GABORONE, 16 avr. (IPS) – Un forum commercial destiné à
promouvoir les
intérêts commerciaux américains en Afrique a clôturé ses travaux
jeudi à
Gaborone, la capitale botswanaise, en promettant de faire de
l'Afrique un
partenaire des Etats-Unis et de faciliter l'accès des produits
africains au
marché américain.
"Les USA croient au succès de l'Afrique. Nous croyons qu'une
Afrique
australe prospère, unie et intégrée permettra à l'Afrique
entière de sortir
très rapidement des conflits et de la pauvreté", estime Stuart
Eizenstat,
sous secrétaire américain chargé des Affaires économiques,
commerciales et
agricoles. "Nous avons besoin de vous autant que vous avez
besoin de nous".
Eizenstat a conduit une délégation de quelque 90 représentants
du
gouvernement et des entreprises américains au premier forum
historique
USA-SADC tenu à Gaborone les 14 et 15 avril.
Selon Robert Krueger, l'ambassadeur des Etats-Unis au Botswana,
la
Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) est
"la région la
plus forte, la plus ouverte et celle dont la croissance est la
plus rapide
en Afrique".
"C'est seulement pendant la période de la crise de la Guerre
froide que
nous nous étions engagés en Afrique. A la fin de la Guerre
froide, l'Afrique
a été exclue des préoccupations des Etats-Unis. Nous voulons
ramener de
façon constructive l'Afrique au centre de nos préoccupations,
mais ce n'est
pas parce qu'il y a une nouvelle Guerre froide à livrer",
précise Eizenstat.
L'objectif du forum est de renforcer la coopération et un
certain engagement
entre la SADC et les USA. Le forum cherche aussi à promouvoir
les efforts
d'intégration régionale en cours et à contribuer à moduler la
politique
américaine avec les besoins des pays émergeants de la région.
Eizenstat considère que cette réunion est un ingrédient
important de la
formule de l'administration de Clinton qui cherche à établir un
lien de
travail entre les USA et l'Afrique.
Dans cette perspective, les USA espèrent aider la SADC à avoir
des échanges
plus efficaces avec l'économie mondiale, tout en améliorant sa
vision des
Etats-Unis qui représentent un partenaire attractif sur le plan
des
investissements et du commerce.
"C'est le tour de l'Afrique de bénéficier du partenariat des
Etats-Unis, à
l'instar des économies asiatiques. Mais ce partenariat ne peut
pas être
réalisé sans l'annulation immédiate de la dette", commente
Kaire Mbuende,
secrétaire exécutif de la SADC.
Selon Mbuende, la prospérité des pays africains est entravée par
le fardeau
de la dette.
Les délégués africains ont tenu des discours énergiques sur la
nécessité de
l'allégement de la dette extérieure du continent. Ils se sont
plaint de
l'énormité du fardeau de la dette. Dans certains cas, la dette –
nt le
montant est supérieur à 340 milliards de dollars US – a été
alourdie par de
nombreuses dictatures parmi lesquelles certaines ont été
cautionnées par les
USA.
Bien qu'il y ait plusieurs initiatives destinées à réduire la
dette de
l'Afrique, Eizenstat a exclu l'éventualité d'un allégement
complet de cette
dette.
"Vous ne pouvez pas obtenir un allégement complet de toutes vos
dettes
parce qu'il n'y a pas assez d'argent pour le faire", confie
Eizenstat à
IPS. "Franchement, c'est trop simple de croire que l'allégement
de la dette
est la seule solution des problèmes de l'Afrique. Il vous faut
changer en
Afrique".
"L'Etat de droit et la bonne gouvernance sont nécessaires. Il
faut des
systèmes non corrompus et transparents où les contrats sont
respectés, des
systèmes où les termes ne sont pas soumis aux changements
arbitraires. Ce
sont des choses sur lesquelles les entreprises insistent dans le
monde
entier", déclare Eizenstat.
Cependant, un certain nombre de délégués des pays de la SADC
avaient le
sentiment que les conditions changent constamment. "Il y a
toujours de
nouvelles exigences concernant les conditions nécessaires aux
investissements", constate un délégué.
"On nous avait dit d'ouvrir nos économies (au monde extérieur).
Nous les
avons ouvertes, mais les investissements étrangers n'ont pas
suivi.
Maintenant, le nouveau critère c'est la bonne gouvernance",
ajoute un autre
délégué.
Eizenstat explique que "les gouvernements occidentaux ne
prescrivent pas
les règles d'investissement. Nous répétons ce que les
entreprises privées
nous disent, c'est-à-dire les choses dont elles ont besoin pour
effectuer
des investissements".
Des 100 milliards de dollars d'investissements étrangers directs
(IED)
annuels orientés vers les pays en développement au cours de ces
trois
dernières années, l'Afrique subsaharienne n'a reçu qu'environ 3
milliards de
dollars. En outre, les deux tiers de cet argent sont allés vers
six pays
seulement : le Nigeria, l'Angola, le Ghana, l'Afrique du sud,
l'Ouganda et
la Tanzanie.
Pourquoi ? Cette situation est partiellement due au fait que
l'Afrique est
perçue comme une destination à haut risque pour les
investissements, en
raison de l'instabilité politique qui prévaut dans certaines
parties du
continent. Les pays individuels africains sont aussi trop petits
pour
attirer les IED.
Krueger rapporte que l'économie de la plupart des Etats
américains est
beaucoup plus importante que celle des pays africains.
L'économie du
Minnesota est, par exemple, égale à celle de l'Afrique du sud,
tandis que
celle du Mississipi est égale au total du produit intérieur brut
(PIB) de
l'ensemble des 13 autres pays de la SADC, explique-t-il. Le PIB
de l'Afrique
du sud représente le tiers de celui de l'Afrique subsaharienne.
"Le Président Clinton et la Secrétaire d'Etat (Madeleine
Albright)
accordent une très grande priorité à l'Afrique. Nous voulons
faire un grand
engagement en Afrique", assure Eizenstat.
"L'économie mondiale connaît une évolution extrêmement rapide
et si
l'Afrique ne la rattrape pas, elle sera à la traîne avant le
début du 21ème
siècle ; nous voulons veiller à ce que cette situation n'arrive
pas",
confie-t-il.
L'une des meilleures manières de s'assurer que l'Afrique
rattrape son retard
et s'apprêur le 21ème siècle, c'est de faire une intégration
régionale.
"En dehors de l'Afrique du sud, la SADC est composée de petits
marchés. En
réalité l'Afrique du sud est aussi un petit marché. Pour
encourager les
investissements étrangers, il faudrait créer un marché intégré
où vous
pouvez vendre vos produits aux 150 millions d'habitants de cette
région dont
le PIB s'élève à 190 milliards de dollars. L'intégration
régionale est une
condition préalable pour obtenir des investissements
étrangers", proclame
Eizenstat.
Les liens économiques entre les USA et l'Afrique subsaharienne
sont minimes.
En 1996, les exportations américaines vers la région ne
s'élevaient qu'à 6,1
milliards de dollars, soit un pour cent des exportations totales
des USA.
Les importations américaines en provenance de l'Afrique
s'élevaient à 15,2
milliards de dollars, soit deux pour cent de toutes les
importations
américaines.
En 1998, les USA ont exporté vers les pays de la SADC des
marchandises d'une
valeur de près de 4,5 milliards de dollars ; par contre, ils ont
importé des
biens d'une valeur de 6,4 milliards de dollars de la SADC.
"Nous avons deux objectifs communs avec l'Afrique. Le premier
consiste à
intégrer l'Afrique dans l'économie mondiale pour assurer le bien-
être de ses
peuples. Le deuxième consiste à lutter ensemble contre les
menaces
auxquelles nos peuples sont mutuellement confrontés : il y a les
menaces
internationales telles que le terrorisme, la corruption
internationale, la
prolifération des armes et le VIH/SIDA", souligne Eizenstat.
"Nous ne proposons aucun partenariat de façon frivole. Nous
sommes
conscients de l'existence des multiples intérêts et visions
parfois
contradictoires au sein de la SADC et nous n'ignorons pas les
défis auxquels
la Communauté de développement est confrontée", observe
Eizenstat.
La SADC constitue le tiers de la population de l'Afrique
subsaharienne et
les 3/5 de son PIB.
Au cours de ces dernières années, les USA ont accordé une aide
bilatérale de
3,2 milliards de dollars à la SADC, rappelle Eizenstat.
L'intégration régionale avance à pas d'escargot dans la région
de l'Afrique
australe. La SADC n'a pas encore ratifié le Protocole commercial
qui est
supposé inaugurer une zone de libre-échange, à huit ans de son
entrée en
vigueur. Le protocole prévoit l'élimination des barrières
tarifaires et non
tarifaires, un traitement pour chaque pays, la rationalisation
des
procédures douanières, des règles claires sur les subventions,
des
procédures de règlement des conflits et une concurrence loyale.
"Nous, membres de la SADC, sommes prêts et impatients de faire
des affaires
avec nos homologues américains … venez investir en Afrique
australe, vous
ne le regretterez jamais", scande Mbuende.
La Communauté de développement de l'Afrique australe est aussi
impliquée
dans la Coopération SADC/Union européenne, la SADC/Nordic
Initiative et le
processus de la Conférence internationale de Tokyo sur le
développement
africain (TICAD).
La SADC importe beaucoup de produits agricoles, à tel point que
les chiffres
des exportations agricoles de la région montrent un balance
commerciale
extrêmement négative. Le volume et la valeur des exportations
agricoles
américaines vers l'Afrique australe sont presque 25 fois
supérieurs aux
exportations agricoles de cette région vers les Etats-Unis.

