PORT HARCOURT, 23 nov. (IPS) – Il aurait fallu que huit militants
des droits
de l'homme de la minorité Ogonie meurent et qu'un certain nombre
d'étrangers
travaillant dans les raffineries de pétrole soit enlevé, pour que
le
gouvernement reconnaisse l'ampleur de la crise environnementale
qui a lieu
dans le delta du Niger où la grande partie du pétrole nigérian est
produit.
Les activistes, dont l'écrivain Ken Saro-Wiwa, le dirigeant du
mouvement
pour la survie du peuple Ogoni (MOSOP), ont été exécutés en 1995
par le
gouvernement militaire de feu Sani Abacha.
La semaine dernière, le successeur d'Abacha, le général
Abdusalaami
Abubakar, a reconnu le problème, mais il n'a pas demandé d'excuses
publiques
pour la crise environnementale qui s'est produite dans la région
du delta du
Niger d'où proviennent 90 pour cent des recettes d'exportation du
Nigeria.
"Le gouvernement fédéral sait que depuis près de quatre
décennies, les
habitants des régions pétrolifères ont souffert de la dégradation
de leur
sol . . . la situation est malheureuse et regrettable", a-t-il
dit.
Lors de sa visite de deux jours (18-19 novembre) dans le delta du
Niger,
Abubakar a été accueilli par des jeunes arborant des pancartes. Il
a promis
que son gouvernement construira des voies qui conduiront
jusqu'aux régions
pétrolifères où se localisent les firmes nationales de produits
chimiques et
de gaz naturel liquéfié.
Il a aussi annoncé la réouverture de la commission chargée du
développement
des régions pétrolifères (OMPADEC), afin d'accélérer le
développement de la
région.
Saro-Wiwa et son groupe avaient dénoncé les nombreuses marées
noires,
causées par les équipements usés, et de la technologie utilisée
par les
multinationales comme Shell pour maximiser les profits. Ces
équipements ont,
selon eux, détruit des fermes, des ruisseaux et des cours d'eau.
D'après eux, l'un des accidents les plus visibles des marées
noires a été
observé sur les palétuviers des marais. La mangrove qui était une
source de
bois de chauffage et d'habitat pour les riches fruits de mer tels
les
huîtres, les crabes et les moules, n'a pas pu supporter la
toxicité du
pétrole, et est actuellement remplacée par des palmiers
'inutiles'.
Ils ont, par conséquent, expliqué que les pêcheurs Ogonis n'ont
pas
seulement perdu leur emploi, mais ils ont aussi perdu ces riches
sources de
protéine. Les Ogonis sont une communauté de près de 500.000
personnes, sur
une population nigériane de 110 millions d'habitants.
La déclaration d'Abubakar a été bien accueillie par Samson Bako du
projet
des droits constitutionnels (CRP). "Cette déclaration devrait
être perçue
comme une bonne nouvelle. Elle montre clairement que le
gouvernement
n'oublie pas les problèmes du delta du Niger dont les habitants
ont souffert
entre les mains des gouvernements successifs du Nigeria".
Bako croit que les "causes profondes des problèmes et de la
violence dans
le delta du Niger sont le pétrole et l'absence du gouvernement".
Il faisait allusion aux actuels affrontements ethn auxquels se
livrent
les Jaws et les jeunes Itsekiris pour contrôler la richesse
pétrolière. Les
jeunes ont attaqué les installations pétrolières occidentales au
cours de
ces dernières semaines et demandent au gouvernement et aux
compagnies
pétrolières de construire des écoles, de meilleures routes et de
leur
accorder une représentation politique.
Le forum du consensus international de Lagos a, dans un communiqué
mis à la
disposition de IPS la semaine dernière, exhorté le gouvernement du
général
Abubakar à trouver une solution durable à la crise dans le delta
du Niger où
dans une localité appelée Jesse, plus de 1000 villageois ont péri
le mois
dernier dans une boule de feu qui émanait d'un oléoduc en pleine
fuite.
Les villageois récupéraient le pétrole pour aller le vendre au
marché. Comme
conséquences visibles de plusieurs années de mauvaise gestion et
de
corruption, les populations faisaient face à de graves pénuries de
carburant, à la hausse du prix du pétrole et à de longues queues
devant les
stations d'essence.
La semaine dernière, le gouvernement a envoyé un certain nombre de
bateaux
et de soldats pour contrôler les voies d'eau fréquentées par les
compagnies
pétrolières et leurs employés.
Un couvre-feu observé du crépuscule jusqu'à l'aube, depuis le mois
dernier,
est toujours en vigueur à Warri où les Jaws et les jeunes
Itsekiris se
battent depuis quelques semaines.
Giovanni German, l'ambassadeur de l'Italie au Nigeria, a confié la
semaine
dernière aux journalistes à Lagos, la capitale commerciale, que
"la
situation dramatique de Balsa State (l'un des Etats du delta du
Niger) où
certains travailleurs étrangers ont été pris en otage par des
jeunes, aurait
pu être évitée s'il y avait un équilibre dans la distribution des
ressources
du pays".
Il a assuré qu'il y avait encore des chances "d'équilibrer
l'équation de la
richesse nationale si le gouvernement a la volonté de le faire".
Certains Nigérians sont, cependant, sceptiques face à la
déclaration
d'Abubakar. "On ne sait pas clairement que faire de la
déclaration
d'Abubakar", a confié un journaliste à IPS la semaine dernière à
Lagos.
"Dans le delta du Niger, les gens croient, à tort ou à raison,
qu'ils
peuvent mieux faire, qu'ils produisent la richesse de la nation.
Ils ont le
sentiment que la situation actuelle n'est pas correcte et ont
attiré
l'attention sur cette perte, mais ceux qui devraient écouter ne
les ont pas
écoutés", a-t-il conclu.

