JOHANNESBURG, 7 nov (IPS) – "J'ai été arrêté une douzaine de fois", souligne Tapera Kapuya, un leader estudiantin à l'Université du Zimbabwe entre 2001 et 2002, qui affirme avoir été la cible aussi bien de la police que des agents de renseignement de ce pays d'Afrique australe.
"En novembre 2001, j'ai été enlevé de ma chambre à l'université par des agents de l'Etat et torturé pendant trois jours", a-t-il dit à IPS en Afrique du Sud, où il vit en exil.
Kapuya est en train d'aider l'Assemblée nationale constitutionnelle du Zimbabwe (NCA), un groupe de pression basé dans la capitale, Harare, à ouvrir un bureau à Johannesburg, la capitale économique d'Afrique du Sud.
"La situation au Zimbabwe ne s'est pas améliorée. Elle est en train de se détériorer", a-t-il déclaré. "Et la direction de la NCA éprouve de difficulté à travailler à cause de la répression d'Etat. Le bureau de Johannesburg mettra en lumière les abus au Zimbabwe et mobilisera les 2,5 millions de Zimbabwéens vivant en Afrique du Sud".
Les difficultés auxquelles sont confrontés des activistes comme Kapuya sont mises en exergue dans un nouveau rapport de 'Human Rights Watch' (HRW) publié mercredi dernier, intitulé '”Vous serez proprement battu” : La suppression brutale de la dissidence au Zimbabwe'. Les violations des droits dans le pays ont augmenté depuis 2000, lorsque le parti au pouvoir, le ‘Zimbabwe African National Union-Patriotic Front’ (ZANU-PF), a été confronté à son premier véritable défi aux élections, de la part du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), de l'opposition. Ce groupe est devenu le principal parti d'opposition du pays, mais s'est depuis scindé en deux factions.
"Depuis 2000, les autorités au Zimbabwe ont systématiquement eu recours aux tactiques violentes pour faire taire toute critique sur leur performance médiocre en matière de droits de l'Homme et empêcher des activistes des droits humains d'exposer les abus dans le pays; la répression de l'activité politique et des dissensions a été particulièrement remarquable avant les périodes électorales", note HRW dans un rapport de 28 pages.
"Alors qu'au début de la crise politique du Zimbabwe, c'étaient les vétérans de la guerre, la milice des jeunes, et les supporteurs du parti au pouvoir qui usaient principalement de violence et d'intimidation à l'égard des partisans de l'opposition et des activistes de la société civile, au cours des trois dernières années, de tels abus ont été de plus en plus l'œuvre de l'armée, de la police et du personnel de la sécurité d'Etat", ajoute le groupe basé à New York.
"Le gouvernement s'est tourné vers des tactiques plus violentes et plus répressives puisque les conditions économiques et politiques continuent de se détériorer et que les gens expriment de plus en plus leur mécontentement".
Le document énumère les abus présumés contre des membres de groupes de la société civile, des syndicalistes et d'autres activistes par la police et des agents de renseignement.
Parmi ces violations, figurent un assaut de la police contre 15 responsables du Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), et quelque 500 activistes de la NCA les 13 et 25 septembre respectivement.
Le rapport décrit également un activiste étudiant gardé en détention pendant quatre jours et battu par la police à Bindura, une ville du nord-est du pays, en mai. "Au cours de l'interrogation, ils m'ont battu avec des matraques, des coups de poing et ont continué par me donner des coups de pied", aurait déclaré l'étudiant. "Chaque nuit, ils me menaçaient et disaient, 'Nous te tuerons ce soir'." "Chaque nuit, ils venaient, me mettaient à poil et me menottaient ensuite, mes mains entre mes jambes, pour que je ne puisse pas bouger lorsqu'ils me battaient", ajoute l'activiste. "Parfois, ils étaient trois à me battre, ensuite deux, ou quelquefois quatre. On m'accusait d'essayer de faciliter un changement de régime et de travailler pour l'opposition".
Les efforts faits par IPS pour recueillir les commentaires de l'ambassade zimbabwéenne dans la capitale sud-africaine, Pretoria, sur le rapport de HRW, ont été infructueux. Toutefois, Nicholas Dube, un représentant de l'une des factions du MDC, rejette l'affirmation de Harare selon laquelle les manifestations de la NCA et du ZCTU visaient à renverser le gouvernement de Robert Mugabe.
"La manifestation du ZCTU n'avait rien à voir avec un changement de régime. Elle était liée à des questions essentielles, et concernait l'accès aux ARV", a-t-il déclaré. Les ARV, les médicaments anti-rétroviraux, prolongent la vie des personnes qui ont contracté le VIH. Selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA, le Zimbabwe a un taux de prévalence de VIH parmi les adultes de 20,1 pour cent.
"Les leaders du ZCTU ont été attaqués et brutalement battus par la police", a ajouté Dube. "Et, pour ne rien arranger, le président Mugabe a félicité la police pour avoir fait du bon boulot. Cela démontre clairement que le gouvernement du Zimbabwe donne des ordres à la police pour prendre des mesures répressives contre des gens perçus comme étant des opposants".
Dube croit que la ZANU-PF — au pouvoir depuis l'indépendance en 1980 — ne reconnaîtra l'opposition que si davantage de pressions internationales étaient exercées sur les autorités zimbabwéennes.
"Au plan interne, il n'y a rien que les gens puissent faire. L'opposition a été affaiblie par la brutalité de la police, soutenue par le parti au pouvoir", a-t-il dit à IPS.
Dube, qui est également en exil volontaire en Afrique du Sud, indique que ces interventions devraient venir d'organisations comme l'Union africaine (UA) et la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). Le Zimbabwe est membre de ces deux institutions.
"Il est crucial que la Commission des droits de l'Homme de l'UA et la SADC examinent ce problème et proposent une solution", a-t-il souligné. "Leur silence n'aide pas le peuple du Zimbabwe".
Des critiques affirment que la politique de soi-disant "diplomatie discrète" de l'Afrique du Sud n'a pas réussi à persuader Mugabe à résoudre la crise du Zimbabwe.
Au contraire, le président accuse l'ancienne puissance coloniale, la Grande-Bretagne, d'être à l'origine des maux de son pays. Il dit que le Zimbabwe, sous les sanctions des Etats-Unis et de l'Union européenne, est en train d'être dénigré pour avoir saisi des terres de plusieurs milliers de fermiers blancs pour réinstaller des Noirs sans terre.
Pour sa part, HRW a fait plusieurs recommandations pour améliorer la situation au Zimbabwe. L'une d'entre elles est d'amener le gouvernement à assurer que toutes les forces de police, de sécurité et l'armée se conforment à l'obligation légale internationale prise par le pays en vue de respecter les droits des individus à être à l'abri de l'arrestation arbitraire et de la torture.
Le groupe de défense de droits a également demandé, entre autres, que toutes les personnes qui sont détenues soient présentées devant un juge en l'intervalle de 48 heures après leur arrestation — et qu'un organe indépendant soit mis en place pour enquêter sur les plaintes contre la police. La société civile et des groupes de défense des droits humains croient que quelque cinq millions de Zimbabwéens ont quitté leur pays pour des cieux plus cléments depuis 2000.
"Nous avons plus de 3.000 enseignants (zimbabwéens)…en Afrique du Sud. C'est triste de voir un pays perdre ses cerveaux comme cela", a déclaré dans un entretien avec IPS, Selvan Chetty, directeur adjoint de ‘Solidarity Peace Trust’, une organisation de défense de droits humains, soutenue par l'église. Le groupe, qui suit de près et met l'accent sur les abus au Zimbabwe, est basé à Port Shepstone : une ville du KwaZulu-Natal, une province côtière d'Afrique du Sud.

