Slater s’est entretenu avec IPS lors de la 17ème session du Comité relatif à l’examen de la mise en œuvre (CRIC17) de l’UNCCD à Georgetown, en Guyane.

« Lors de la formation dans nos institutions agricoles, nous devrions nous attendre à ce que nos femmes utilisent des tracteurs, gèrent des serres. Elles ont démontré qu’elles pouvaient le faire, nous devons les encourager à en faire plus », a déclaré Slater.

À l’échelle mondiale, les femmes représentent 43% de la main-d’œuvre agricole, voire 70% dans certains pays, et la Convention a souligné l’importance de prendre en compte les rôles des femmes et des hommes dans l’élaboration de politiques et de lois visant à promouvoir la neutralité dans la dégradation des sols.

En Afrique, par exemple, 80% de la production agricole provient de petits exploitants, principalement des femmes rurales.

Malgré leur majorité dans le secteur de la petite agriculture, les femmes n’exercent généralement pas un contrôle sûr sur leurs terres agricoles ni sur leurs ressources productives, en particulier les produits commercialisables.

Ce manque de contrôle est lié aux droits de propriété foncière dans les zones rurales, qui favorisent habituellement les hommes. L’accès des femmes à la terre, quant à lui, dépend de leur relation avec le propriétaire masculin.

Le changement climatique est un facteur aggravant de la dégradation des sols qui accroît les incertitudes quant à la production, l’accessibilité et l’utilisation des produits alimentaires par les femmes, ainsi que la stabilité des systèmes alimentaires.

À la fin de l’année dernière, l’UNCCD a organisé un atelier technique sur le projet transformatif de la NDT sous-régionale pour les Caraïbes – Mettre en œuvre une gestion des terres respectueuse de l’égalité des sexes et respectueuse du climat dans les Caraïbes.

L’atelier qui s’est tenu à Sainte-Lucie, visait à développer et à renforcer les capacités en matière d’intégration dans une perspective sexospécifique. Il s’est également penché sur la manière d’affiner et de finaliser une note conceptuelle de projet avec la participation de toutes les principales parties prenantes avant de rechercher un soutien financier du Fonds vert pour le climat.

Le projet vise principalement à créer des synergies entre les activités en cours et l’initiative NDT. L’atelier a été conçu pour intégrer les perspectives sexospécifiques dans la mise en œuvre synergique des activités dans les Caraïbes.

La Secrétaire exécutive de la Convention, Monique Barbut, a déclaré que les femmes étaient les premières victimes des principales causes indirectes de la dégradation des terres : la pression démographique, le régime foncier, la pauvreté et le manque d’éducation.

« Si vous regardez tout cela, c’est généralement les femmes qui sont la première cible de toutes ces choses. C’est absolument anormal. Dans de nombreux pays, les femmes n’ont aucun droit de propriété », a déclaré Barbut à IPS.

« Alors, comment pouvez-vous demander à une femme qui gère des terres de bien les gérer, de penser à l’avenir lorsque les terres ne seront jamais les siennes ? C’est une vraie question ».

En ce qui concerne l’éducation, Barbut a déclaré que les femmes sont généralement moins éduquées que les hommes, ajoutant que c’est également un aspect à prendre en compte.

Elle a déclaré que la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification mettait en lumière toutes ces questions dans son plan d’égalité des sexes, tout en soulignant la nécessité d’une action très positive à leur égard.

La Secrétaire exécutive de la Convention a également souligné la manière dont les interventions en faveur de la NDT peuvent apporter un changement positif dans la vie des femmes et des filles.

Elle a cité un projet au Burkina Faso visant à transformer 3 000 des 5 000 villages du pays en écovillages, notant que cela fournirait des fours solaires ainsi que de l’eau potable.

« Juste en faisant cela, nous prélevons six heures au temps de travail des femmes, car il leur faut environ trois heures par jour pour aller chercher de la nourriture à cuisiner et trois heures par jour pour aller chercher de l’eau », a déclaré Barbut à IPS.

« Nous voulons que ces femmes en sortent pour pouvoir participer à des programmes d’agroforesterie qui leur donneront en plus un revenu. Nous veillerons à ce que leurs revenus servent principalement à l’éducation des enfants et aux établissements de santé destinés en particulier aux enfants et aux femmes ».

« Il est donc clair qu’il existe un lien direct entre les conséquences de la dégradation des sols et le bien-être des femmes dans la plupart des pays. C’est moins grave dans certains pays, mais dans chaque pays, nous voyons comment les choses changent lorsque nous autonomisons les femmes dans la gestion des terres », a ajouté Barbut.

Selon l’UNCCD, l’égalité des sexes pour les femmes rurales devrait inclure l’égalité des droits à la propriété sur les terres familiales car la sécurité d’occupation pourrait être un catalyseur pour la gestion des terres à la base donnant la priorité à la neutralité dans la dégradation des terres.

Il ajoute que pour assurer l’égalité, il faudrait également alléger le fardeau des femmes rurales et leur permettre d’avoir accès à des biens et à des services vitaux.

La dégradation des sols et la sécheresse touchent aujourd’hui plus de 169 pays, les plus graves étant ressenties dans les communautés rurales les plus pauvres.

Selon de précédentes estimations, environ 1,8 milliard de personnes, dont plus de la moitié seraient des femmes et des enfants, seraient touchées par la dégradation des sols et la désertification d’ici 2025. Ces estimations ont déjà été largement dépassées, avec 2,6 milliards de personnes touchées aujourd’hui.