COMMERCE: Des accords 'gagnant-gagnant' au sommet Chine-Afrique

BEIJING, 7 nov (IPS) – Un tas d'accords commerciaux d'une valeur de deux milliards de dollars US ont été signés à Beijing, la capitale chinoise, au cours du sommet sans précédent Chine-Afrique, dans le but de forger des liens plus étroits avec le continent riche en ressources.

Mais tout en parlant affaires, la Chine a montré une certaine susceptibilité aux critiques selon lesquelles elle se comporterait comme une puissance coloniale moderne.

L'annonce des accords dimanche est intervenue après la promesse faite par Beijing de porter au double l'aide de la Chine à l'Afrique, de son niveau de 2006 d'ici à 2009. S'exprimant au sommet, le président chinois Hu Jintao a promis trois milliards de dollars en prêts préférentiels, deux milliards de dollars en crédits à l'exportation et la mise en place d'un fonds de cinq milliards de dollars pour encourager l'investissement chinois en Afrique.

Hu a déclaré que le partenariat stratégique de la Chine avec l'Afrique, nouvellement créé, serait basé sur "l'égalité politique et la confiance mutuelle". Il a également insisté sur la "coopération économique gagnant-gagnant", notant que la Chine et l'Afrique ont eu 40,6 milliards de dollars d'échanges commerciaux au cours des neuf premiers mois de l'année, une hausse de 40 pour cent par rapport à l'année précédente.

"Un destin commun et des objectifs communs nous ont réunis", a affirmé Hu, évoquant la lutte partagée des nations chinoises et africaines contre le colonialisme.

Reconnaissant la montée de la Chine en tant que superpuissance économique, Hu a promis que Beijing effacerait davantage de dettes contractées par les pays africains les plus pauvres et accorderait à un plus grand nombre de leurs produits un statut exonéré de tarifs douaniers à l'importation. La Chine a jusqu'ici effacé la dette de 31 pays et accordé quelque 5,5 milliards de dollars d'aide.

Toutefois, Beijing a refusé de lier son aide et son investissement croissant sur le continent aux droits de l'Homme ou à la démocratie comme l'ont exigé les Etats-Unis et les pays occidentaux.

"L'assistance chinoise à l'Afrique est sincère, désintéressée et sans conditions", a déclaré le Premier ministre Wen Jiabao à une rencontre d'entrepreneurs chinois et africains, tenue dans le cadre du Forum de deux jours sur le sommet de la coopération Chine-Afrique.

Des groupes de défense de droits de l'Homme étaient préoccupés par le désir de la Chine de fermer les yeux sur des politiques moralement contestables des gouvernements africains lorsqu'elle cherche du pétrole et des matières premières pour approvisionner son économie en plein essor. La Chine a réservé récemment un bon accueil au président zimbabwéen Robert Mugabe, qui est largement frappé d'ostracisme dans l'arène internationale pour son régime autoritaire et discriminatoire sur le plan racial. Beijing est également un ardent défenseur du régime du Soudan, qui a été accusé de laisser se perpétrer un génocide dans sa région du Darfour. Au moins 200.000 personnes auraient trouvé la mort à cause des politiques de Khartoum, mais l'économie du Soudan se développe largement sur le dos des exportations pétrolières vers la Chine.

Aussi bien Mugabe que le président du Soudan, Omar el-Béchir, faisaient partie des 48 chefs d'Etat et représentants africains qui ont pris part au sommet de Beijing. Cela a amené ‘Human Rights Watch’ (HRW) basée à New York à demander aux dirigeants chinois de cesser d'aider leurs régimes par l'assistance que Beijing leur apporte en leur fournissant une technologie de surveillance électronique. "Une approche vraiment révolutionnaire pour n'importe quelle puissance en Afrique, et en particulier une qui se glorifie de sa solidarité avec le monde en développement, serait de se tenir aux côtés des populations d'Afrique et de soutenir leurs droits humains fondamentaux", a indiqué HRW dans un communiqué.

Avec un demi-siècle de régime communiste, la Chine a été hostile à faire des interventions diplomatiques franches dans la politique intérieure d'autres pays. Comme l'influence de la Chine s'est néanmoins accrue sur l'arène internationale, sa politique de "non-ingérence" a été critiquée et qualifiée d'intéressée et d'inappropriée pour un acteur mondial émergent.

Mais à une conférence de presse avec les ministres des Affaires étrangères d'Ethiopie et d'Egypte, le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing a rejeté ces critiques, estimant que la Chine a respecté les choix faits par des pays africains et n'imposerait pas le mode de développement de la Chine au continent.

Des commentateurs chinois ont également qualifié le forum d'opportunité sans précédent permettant aux dirigeants africains de faire entendre leurs voix dans l'arène internationale.

"Quel que soit le degré d'importance que vous accordez au sommet à cet égard, vous ne pouvez pas le surévaluer", a déclaré Liu Naiya, un expert africain à l'Académie chinoise de sciences sociales. Ayant été politiquement et économiquement marginalisés après la Guerre froide, les pays africains doivent compter sur la coopération avec le Sud afin de faire progresser leur dialogue avec le Nord, a souligné Liu.

Beijing a promis de faire pression auprès des Nations Unies pour qu'elles prêtent plus attention au développement économique de l'Afrique, et favorisent une coopération Sud-Sud. Les accords commerciaux d'une valeur de 1,9 milliard de dollars, signés pendant le sommet du 3 au 5 novembre, couvrent la coopération dans un vaste champ de domaines comme les ressources naturelles, l'infrastructure, la finance, la technologie, les textiles et la communication.

Le plus grand parmi eux est un contrat de 938 millions de dollars pour la CITIC, une société publique chinoise, pour mettre en place une usine d'aluminium en Egypte et un contrat de 300 millions de dollars pour moderniser une route nationale au Nigeria.

Rejetant la critique selon laquelle ses grands projets d'investissement apportent avec eux des travailleurs chinois expatriés et ne laissent aucun héritage de transfert de compétences, Beijing a annoncé qu'elle formerait 15.000 professionnels africains tout en envoyant des experts agronomes et des jeunes volontaires pour travailler sur le continent. Elle a dit qu'elle doublerait à 4.000 le nombre de bourses accordées aux étudiants africains d'ici à 2009.