DEVELOPPEMENT-SIERRA LEONE: Les Amputés Reçoivent Des Membres Artificiels

FREETOWN, 11 mars (IPS) – Au camp des Amputés et des Blessés de
Guerre de
Murray Town, un camp installé dans la capitale sierra léonaise,
des hommes,
des femmes et des enfants ont l'occasion de rassembler les
lambeaux de leurs
corps.

Le camp a été doté d'un atelier spécialement équipé où des
techniciens
travaillant pour l'organisation non gouvernementale Handicap
International
fabriquent des membres artificiels pour les amputés.
"Nous travaillons sur des prothèses pour les membres supérieurs
et les
membres inférieurs", explique Alexis Randin, un orthopédiste du
camp.
"Nous concevons des membres qui permettent aux gens de
s'occuper
d'eux-mêmes et d'avoir une indépendance minimale pour faire la
lessive et
manger . . . "
Le centre de fabrication de membres artificiels du camp utilise
surtout des
matériaux locaux. Ces matériaux sont rentables, déclare Billy
Mansaray, le
kinésithérapeute du centre, en ajoutant que ce service est
gratuitement
offert aux amputés.
Les fonds destinés au programme de conception de prothèses
proviennent du
service humanitaire de l'Union européenne, et l'aide
supplémentaire
(notamment les médicaments, l'abri et la nourriture) est fournie
par des
organisations telles que l'Agence adventiste de Développement et
de Secours
(ADRA) et Médecins Sans Frontières (MSF).
La fabrication et l'essayage des membres artificiels ont
commencé en juin et
concernaient environ 300 amputés qui vivaient dans un camp à
Waterloo, un
village péninsulaire situé à 30 kilomètres à l'Est de la
capitale.
Cependant, lorsque les troupes loyales au Conseil
révolutionnaire des Forces
armées (AFRC) et les membres du Front révolutionnaire uni (RUF),
les alliés
de l'AFRC, ont envahi la capitale en janvier, les amputés ont
été renvoyés
de Waterloo.
Les rebelles ont mené une campagne de terreur contre les civils
à travers le
pays depuis le renversement de l'AFRC par la Force Ouest-
africaine de
maintien de la paix (ECOMOG) l'année dernière.
Le gouvernement civil du Président Ahmed Tejan Kabbah est rentré
de Conakry
(Guinée) pour reprendre le pouvoir en mars 1998.
Plusieurs personnes ont été tuées et mutilées par les rebelles
en maraude. A
travers le pays, les bras et les jambes de plusieurs milliers de
personnes
ont été amputés par les rebelles.
"Plus de 40 amputés ont été admis au Connaught Hospital
(l'hôpital
principal) et des douzaines d'autres sont éparpillés dans
plusieurs centres
de santé de la capitale. C'est une situation absolument
horrible", lâche
Michael Sam, un agent de santé.
Les gens qui ont réussi à quitter les zones rurales pour
Freetown, la
capitale, garderont le souvenir de l'horreur pendant longtemps.
Sheku
Mansaray, 16 ans, raconte que 60 civils – y compris lui-même –
ont été
alignés pour subir des amputations, pendant l'attaque Koidu, une
ville de
l'Est, par les rebelles.
"J'ai un oncle, une tante et cinq autres parents parmi les
personnes dont
les jambes ou les bras ont été coupés par les rebelles
insensibles",
affirme Mansaray qui s'efforce vainement de réprimer ses larmes.
Ils ont
coupé mes deux poignets".
Les membres des amputés ont été coupés à l'aide de sabres
émoussés et, selon
les personnes interviewées, les rebelles leur disaient toujours
la même
chose : "Allez montrer vos mains au Président Tejan Kabbah que
vous
supportez. Il les soignera".
Un homme de quarante ans a dit à IPS dans le camp qu'après
l'amputation de
son poignet gauche, il a hurlé, à la vue du sang qui suintait de
sa main.
Ensuite, un rebelle adolescent lui a demandé s'il sentait des
douleurs et
dès qu'il a répondu oui, un autre coup violent de machette, lui
a été asséné.
Abdulai Sesay, un orthopédiste du centre de conception des
prothèses,
indique qu'en dehors des membres artificiels que les amputés
reçoivent, le
service psychosocial du camp leur donne aussi des conseils.
Abdulai ajoute que les amputés s'adaptent à leurs nouveaux
membres et
certains commencent à faire des activités génératrices de
revenu. "Certains
fabriquent même du savon et d'autres font un peu d'activités
agricoles".