DROITS-SOUDAN: Les agences d'aide humanitaire condamnent la campagne de bombardement du gouvernement

NAIROB1, 16 août (IPS) – Les organisations non gouvernementales
qui
effectuent actuellement des opérations d'aide humanitaire au Sud
Soudan
dévasté par la guerre, ont condamné les récentes campagnes de
bombardement
dans la région, campagnes qui selon elles, ciblent les populations
civiles
et les agences d'aide humanitaire.

Les ONG qui opèrent sous la couverture conjointe des Nations
Unies, dans
le cadre de l'Opération Survie Soudan (OLS), indiquent que près de
10
personnes ont été tuées et que plusieurs autres ont été blessées
dans un
bombardement aérien effectué la semaine dernière sur deux villes
aux mains
des rebelles dans la province de Bahr El Ghazal.
Une école et un marché ont été touchés dans des bombardements
répétés sur
la ville de Tonj, lorsque des avions Antonov de fabrication russe
ont lâch é
20 bombes, selon des sources onusiennes. Dans une autre ville,
Mapel, les
bombes ont raté de près un avion OLS en stationnement, mais
auraient
semble-t-il, touché un centre désaffecté de nutrition.
Dans une déclaration parvenue à IPS, les ONG indiquent que le
gouvernement
soudanais a effectué au moins 33 bombardements séparés au cours du
mois de
juillet, et la plupart ciblaient des enceintes d'agences d'aide
humanitaire.
"Nous sommes extrêmement choqués et notre personnel de
volontaires n'arrive
plus à s'en sortir", a déclaré Leen Verstraelen, un porte-parole
de la
section belge de Médecins Sans Frontières, cité par le service
d'information
des Nations Unies au Soudan.
Une autre déclaration faite par un consortium de 14 ONG
travaillant dans la
région, a estimé le nombre de bombes tombées au Sud Soudan à 250,
dont 24
larguées sur chacune des villes de Nyamlel et de Thiet.
La ville de Rumbek, selon la déclaration a été bombardée deux
fois,
tuant et blessant un certain nombre de personnes sur la place du
marché.
"En une seule journée, trois différents endroits ont été bombardé
s tandis
que les avions affrétés d'aide humanitaire étaient au sol", a
décla ré
Siobhan McGee de l'agence "Concern Worldwide Relief".
Le Bureau onusien de la Coordination des Affaires Humanitaires
(OCHA) a
confirmé ces incidents. Le dernier bombardement est survenu malgré
les
inquiétudes exprimées par les hauts fonctionnaires de l'ONU par
rapport aux
bombardements aériens dont a fait l'objet la région de Bahr El
Ghazal au
cours des dernières semaines.
Les ONG indiquent que bien qu'elles aient pris l'engagement de
fournir
l'aide dont les populations vulnérables du Sud Soudan ont besoin,
les
activités du gouvernement de Khartoum ne font qu'exacerber
davantage les
sérieux problèmes humanitaires dans la région.
"Nous en appelons à toutes les parties afin qu'elles adhérent
aux divers
accords régulant l'activité de l'OLS et qu'elles fassent tout ce
qui est en
leur pouvoir pour faciliter la fourniture de l'assistance
humanitaire dont
le Soudan a besoin", a indiqué la déclaration.
Au cours de ces 12 derniers mois, les ONG opérant au Sud Soudan
se sont
plaint de bombardements ininterrompus de cibles civiles, parmi
lesquelles
des infrastructures d'aide humanitaire et des cliniques médicales
dans la
région de Bahr El Ghazal, en violation d'un 'cessez-le-feu
humanitaire' dans
la région.
A la mi-juillet, Solidarité Chrétienne Internationale (CSI),
une ONG
basée en Suisse, a rapporté le bombardement d'une clinique locale
et d'un
avion de passagers appartenant au Comité International de la Croix
Rouge à
Chelkou, au Nord de Bahr El Ghazal par des avions Antonov de
fabrication
russe appartenant au gouvernement soudanais.
Deux malades soudanais ont été blessés au cours de l'attaque,
qui a
détruit une grande partie de la clinique ainsi que l'avion.
"La prise pour cibles des enceintes d'ONG, des avions, des
pistes
d'atterrissage, des cliniques, des points de distribution
humanitaires et
d'autres infrastructures, a eu un impact très négatif sur le
niveau et la
qualité de l'aide qui est fournie en ce moment", a indiqué McGee.
Le Sud Soudan a, depuis 1983, été la scène de violents combats
entre le
gouvernement de Khartoum et les groupes rebelles.
Le principal groupe rebelle, l'Armée de Libération des Populations
du Sud
Soudan (SPLA), en l'occurrence celui qui se bat pour
l'autodétermination du
Sud, à majorité chrétienne et animiste, a depuis lors obtenu le
contrôle de
grandes parties de la région, qu'il administre.
La SPLA, a également condamné le bombardement, le décrivant
comme "un
effort de dernière minute pour nous contraindre à la soumission"
avant les
prochains pourparlers de paix parrainés par l'Autorité Régionale
Inter
Gouvernementale sur la Sécheresse, prévu vers la fin de ce mois.
Dans une déclaration à IPS, le Porte-parole de la SPLA,
Samson Kwaje,
a indiqué que les attaques visent à intensifier la pression sur le
groupe
rebelle pour qu'il déclare un cessez-le-feu unilatéral en prélude
aux
discussions. "Ils aimeraient chasser les agences d'aide du pays
pour que
les populations civiles meurent de faim. Et c'est leur manière à
eux de
faire la guerre", a déclaré Kwaje.
Le gouvernement de Khartoum et la SPLA ont signé un accord avec
l'OLS,
accord qui donne à l'organisation la permission de mener un
travail
d'assistance impartial dans la région, mais cet accord a été
fréquemment
violé durant d'intenses combats dans la région.
La dernière série de bombardements est survenue après que le
gouvernement
soudanais a accusé les agences humanitaires travaillant dans le
pays d'aider
les rebelles en leur fournissant de la nourriture et des armes.
Une source à l'ambassade du Soudan à Nairobi a indiqué à IPS
que le
Gouvernement soudanais affirme avoir récemment intensifié ses
bombardements
après s'être rendu compte que les rebelles avaient profité de
l'accalmie
pour se regrouper et reprendre les grandes villes stratégiques du
sud, qui
étaient auparavant aux mains des forces gouvernementales. "Ces
ONG ne sont
pas sérieuses, elles ne se plaignent pas quand les rebelles
attaquent",
a-t-il ajouté.
La SPLA a, au cours des deux derniers mois, attaqué et pris le
contrôle
de quelque cinq villes dans le Sud, précédemment aux mains des
forces
gouvernementales.
Kwaje a rejeté les accusations de Khartoum, estimant que les
cibles de
bombardements étaient trop éloignées des bases rebelles pour être
justifiées. "Les endroits dont nous avons pris possession sont à
des
centaines de kilomètres. Les villes qu'elles ont bombardées sont
surtout des
centres d'aide humanitaire".
"C'est lâche parce qu'ils n'ont pas bombardé les endroits où la
SPLA
combattait. Ils n'ont ciblé que des écoles et des hôpitaux".
La guerre soudanaise est actuellement l'une des plus vieilles
guerres,
qui a commencé en 1983 après l'imposition, par le régime du Nord,
de la loi
islamique (la Sharia) sur tout le territoire soudanais, composé de
plusieurs
ethnies adeptes de diverses religions.
La guerre a entraîné la mort de plus de deux millions de
personnes surtout
dans le Sud à majorité chrétienne et animiste, directement et dans
des
conditions climatiques et humanitaires inhospitalières.
Les efforts diplomatiques pour mettre fin à ce conflit vieux de
17 ans
ont été vains, les principaux points d'achoppement étant la
question de la
séparation de la religion et l'Etat, et un référendum par les
populations du
Sud Soudan sur la séparation ou l'inclusion dans un Soudan unifié.
Le Gouvernement de Khartoum a récemment indiqué qu'il n'a ni
l'intention
d'abandonner la Sharia, ni d'encourager la sécession.
La SPLA, d'un autre côté, dit que toutes les concessions pour
sortir de
l'impasse doivent venir de Khartoum. "Il revient à Khartoum de
fléchir un
peu sa position".
"La SPLA ne peut sortir de l'impasse que si nous renonçons à
notre droit
à l'autodétermination. Cela signifiera que nous avons accepté la
Sharia", a
déclaré Kwaje au cours d'une entrevue avec IPS.
Le conflit soudanais a occasionné le plus grand nombre de
personnes
déplacées au monde. L'ONU l'estime à quatre millions.