PARIS, 27 juill. (IPS) – La Côte d'Ivoire pourrait sombrer dans le
chaos à
la veille de l'élection présidentielle du 17 septembre prochain.
Cette
crainte a été exprimée cette semaine à Paris par le Ministre dél
égué à la
Coopération et à la Francophonie, Charles Josselin.
La déclaration de Josselin fait suite à l'adoption le 23 juillet
dernier,
par référendum, d'une nouvelle Constitution ivoirienne qui prévoit
les
conditions d'éligibilité à la Présidence de la République.
Le texte de la nouvelle Constitution est très controversé,
notamment en son
article 35 qui stipule que le candidat à la Présidence doit être
Ivoirien,
né de père et de mère d'origine ivoirienne. Il est complété par
une autre
disposition qui élimine de la course présidentielle, tout candidat
qui s'est
déjà "prévalu d'une autre nationalité".
Selon la France et d'autres observateurs, ce texte vise à écarter
la
candidature de Alassane Dramane Ouattara, ancien Premier ministre
du
président Félix Houphouët-Boigny, dont la nationalité ivoirienne
est
contestée par ses adversaires politiques.
"Il ne doit pas y avoir d'exclusion artificielle de l'un ou de
l'autre
candidat", a déclaré Josselin, au lendemain du succès du référend
um
organisé par la junte dirigée par le Général Robert Gueï.
La France craint que l'éventuelle disqualification de Ouattara
n'enflamme
les passions dans cette jeune nation africaine, où cohabite une
soixantaine
d'ethnies et où sont pratiquées trois grandes religions (animiste,
chrétienne et musulmane).
Les observateurs pensent que les risques de déflagration dans ce
riche pays
agricole d'Afrique de l'Ouest pourraient s'accroître suite à la
probable
disqualification du président du Rassemblement des Républicains
(RDR),
Alassane Ouattara, de la course pour la présidentielle.
"La France souhaite que les décisions qui seront prises lors du
dépôt des
candidatures ne puissent pas être interprétées comme visant à
priver les
électeurs de leur libre choix", a indiqué le ministère français
des
Affaires Etrangères.
Le Ministre français a demandé aux autorités militaires
ivoiriennes de
"prévenir le risque de dégradation des relations entre les
ethnies, et de
déstabilisation d'un pays capital pour l'influence de la France en
Afrique".
Les officiels et les médias français, qui suivent de près
l'évolutio n de la
situation politique dans ce pays, s'inquiètent de plus en plus des
'troubles' qui pourraient y éclater.
"Le Monde" et "Le Figaro", deux journaux influents de France,
sont
convaincus que le référendum constitutionnel du 23 juillet
dernier, "porte
en lui les germes du chaos". Pourtant, ce référendum marque le
début du
retour à un régime civil.
"Dans les mains des militaires d'Abidjan, le concept d'ivoirité
(appartenance à la nationalité ivoirienne) est une grenade
dégoupill ée. La
junte de Robert Gueï prend ici le risque d'un dangereux
dérapage", estime
l'éditorialiste du Figaro.
Cette vision apocalyptique est partagée par l'ancien Premier
ministre
Alassane Dramane Ouattara, qui continue de clamer qu'il est
"Ivoirien de
père et de mère d'origine ivoirienne", bien que ces adversaires
lui
attribuent la nationalité burkinabé.
Ouattara craint que sa candidature soit refusée.
"Si c'est le cas, ce serait prendre des risques terribles pour le
pays",
a-t-il déclaré en début de semaine dans une entrevue avec un
quotidien
français. Alassane Ouattara, qui craint le 'risque de
l'arbitraire', reste
tout de même persuadé que la Cour Suprême ivoirienne ne serait pas
tentée
d'invalider sa candidature.
"Je suis sûr qu'une majorité d'Ivoiriens ne pourra pas accepter
l'arbitraire", a-t-il déclaré, avant de qualifier la nouvelle
Constitution
de discriminatoire.
Le quotidien 'Libération', proche de la gauche française
actuellement au
gouvernement, pense que "personne n'est dupe" de l'inquiétude
que suscite
l'après-référendum.
Bien avant le renversement du président Henri Konan Bédié par
l'actuelle
junte au pouvoir le 24 décembre dernier, les autorités françaises
avaient
discrètement mis en garde le président Bédié contre les risques
qu'il
prenait dans l'exploitation du thème de l'ivoirité, dans un pays
où 35 pour
cent de la population sont originaires des pays de la sous-région.
La France est le premier partenaire bilatéral de la Côte d'Ivoire.
Plus de
20.000 Français vivent dans ce pays ouest-africain.
Même si des consignes n'ont pas encore été données aux
ressortissants
français de Côte d'Ivoire, Paris envisage déjà des mesures de
sécurité
exceptionnelles en cas de dégradation de la situation politique
dans le
pays. Déjà, Paris a gelé sa coopération militaire avec Abidjan,
au
lendemain du coup d'Etat du 24 décembre.
Le Général Gueï, le chef de la junte au pouvoir, peu apprécié par
Paris,
accuse la France de 'recel de malfaiteur', faisant ainsi allusion
à l'ancien
Président Henri Konan Bédié qui vit en exil dans la capitale
française.

