FINANCE: La France Préconise L'allégement Des Dettes Des Pays Lourdement Endettés

PARIS, 17 mars (IPS) – La France a l'intention de préconiser une
action
"définitive" sur l'allégement de la dette des pays pauvres
lourdement
endettés, pendant le sommet annuel des sept pays les plus
industrialisés
(G-7) à Cologne en juin.

Dans son discours d'ouverture de la 40ème réunion annuelle de la
Banque
interaméricaine de Développement (BID) tenue à Paris, le
Président français
Jacques Chirac a déclaré qu'il aimerait qu'une "solution
définitive soit
enfin trouvée au problème récurrent de la dette".
Le discours de Chirac est en faveur des appels lancés par les
organisations
non gouvernementales (ONG) aux bailleurs de fonds bilatéraux et
multilatéraux afin qu'ils accordent aux pays pauvres
l'allégement de dette
dont ils ont tant besoin pour initier un programme de
développement humain
durable.
"C'était important que Chirac soulève la question de
l'allégement de la
dette", estime Ana Quiroz de la Coordination civile pour le
Développement
et la Reconstruction au Nicaragua. "L'argent que le Nicaragua
paie pour
honorer le service de la dette est supérieur à la somme de son
budget de
santé et d'éducation !"
Chirac a déclaré que les termes de l'allégement de la dette,
fixés pendant
le dernier sommet du G-7 à Lyon (France) ont fait des "progrès
significatifs" pour aborder le problème, mais il faut que les
bailleurs de
fonds "fassent un effort supplémentaire".
Bien que Chirac n'ait pas donné de détails sur ces termes, il a
annoncé que
la France fera lors de la prochaine réunion du G-7 en Allemagne
des
propositions "précises" qui vont au-delà des termes fixés à
Lyon et
reposent sur la "générosité, l'équité et la responsabilité".
Les termes de Lyon autorisent un allégement jusqu'à concurrence
de 80 pour
cent de la dette bilatérale des pays éligibles. Selon Chirac, le
taux
d'annulation de la dette bilatérale des pays les plus pauvres
devrait
dépasser 80 pour cent. Des solutions de faveur doivent aussi
être élaborées
à l'intention des autres pays dont le fardeau de la dette est
insupportable.
Chirac a ajouté qu'une solution doit aussi être trouvée au
problème de la
dette multilatérale des pays qui en ont besoin "même si cela
nécessite la
vente d'une partie des réserves d'or du Fonds monétaire
international".
Un certain nombre de pays, comme le Nicaragua et le Honduras,
doivent plus
aux institutions financières multilatérales telles que la BID et
la Banque
mondiale qu'aux créanciers bilatéraux. Ils espèrent alors
bénéficier de
l'allégement proposé par les institutions multilatérales dans le
cadre du
Plan des Pays Pauvres Lourdement Endettés (PPLE).
La France a annulé toutes les sommes que lui doivent
officiellement les pays
(tels que le Nicaragua et le Honduras) qui ont été dévastés par
l'Ouragan
Mitch l'année dernière. Le Club de Paris a aussi décidé
d'accorder un
moratoire de trois ans sur le service de la dette.
Cependant, à l'instar de Chirac, les organisations non
gouverneles des
pays développés et des pays en développement cherchent beaucoup
plus que ces
mesures à court terme.
Bien que la dette publique ne soit pas apparue dans le programme
officiel de
la réunion de la BID à Paris, certaines sources ont indiqué que
les
gouvernements de l'Amérique centrale et les responsables de la
BID ont
discuté du problème mardi dans les coulisses, en prévision de la
prochaine
assemblée consultative de l'Amérique latine qui se tiendra à
Stockholm
(Suède) en mai.
Dans un exposé présenté mardi sur les opportunités
d'investissements dans
leur pays, les autorités nicaraguayennes ont, tout en
reconnaissant
"l'énormité de leur dette", déclaré avoir réduit de moitié la
dette
extérieure de leur pays. Elles espèrent un allégement
supplémentaire du
service de la dette jusqu'à l'an 2001.
Elles espèrent aussi prendre une décision d'ici juin, date à
laquelle il
sera question de déterminer si le Nicaragua peut avoir droit à
une remise de
dette ou s'il faut qu'il applique pendant trois années
supplémentaires les
programmes d'ajustement structurels.
Les autorités nicaraguayennes ont reconnu que le poids de la
dette de leur
pays décourage les investisseurs. Tant que le Nicaragua fera
face au poids
de la dette, les investisseurs ne se sentiront pas en
"sécurité" et si
nous enlevions cette corde du cou, nous les attirerions, ont-
elles dit.
"La France est l'une des grandes actionnaires de la BID et en
tant que tel,
sa voix compte beaucoup dans la banque", relève Peter Bate, le
Chargé des
Relations extérieures de la BID.
"Si la France préconise d'autres actions sur la dette, d'autres
pays la
suivront".
Le président de la BID, Enrique Iglesias, a rappelé à
l'assemblée que les
gouverneurs ont résolu en 1998 le problème des besoins de
ressources
concessionnelles nécessaires pour les neuf prochaines années et
les fonds
dont la banque aura besoin pour participer aux efforts de
réduction de dette
en Bolivie, en Guyane et au Nicaragua.
Il a ajouté que sa banque est prête à prendre une certaine
responsabilité
pour pouvoir faire face aux coûts de l'allégement de la dette du
Honduras au
cas où ce pays deviendrait éligible pour une remise de dette.
"Il est très important que les banques multilatérales
déterminent une
politique de faveur, surtout à l'égard des pays comme le
Nicaragua et le
Honduras, qui doivent plus aux banques multilatérales qu'aux
bailleurs de
fonds bilatéraux", a préconisé Quiros.
D'après les chiffres publiés par le Réseau européen de la Dette
et du
Développement (Eurodad) dont le siège est à Bruxelles en
Belgique, la dette
totale du Nicaragua a atteint en 1997 6,1 milliards de dollars,
soit 111
pour cent de son PIB.
Le Nicaragua payait 600.000 dollars par jour pour honorer le
service de la
dette en 1996. Cette somme représente 50 pour cent de ses
recettes
publiques. Le Honduras payait quant à lui 1,5 millions de
dollars, soit 80
pour cent de ses recettes publiques.
Le service de la dette de ces deux pays absorbe d'énormes sommes
qui
devraient, selon les ONG, être investies dans des services
fondamentaux tels
que les soins de santé primaires et l'éducation.
Après le cyclone Mitch qui a fait des milliers de morts au
Nicaragua et au
Honduras et détruit des produits agricoles, ces deux pays n'ont
p
les
moyens de payer leurs dettes.
"Nous voulons 100 pour cent de remise de dette, mais quand nous
discutons
avec les banquiers, nous savons que c'est impossible. Alors,
nous proposons
par exemple que les dettes soient consacrées aux projets
relatifs aux
services fondamentaux", a signalé Quiros.