JOHANNESBURG, 4 nov (IPS) – Pendant deux jours, quelque 350 représentants de plus de 80 organisations sud-africaines se sont réunis à Johannesburg, la capitale économique de l'Afrique du Sud, pour tenter de former un front homogène, et ce malgré les dissensions, dans la lutte contre le VIH/SIDA.
“Nous devons travailler ensemble pour vaincre le virus. C'est de cette manière que nous avons lutté contre l'apartheid, en réunissant toutes nos ressources”, a déclaré la vice-présidente de l'Afrique du Sud, Phumzile Mlambo-Ngcuka, au cours de cette rencontre organisée la semaine dernière. “Le gouvernement ne peut gagner seul cette guerre. Tous ensemble, nous devons nous unir pour lutter contre la pandémie”, a-t-elle ajouté. Plus de cinq millions et demi de Sud-Africains vivent avec le virus, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA, soit 18,8 pour cent de la population.
“C'est un ennemi impitoyable qui tue mille personnes par jour en Afrique du Sud”, a indiqué Willy Madisha, président du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU), l'un des organisateurs de ce rassemblement avec, entre autres, le Conseil sud-africain des églises, la Coalition nationale sud-africaine des ONG et la ‘Treatment Action Campaign’ (TAC).
Dans un document présenté à ce forum intitulé ‘Quel changement la mobilisation sociale peut-elle apporter à la lutte contre le VIH et la pandémie du SIDA?’, Olive Shisana, du ‘South Africa's Human Sciences Research Council’ (HSRC), affirme qu’environ 350.000 personnes seront infectées cette année par le virus. Le HSRC est une organisation à but non lucratif basée au Cap et financée en partie par le gouvernement. En Afrique du Sud, deux millions de personnes ignorent qu'elles sont porteuses du VIH, alors que 570.000 individus ont déjà développé la maladie. Environ 2,5 millions d'enfants sont orphelins à cause du SIDA, selon ce document.
“Notre pays souffre. Nous souffrons tous. Nous perdons des enfants, des mères, des pères et des enseignants”, a indiqué Nozizwe Madlala-Routledge, vice-ministre de la Santé. “Si nous travaillons en commun, nous pouvons contrer la pandémie”. “Nous devons nous concentrer sur la lutte contre le SIDA, nous ne pouvons nous permettre de perdre du temps en bataillant les uns contre les autres. Notre énergie doit être consacrée à la lutte contre cet ennemi”, a souligné Madisha.
Unir les efforts pour lutter contre la maladie n'a cependant pas toujours été facile en Afrique du Sud. Le ministère de la Santé et la TAC, basée au Cap, sont par exemple en désaccord depuis des années.
Le TAC a notamment exigé la démission de Manto Tshabalala-Msimang, la ministre de la Santé, pour exprimer son désaccord face à sa politique qui essaie de promouvoir la consommation de pommes de terre, de betteraves et d'ail pour renforcer le système immunitaire des personnes vivant avec le VIH/SIDA. Le groupe estime qu'on fait croire à la population que ces aliments présentent une alternative viable à la thérapie antivirale.
En septembre, la TAC — soutenue par 80 activistes internationaux et des universitaires — a écrit au président Thabo Mbeki pour demander la destitution de Tshabalala-Msimang. Parmi les signataires de ce texte, se trouvaient le Prix Nobel de la Paix, David Baltimore et Robert Gallo, co-découvreur du virus du SIDA. La politique de la ministre de la Santé était décrite dans ce document comme “inefficace et immorale”.
La lettre est venue après le stand sud-africain à la 16ème Conférence internationale sur le SIDA, tenue à Toronto, au Canada, en août, mis en relief par une exposition de pommes de terre, de betteraves et d'ail.
Ces dissensions alarment également le monde des affaires. “Il faut mettre fin au conflit. Le monde des affaires a besoin de leadership et d'une législation claire au sujet du VIH/SIDA”, a déclaré à la réunion, Brad Mears, le directeur exécutif de la ‘South African Business Coalition on HIV and AIDS’.
Le président Mbeki a décidé maintenant de nommer la vice-présidente Mlambo-Ngcuka pour présider le Conseil national ranimé chargé de lutter contre la pandémie.
Tshabalala-Msimang n'était pas présente au forum de Johannesburg, et aucune justification n'a été fournie pour expliquer pour son absence.
Mais son adjointe, Madlala-Routledge, a été acclamée par la foule lorsqu'elle a déclaré que la stratégie anti-SIDA baptisée “ABC” — pour “Abstain, Be faithful, use a Condom” (Abstiens-toi, sois fidèle et utilise un préservatif) — n'était pas efficace. Son discours a également ravi les délégués lorsqu’elle a affirmé que, malgré les progrès réalisés par le gouvernement contre le VIH/SIDA, une nouvelle stratégie devait être mise en œuvre pour combattre le virus.
Un médecin expérimenté participant à cette conférence, et qui prône depuis plusieurs années de nouvelles approches pour lutter contre la pandémie, a déclaré à IPS : “Pour la première fois en dix ans, j'ai le sourire aux lèvres”. En fait, tous les participants semblaient ravis. “Je pense qu'il y a un revirement dans la politique du gouvernement”, a indiqué, à IPS, Tsepo Matubatuba, coordinateur du Bureau de lutte contre le VIH et le SIDA pour l'église anglicane en Afrique australe, basé à Johannesburg.
“Nous nous regardons, et nous pensons que le temps où il fallait aller contre le gouvernement est derrière nous. Nous semblons tous réunis autour d'un message commun pour lutter contre le virus”, explique Zwelinzima Vavi, secrétaire général du COSATU.
Il a ajouté que l'optique de l'action de masse demeurait cependant sur la table. “Nous n'allons pas abandonner complètement la rue. Nous nous concentrerons sur un meilleur accès à la prévention, aux traitements, aux soins et aux structures de soutien”, a indiqué Vavi.
Le groupe de pression TAC semble partager ce sentiment. “Les jours de toyi toyi (une danse de protestation durant l'apartheid) et d'opposition ne sont pas encore derrière nous. Nous sommes face à un énorme défi. On ne peut pas construire l'unité en une nuit”, a déclaré Sipho Mthathi, secrétaire général de la campagne.

