NAMIBIE, 20 avr. (IPS) – Il y a vingt ans, la bande de Caprivi
était la plus
riche région naturelle de la Namibie.
En dehors de l'éléphant, du rhinocéros, de l'hippopotame, du
crocodile, du
chien sauvage, du lion, du léopard, du guépard et d'autres
prédateurs,
c'était aussi l'habitat de 22 espèces de mammifères à sabots,
notamment la
girafe, l'éland, le rouan, la zibeline, le buffle, le gnou bleu,
l'impala,
le 'kudu'.
Actuellement, toutes ces espèces ont diminué en nombre et
d'autres ont
complètement disparu, surtout à cause de la chasse incontrôlée
et de la
perte de l'habitat des animaux. Le rhinocéros noir n'existe, par
exemple,
plus dans la bande de Caprivi, tandis que la girafe et le gnou
ont disparu à
l'Est de Caprivi.
Un grand nombre d'autres espèces ont disparu sauf le buffle,
l'éland, le
rouan, la zibeline et le 'kudu'.
Autrefois, les espèces animales et végétales sauvages jouaient
un rôle
important dans l'héritage culturel des peuples indigènes
d'Afrique, puisque
les animaux et les plantes sauvages contribuaient
considérablement à leurs
économies traditionnelles.
Cette situation a, cependant, changé pendant la période
coloniale lorsque
les politiques élitistes et protectionnistes de conservation de
la nature
ont fini par éloigner les peuples africains de la nature tout en
créant une
hostilité vis-à-vis des autorités chargées de sa conservation.
L'éducation et les valeurs modernes, qui jusqu'à une date
récente ne
reconnaissaient pas les animaux sauvages comme une importante
ressource
économique, contribuaient aussi à faire croire à tout le monde
que la
conservation de la nature était contre le développement rural
dans les zones
communales. Malgré cela, les entreprises de conservation de la
nature sont
devenues de grandes génératrices de devises et attirent
annuellement un
grand nombre de touristes désireux de faire la chasse aux grands
fauves ou
de voir simplement les animaux sauvages dans leurs habitats
naturels.
Cependant, à cause des anciennes lois discriminatoires, les
populations
rurales vivant avec les animaux sauvages sur des terres
communales tirent
peu de profit de l'industrie touristique en plein essor.
Une organisation non gouvernementale (ONG) namibienne – projet
intégré de
développement rural et de conservation de la nature (IRDNC) – a
été lancée à
la fin des années 1980 dans la région de Kunene et ensuite à
Caprivi dans le
but précis de changer le statu quo au profit des communautés
rurales.
Piloté par Garth Owen-Smith et le docteur Margie Jacobson, deux
célèbres
conservateurs de la nature, l'IRDNC cherchait à associer la
conservation et
l'usage durable de la nature au développement socio-économique
des
communautés rurales namibiennes.
Depuis lors, une approche de conservation de la nature
comprenant de
multiples partenaires tels que des ONG, le gouvernement, les
chefs
traditionnels, les communautés et les donateurs internationaux
est adoe
et s'appelle la gestion des ressources naturelles communautaires
(CBNRM).
Les donateurs incluent l'Aide américaine pour le développement
international
(USAID), le Fonds mondial de conservation de la nature (WWF) et
l'Association du tourisme communautaire de la Namibie (NACOBTA).
En juin 1996, le gouvernement namibien a promulgué une nouvelle
loi de
conservation de la nature, afin que les communautés puissent
tirer un
bénéfice financier des ressources naturelles à travers la chasse
aux
trophées, la vente des fauves vivants, des quotas de récolte et
des
concessions touristiques. Pour mettre en application ces
conditions, les
communautés ont dû former des commissions de conservation dûment
enregistrées par le gouvernement.
Depuis l'adoption de la nouvelle loi, quatre commissions de
conservation ont
été créées en Namibie et l'une d'elles est située à Caprivi.
Vingt et une autres commissions de conservation sont en train
d'être créées
et cinq d'entre elles sont localisées à Caprivi, une petite
bande de terre
située à l'extrémité nord de la Namibie et ayant des frontières
avec le
Botswana, la Zambie, le Zimbabwe et l'Angola.
L'idée qui sous-tend les commissions de conservation est que les
ressources
naturelles et la conservation de la nature sont importantes pour
les
communautés. Depuis leur création, les communautés ont conçu de
nouvelles
idées pour profiter de la nature.
Des 'villages traditionnels' sont, par exemple, établis et le
mode de vie
ainsi que l'environnement traditionnels y sont recréés pour
attirer les
touristes. Le premier village a été créé à Lizauli en 1994 et
depuis lors,
des centaines de touristes l'ont parcouru pour jeter un coup
d'il sur
l'héritage africain de Caprivi qui disparaît rapidement.
Dans le village, on rencontre la maison de l'Induna ornée de
pièges de
poissons sculptés en bois, de couteaux de chasse, d'arcs et de
flèches,
d'instruments de musique tels que des organes de la bouche, des
pianos et
des tambours creux qui imitent, lorsqu'on les frotte, un bruit
qui attire
l'hippopotame.
Selon la tradition, c'était un instrument appréciable pour
capturer les
hippopotames.
Les autres attractions incluent un énorme et encombrant piège à
chat (pour
les chats sauvages qui attrapaient les poulets), la 'cérémonie
d'exorcisation des fous' – cérémonie au cours de laquelle les
villageois
tapaient des tam-tams pendant toute la nuit pour chasser les
mauvais esprits
et guérir les malades mentaux de la communauté – et une
fascinante
performance faite par un guérisseur.
Pour mettre en application le programme du CBNRM, des
contrôleurs des
ressources communautaires et des gardes des jeux communautaires
ont été
désignés et se complètent, tout en travaillant à des endroits
différents.
Les contrôleurs des ressources sont surtout des femmes qui
forment des
groupes d'artisans et aident les artisans locaux en créant des
marchés pour
leurs objets d'arts. Le Mashi Craft Centre a été récemment
inauguré dans le
site de conservation de Kwandu, et actuellement 11 groupes
d'artisans actifs
y aident plus de 100 producteurs.
De la même façon, plus de 100 gardes des jeux communautaires des
régions de
Kunene et de Caprivi réalisent l'importance de leur travail ;
ils luttent
contre le braconnage afin que les centres artisanaux et la
couté
bénéficient de l'augmentation du nombre de touristes.
Les gardes de jeux ont aussi bénéficié d'une invention
remarquable (le
'cybertraqueur') qui réinvente la traque, un vieil art.
Le 'cybertraqueur' était à l'origine conçu pour les traqueurs
illicites qui
l'utilisaient pour collecter des données telles que le nombre,
la fréquence
et les espèces d'animaux sauvages. Les données peuvent être
immédiatement
perçues dès que les informations sont téléchargées. Cet art a
considérablement accéléré la collecte des données.
"C'est formidable de constater comment des cultures différentes
peuvent
communiquer par l'intermédiaire du cybertraqueur. Les
connaissances et le
savoir-faire traditionnels sont entrés dans un cybertraqueur et
dès que
celui est connecté à un ordinateur, les informations
apparaissent sur une
carte que le cybertraqueur et les écologistes peuvent lire",
explique Simon
Mayes, coordonnateur de la formation sur les ressources
naturelles à l'IRDNC.
"La grandeur de l'image est tout aussi importante car nous
espérons que ce
processus amènera la communauté à parler encore de la nature et
à rétablir
son importance dans ses cultures", ajoute-t-il. Les groupes de
conservation
bénéficient aussi d'une aide pour passer des accords avec des
entreprises
privées, afin d'établir des centres touristiques au sein des
sites de
conservation. Le camping de la communauté de Kubunyana, qui
vient d'être
créé dans le site de Mayuni, est un exemple de centre
touristique. C'est une
initiative entreprise par la communauté et Dusty Rogers, un
entrepreneur.
La communauté a autorisé Rogers à construire une loge de luxe
sur sa terre
et en échange, il pris en charge les frais liés à la création de
Kubunyana
qui est actuellement géré par des membres de la communauté.
C'est le
deuxième accord du genre entre un investisseur et un site de
conservation
des ressources naturelles.
Après la création de la première entreprise commune, 80.000
dollars
namibiens ont été collectés pour la communauté pendant la
première année
d'opération, contre 112.000 dollars pendant la deuxième année.
Un dollar américain équivaut à 6,27 dollars namibiens.
Pour tenter de faire remarquer l'importance de l'effort
croissant de
conservation de la nature, le président du site de conservation
de Mayuni,
Bernard Munembo, déclare : "grâce au camping de Kubunyana,
l'argent
commence à rentrer dans la communauté".
"Nous avons l'intention de diversifier les attractions en
incluant d'autres
arts, en ce moment, nos marchés fournissent aussi de plus en
plus de viande
et de poisson. Tout est possible si nous conservons la nature –
les
hippopotames valent désormais de l'or", dit-il avec un large
sourire
d'adieu.

