SANTE-AFRIQUE: Un champignon toxique menace la santé des consommateurs de maïs

LOME, 17 août (IPS) – Le Ghana, le Togo et le Bénin associent leurs
efforts
pour lutter contre un champignon toxique appelé 'Asperyellus
Flavus', qui
contamine depuis plusieurs années le maïs et d'autres produits de
grande
consommation des populations ouest-africaines.

Ce champignon produit un dérivé toxique appelé 'aflatoxine', qui
provoque
des moisissures sur les grains de maïs sec, les graines
d'arachide,
l'igname, la farine et le poisson séché. L'aflatoxine est jugée
très
dangereuse pour la santé de l'homme et la productivité des
animaux.
Le Rotary International, une organisation de service à la
communauté, s'est
engagé dans le projet de lutte contre l'aflatoxine dans les trois
pays
d'Afrique de l'Ouest. Le Rotary a mené une étude qui a montré une
forte
corrélation entre l'aflatoxine contenue dans le sang, et le cancer
du foie.
Selon l'étude du Rotary, l'aflatoxine est absorbée indirectement
par les
enfants par le biais du lait maternel, et les bébés voient leur
systèm e
immunitaire directement exposé. "Cela contribue aux taux élevés
de
mortalité infantile ou de mauvaise santé tout au long de
l'existence des
enfants", déclare Kitty Cardwell, membre du Rotary et spécialiste
de
l'aflatoxine.
Les taux de mortalité infantile sont respectivement de 76 pour
1000 au
Ghana, 97 pour 1000 au Bénin, et 77 pour 1000 au Togo.
D'après les normes réglémentaires reconnues par l'Organisation
Mondiale de
la Santé (OMS), le seuil admis dans les aliments est de zéro
partie pour 1
milliard (0 ppm) pour les enfants, 20 ppm pour les adultes et 55
ppm pour
les animaux.
"Ces normes ne sont pas respectées en Afrique occidentale, et des
étude s ont
montré que certaines populations sont exposées à une consommation
de 100
parties pour 1 milliard par jour depuis leur naissance", regrette
Cardwell.
Les études révèlent que les consommateurs ne se rendent pas compte
qu'ils
consomment des aliments contaminés, parce que l'aflatoxine est
incolore,
donc invisible à l'oeil nu. De surcroît, elle ne disparaît pas
après la
cuisson ou la fermentation. Les agriculteurs ne voient pas non
plus le
champignon qui produit l'aflatoxine sur le maïs.
"Les grains de maïs fortement endommagés parce que demeurés trop
longtemps
au champ et que beaucoup d'insectes ont attaqués, contiennent
généralement
des niveaux élevés d'aflatoxine en Afrique de l'Ouest", indique
le Rotary.
L'aflatoxine est un poison naturel qui pénètre le corps uniquement
à travers
la consommation des aliments préparés à partir des grains ou
ingrédients
contaminés ou de la volaille et du bétail nourris à partir
d'aliment s
préparés avec des grains contaminés.
"L'aflatoxine n'est ni un microbe, ni un virus. Elle n'est pas
infectieuse
et ne se transmet pas d'un individu à un autre", affirme le
Docteur Abass
Sant'anna, coordonnateur du projet de lutte contre l'aflatoxine au
Togo.
Les spécialistes indiquent que le corps humain dispose de peu de
défense s
naturelles pour se débarrasser de l'aflatoxine. La connaissance
scientifique
de ce poison est également très limitée, ce qui explique qu'il
n'existe pas
beaucoup de médicaments pour traiter les cas d'intoxication à
l'aflatoxine.
La communauté scientifique semble pourtant déterminée à mieux
connaître la
façon dont le poison se comporte et évolue dans l'organisme
humain.
Au cours d'un atelier sur l'aflatoxine et la qualité de
l'aflatoxine tenu
récemment dans la capitale togolaise, Lomé, les participants ont
reconnu
qu'un seul repas d'aliments contaminés par l'aflatoxine ne
comporte pas de
gros risques d'empoisonnement immédiat. En revanche, ont admis les
participants, les maladies surgissent après de nombreuses années
de
consommation d'aliments contaminés par l'aflatoxine.
"Contrairement à ce qui s'observe chez les hommes, les poulets
meurent
facilement", explique le Docteur Sant'anna.
L'atelier de Lomé avait regroupé, au début de ce mois, des experts
venus du
Ghana, du Bénin et du Togo.
Les informations précises sur l'impact et la sévérité de la
contamination
des grains de maïs au Bénin, au Togo et au Ghana, ne sont pas
encore
disponibles. Mais déjà, des chercheurs ont détecté des niveaux
alarmants
d'aflatoxine sur plus de 30 pour cent des échantillons de grains
de ma ïs
collectés dans les champs, entrepôts et marchés du Bénin.
Selon des informations fournies par le Rotary International, en
1994, un
grand nombre d'éleveurs de volaille du Ghana a remarqué que le
niveau de
contamination à base de l'aflatoxine dans les grains de maïs
destiné s à la
production de la provende a quintuplé après cinq mois de
stockage.
Des chercheurs au Ghana ont également détecté l'aflatoxine dans
des
échantillons d'un aliment de grande consommation à base de maïs
appelé
"Kenke".
En vue d'accroître la sensibilisation sur l'aflatoxine et ses
risques pour
la santé, les trois pays – Ghana, Togo, Bénin – ont mis sur pied
un projet
de contrôle de la qualité des aliments dans la sous-région ouest-
africaine.
Le projet, qui est financé par la Fondation Rotary International,
va durer 3
ans. L'Institut International d'Agriculture Tropicale et le Fonds
des
Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) y
participent
également.
Des compagnes de sensibilisation, des programmes de surveillance
de
l'aflatoxine et une étude de faisabilité en vue de décontaminer
les grains
de mauvaise qualité ont été lancés.
Les participants à l'atelier de Lomé ont déploré le très peu de
sensibilisation publique sur la contamination des grains de maïs
par
l'aflatoxine. "Les producteurs de maïs, les commerçants et les
consommateurs n'ont jamais entendu parler du problème", précise
le Rotary.
Apaloo Jacqueline, revendeuse de maïs à Lomé, partage cet avis.
Elle déclare
ignorer les ravages de l'aflatoxine sur les céréales.
Pour corriger ces lacunes, l'atelier de Lomé a préconisé
l'organisation de
campagnes d'information du public dans les marchés urbains du
Ghana, du Togo
et du Bénin, afin d'accroître la prise de conscience sur les
dangers liés à
la consommation du maïs et des arachides de mauvaise qualité.
Cette campagne
portera sur le thème: "Un maïs de qualité pour une meilleure
santé' '.
Selon Yves Oswald Hans-Moevi Akue, assistant au gouverneur du
Rotary Club du
Bénin, "cette campagne de sensibilisation se fera dans chaque
pays en
tenant compte des spécificités culturelles, linguistiques et
administratives".
"La sensibilisation des populations devra se faire avec
circonspection,
précaution et délicatesse pour éviter un désastre dû à la
panique, car le
maïs constitue la denrée de base dans l'alimentation de certaines
populations dans ces pays", ajoute-t-il.
La campagne de sensibilisation sera doublée de l'organisation de
sessions de
formation à l'intention des chercheurs sur la qualité alimentaire,
grâ ce à
des méthodes de contrôle durables et à faible coût. Il est égaleme
nt prévu
un contrôle de la qualité des grains sur les marchés urbains.
A l'issue de l'atelier de Lomé, les participants ont préconisé des
mesures
pour la réduction de la contamination.
"J'ai compris que les producteurs doivent récolter très tôt le
maïs , bien
le sécher et le conserver dans des conditions d'aération
raisonnable. Les
commerçants ne doivent plus mélanger les bonnes graines et les
mauvaises
comme ils en ont l'habitude. Les graines doivent être triées",
conclut
Georgette Gbessi, revendeuse de maïs, qui a participé à l'atelier
de Lomé.