SIERRA LEONE: Des mercenaires libériens au service de Koroma.

FREETOW, 05 mai (IPS) – Certains mercenaires libériens capturés
par la
force ouest-africaine de maintien de la paix (ECOMOG), ont donné
des preuves
supplémentaires du soutien que le Liberia apporte aux derniers
combattants
de la junte militaire déchue du major Johnny Paul Koroma.

Le colonel Maxwell Khobe, commandant des forces de l'ECOMOG, a été
tout
récemment chargé d'assurer la sécurité de toute l'étendue du
territoire
sierra léonais. Il a dit à IPS, au cours de la semaine, qu'à
l'heure
actuelle, près de cent mercenaires libériens ont été capturés
derrière les
lignes de front, en plein combat ou dans plusieurs villes et
villages de
l'intérieur, où les rebelles du conseil révolutionnaire des forces
armées
(AFRC) poursuivent la guerre.
Khobe a également annoncé que plus de 50 combattants des rebelles
de
l'ancien mouvement uni de libération du Liberia pour la démocratie
(ULIMO-K)
et 20 combattants du front patriotique national du Liberia (NPFL),
sont
détenus à la prison de haute sécurité de Freetown. La faction de
l'ULIMO-K,
dirigée par Alhaji G.V. Kromah est essentiellement musulmane et
mandingue ;
elle avait lancé l'offensive à partir de la Guinée, au cours de la
guerre
civile libérienne.
"Il y a là assez de preuves pour vous montrer que le leader
libérien (M.
Charles Taylor) et ses anciens rebelles aident la junte de l'AFRC
à
poursuivre ses opérations militaires à l'Est de la Sierra Leone",
a déclaré
le colonel Khobe.
Parmi les rebelles libériens actuellement détenus à la prison
centrale de
haute sécurité, il y a le colonel Mohamed Kromah, ancien partisan
de la
faction ULIMO-K. Il a reconnu au cours d'une interview accordée à
IPS depuis
sa prison, que les rebelles libériens, y compris lui-même, étaient
vraiment
impliqués dans le conflit prévalant dans les districts de l'Est de
la Sierra
Leone.
"Je suis détenu ici avec plus de 50 combattants de mon
contingent,
c'est-à-dire la force d'intervention spéciale (STF). Nous
combattions aux
côtés du conseil révolutionnaire des forces armées (AFRC)…",
ajoute Kromah.
Kromah explique qu'il a lui-même représenté la force
d'intervention et
d'autres éléments libériens lors des négociations tenues à Orogu
Bridge
(Freetown) entre les représentants de l'ECOMOG et la junte. Ces
négociations
avaient eu lieu deux mois avant l'intervention nigériane qui a
renversé
l'AFRC en février dernier.
Un autre prisonnier de guerre, Samu
Un autre prisonnier de guerre, Samuel Konneh, ancien partisan du
NPFL de
Taylor a déclaré être incapable de dire exactement combien de
combattants
(ex-NPFL) ont été envoyés au-delà de la frontière pour combattre.
Nous étions peut-être plus de 1500 car nous avons été transportés
par des
camions jusqu'aux régions contrôlées par le RUF, aux confins de la
frontière
sierra léonaise. Depuis lors, voici trois semaines, nous menons
des combats
dans le district de Kono, où j'ai été capturé ", a ajouté Konneh.
Konneh, un jeune homme de 22 ans, a indiqué qu'il est facile de
recruter des
combattants au Liberia, car des milliers de jeunes combattants de
l'ex-NPFL
sont désoeuvrés.
"J'étais content de venir combattre en Sierra Leone parce que je
ne connais
rien d'autre que le fusil", a-t-il précisé. "Le président Taylor
n'a pas
pu nous intégrer dans l'armée libérienne, alors j'ai pensé que ma
venue sur
le front sierra léonais aurait pu être une issue".
Les autres libériens capturés et interviewés ont expliqué que la
junte
déchue et certains officiels libériens leur avaient promis du
diamant et de
l'or. Ils ont refusé de nommer ces officiels. "Ils (les officiels
non
nommés) nous ont dits de ne pas laisser tomber les districts de
Kailahun
(districts situés à l'est) car ces localités ont de riches
minerais de
diamant et d'or", a souligné Konneh.
Compte tenu de la déroute des rebelles à Kono, ils se sont résolus
à y
commettre des atrocités d'une très grande envergure. Les
populations civiles
ont inscrit, au compte des troupes de la junte battant en
retraite, des
actes de meurtre, de viol et d'incendie volontaire.
"La plupart des rebelles ont des accents libériens et ne
maîtrisent pas le
terrain de Kono. Par conséquent, ils ne font que tuer, violer et
brûler sans
scrupule", a témoigné Aiah Ngegba, originaire de Yengema, en
service à
Kono. Les forces de la junte ont amputé la main gauche de Ngegba à
l'aide
d'une machette.
Près de cent personnes originaires de l'Est suivent actuellement
des
traitements médicaux à l'hopital Connaught de Freetown. Parmi les
personnes
faisant l'objet d'un traitement médical, plus de 30 ont les doigts
ou les
poignets coupés par des machettes, tandis qu'au moins 15 ont perdu
leurs
oreilles durant les attaques organisées par les rebelles contre
les civils.
"Lorsqu'ils m'ont tranché le poignet gauche, j'ai exprimé la
douleur
ressentie", a laissé entendre Komba Saffa, cultivateur à Kono.
"Ensuite,
ils m'ont coupé les deux oreilles avec des machettes".
Le ministre libérien de la Défense, Daniel Cheah, a encore démenti
au cours
de la semaine, les allégations de la Sierra Leone, selon
lesquelles le
Liberia soutient les rebelles dans leur tentative de renversement
du nouveau
régime civil du président Ahmed Tejan Kabbah.
"Nous n'avons aucune espèce d'intérêt dans la crise sierra
léonaise, et
tout ce que nous disons c'est que c'est plus facile de chasser les
rebelles
de la ville plutôt que de la jungle… nous pensons que toutes les
parties
en conflit devraient entamer des négociations", a déclaré Cheah.
(Fin/ips/lf/pm/nrn/98)