DROITS-KENYA: Les Discussions Reprennent Sur Le Travail Des Enfants

NAIROBI, 19 avr. (IPS) – Les groupes de défense des droits de
l'Homme du
Kenya se demandent si les 1,6 millions de mineurs travaillant
dans le pays
doivent cesser de travailler avant que la nouvelle "Convention
de
l'Organisation internationale du Travail (OIT) sur les pires
formes du
travail des enfants" ne soit ratifiée cette année-ci.

"Les gens ont accepté que les enfants travaillent, mais
certaines
conditions de travail qui les soumettent à des situations
dangereuses ou les
privent d'éducation ne devraient pas être tolérées", déclare
Philista
Onyango du Réseau africain pour la prévention et la protection
contre
l'exploitation et la négligence des enfants.
Le Kenya a signé la plupart des conventions internationales,
mais il ne les
a pas encore fait passer en lois. Des 250 millions d'enfants du
monde entier
qui passent leur temps à travailler, le Kenya en compte 1,6
millions.
Un grand nombre d'enfants travailleurs sont employés dans le
secteur
agricole qui constitue plus de 50 pour cent du produit intérieur
brut (PIB)
du Kenya.
Les estimations officielles montrent que les enfants constituent
20 à 30
pour cent de la main-d'uvre occasionnelle des plantations
kenyanes. Ce
chiffre représente un grand pourcentage des trois millions
d'enfants de six
à 14 ans qui ne vont pas à l'école.
La dernière tentative faite par le gouvernement du président
Daniel arap Moi
pour adopter un projet de loi sur les enfants remonte à 1996,
mais cette
tentative a affronté l'opposition des organisations non
gouvernementales
(ONG) qui estimaient qu'au lieu de protéger les enfants, le
projet avait
seulement tendance à les criminaliser.
Puisque les ONG soutenaient que le projet n'abordait pas le
problème du
travail des enfants, il a été retiré du Parlement où il devait
être
transformé en loi. "C'est la loi qui devrait chercher les
moyens de
protéger et de réhabiliter les enfants criminels, au lieu de les
pénaliser", déclare Onyango.
Le gouvernement soutient que sa politique vis-à-vis du travail
des enfants
est prise en otage par des groupes qui citent des cas de
pauvreté et des
valeurs culturelles selon lesquelles les enfants doivent
travailler dans le
cadre de leur processus d'apprentissage.
"Ce n'est pas pratique pour nos petites surs de rentrer de
l'école et de
laisser leurs mères chercher de l'eau et du bois, pendant
qu'elles
s'assoient sans rien faire parce qu'une convention
internationale est contre
le travail des enfants", rétorque le ministre Joseph Nyagah.
Les spécialistes des droits des enfants soutiennent que bien que
la pauvreté
soit souvent citée comme la raison du recrutement des enfants au
travail, le
travail de ces derniers perpétue aussi la pauvreté parce qu'il
ne leur donne
pas l'occasion de se développer.
"En général, les gens semblent s'accorder à dire dans le monde
entier que
le travail des enfants exclut tout ce qu'ils peuvent faire pour
acquérir des
compétences qui leur permettent d'apporter effectiveà l'âge
adulte leur
contribution à la société", constate Mary Mbeo, la responsable
du Programme
international de l'OIT chargé de l'élimination du travail des
enfants au Kenya.
"C'est possible que pendant leur croissance, certains de ces
enfants
travaillent tout en apprenant un métier, malheureusement trop
d'enfants sont
simplement exploitées comme une main-d'uvre à bon marché,
obéissante et
sans aucun droit au bien-être", déplore-t-elle.
Un projet de loi révisé, incluant une définition globale du
travail des
enfants et conforme à la nouvelle convention de l'OIT, fait
l'objet d'un
grand consensus et sera soumis aux débats publics au cours de
l'année.
La convention identifie et fixe de nouvelles règles pour les
formes extrêmes
du travail des enfants. Ces règles incluent toutes les formes
d'esclavage,
notamment la vente et le trafic des enfants, la prostitution,
l'asservissement dû à la dette et le servage.
La convention proscrit aussi certains types de travail comme
celui des
usines, car ils sont susceptibles de nuire à la santé et à la
sécurité des
enfants.
La forme extrême du travail des enfants, surtout le trafic des
mineurs et la
prostitution, était à l'ordre du jour d'un sommet tenu à Nairobi
en 1998 sur
les enfants. Pendant ledit sommet, les enfants ont indiqué eux-
mêmes que ces
pratiques sont en hausse dans ce pays d'Afrique de l'Est.
Les enfants de Turkana, la région septentrionale aride, ont
raconté comment
leurs amis avaient été vendus par leurs parents à des fermiers
de la région
de Kitale (Rift Valley) pour travailler dans des plantations de
maïs et de blé.
D'autres enfants originaires de Mombasa – un port de l'océan
indien – ont
décrit comment ils servent à attirer les touristes : ils les
divertissent et
dansent nus pour eux dans des clubs touristiques.
Plus de 500.000 enfants kenyans vivant et gagnant leur vie dans
les rues
urbaines ont besoin d'une protection spéciale.
Onyango pense que certaines des approches que le gouvernement
utilisait pour
aborder le problème des enfants de la rue sont des approches "à
court
terme". "Les approches ou stratégies adoptées au Kenya sont
vraiment
écurantes", estime Onyango.
"En réalité, le fait de laisser n'importe qui initier des
centres de
réhabilitation pour les enfants de la rue, expose ces enfants à
toutes
formes de mauvais traitement. Les individus de réputation
douteuse sont
autorisés à gérer les institutions des enfants", a-t-il dit
lors d'un
atelier de deux jours tenu cette semaine à Nairobi sur le
travail des enfants.
Helena Eversole du Fonds des Nations Unies pour l'enfance
(Unicef) affirme
que la pandémie du SIDA, qui a tué plus de 200.000 Kenyans,
demeure la plus
grande menace pour les éventuelles victoires remportées dans la
lutte pour
la réduction du travail des enfants.
Les chiffres de l'Unicef montrent que chaque année, environ 70
pour cent des
enfants inscrits dans les écoles kenyanes abandonnent les études
pour le
monde du travail, avant d'achever l'école primaire.
Cependant, vu le taux de propagation du VIH/SIDA, Eversole
prédit que de
plus en plus d'enfants abandonneront l'école pour assurer des
responsabilités familiales. "Le VIH/SIDA est le seul et le plus
important
défi en matière de protection des enfants, aujourd'hui", dit-
elle.
iron 300.000 enfants sont devenus orphelins à cause du SIDA, et
des 1,5
millions de personnes infectées par le virus, 90.000 sont des
enfants.
Jeffrey James, l'ambassadeur de la Grande-Bretagne au Kenya,
souligne que
les formes extrêmes du travail des enfants indiquent le degré de
respect
qu'un pays a pour les droits de l'Homme. "Les pays qui
garantissent les
droits civils et politiques ont tendance à garantir également
les droits
socio-économiques", a-t-il dit lors de l'atelier de Nairobi.