DAKAR, 10 fév. (IPS) – Les 71 pays du Groupe Afrique, Caraïbes,
Pacifique
(ACP) et les 15 membres de l'Union Européenne (UE) restent
profondément
divisés sur l'avenir de la Convention de Lomé, l'accord-cadre de
commerce et
d'aide qui expirera en Février de l'an prochain.
Cinq mois de pourparlers sur la Convention n'ont pas suffi pour
définir un
échéancier acceptable qui permettrait de satisfaire aux règles
de
libre-échange fixées par l'Organisation Mondiale du Commerce
(OMC). Les
nations les plus préoccupées par l'avenir de la Convention sont
les 32
membres des ACP qui ne comptent pas parmi les pays les moins
avancés (PMA)
et qui risquent de perdre leur accès préférentiel au marché
européen l'année
prochaine.
"Le plus grand défi de nos négociations réside dans le domaine
commercial", a déclaré George Saitoti, ministre kenyan du
Développement et
président du Conseil des Ministres des ACP, au cours d'une
session de deux
jours qui s'est ouverte lundi 8 Février.
L'Union Européenne réaffirme qu'elle veut conclure des accords
de
libre-échange avec les régions ACP et que ces accords serviront
de base à un
ensemble d'accords régionaux de partenariat économique (ARPE).
"La position de l'UE est que l'ancien régime commercial et le
nouveau ne
sont pas viables et il faut négocier de nouveaux accords
commerciaux entre
les ACP et l'UE", précise Saitoti.
Les accords de libre-échange ne produiront pas d'effets
bénéfiques pour les
Etats ACP, de l'avis de nombreux délégués des ACP. Des études
publiées par
la Commission Européenne en Novembre dernier sont parvenues à la
même
conclusion.
"Les études n'envisagent pas d'accords pratiques et viables
pour nos
groupes", observe Saitoti.
L'Union Européenne pense que les pays des Caraïbes pourraient
conclure un
nouvel accord de libre-échange sur la base des accords actuels
de CARICOM et
de CARIFORUM, tandis que les pays d'Afrique australe pourraient
renforcer
les accords d'union douanière de la SACU et de la SADEC.
Il faudrait plus de temps pour former des zones de libre-échange
en Afrique
de l'Ouest, en Afrique de l'Est (Kenya, Tanzanie et Ouganda), en
Afrique
centrale et dans le Pacifique, et pour élargir les unions
économiques,
monétaires et douanières existantes.
Les pays ACP soutiennent, cependant, que "l'importance de
l'intégration
économique régionale ainsi que des partenariats entre les pays
ACP est
toujours limitée, même dans les sous-régions identifiées par
l'Union
Européenne".
Un document des ACP révèle qu'un "accès réciproque aux marchés
serait
immédiatement très avantageux à l'UE et, à moyen terme, cela
comporterait
au moins le risque d'une perte de recettes d'importation pour
les pays ACP
qui dépendent énormément des droits d'importation".
Saitoti déclare que "la coopération a non seulement offert une
source de
matières premières aux industries européenneis elle a aussi
permis à
l'UE de nouer de solides liens économiques qui se sont
développés et
consolidés au fil du temps".
Les 15 membres de l'UE veulent que les nouveaux accords
commerciaux, qui
remplaceront les préférences commerciales actuelles accordées
aux ACP,
soient définis par la prochaine Convention. Mais, les ACP
pensent que la
nature de ces accords ne devrait être négociée que pendant une
période
préparatoire qui commencera en Septembre 2006.
La durée de la période préparatoire – c'est-à-dire la période
précédant
l'entrée en vigueur des nouveaux accords commerciaux – demeure
une véritable
pomme de discorde.
La position des ACP est que cette période devrait durer au moins
dix années
supplémentaires, et pendant ce temps, l'accès préférentiel au
marché
européen devrait également être amélioré. Ils pensent que les
accords
commerciaux devraient être volontaires, puisque la plupart des
régions des
ACP n'auraient pas la capacité de négocier et d'appliquer ces
accords.
Plusieurs délégués des ACP présents à Dakar estiment qu'il est
irréaliste de
croire que les pays ACP seraient capables de préparer et de
négocier des
accords de libre-échange avec l'Europe en l'espace de cinq ans.
Par contre,
l'Union Européenne affirme que les nouveaux accords commerciaux
devraient
être mis en place dès que possible. Elle a proposé une période
préparatoire
de cinq ans pendant laquelle le régime préférentiel actuel
d'accès à son
marché demeurerait intact.
Lors des discours d'ouverture prononcés pendant la séance de
lundi, Joschka
Fisher, Ministre Allemand des Affaires Etrangères et Président
du Conseil
des Affaires Générales de l'UE, a déclaré que "les Etats ACP ne
peuvent
améliorer leur position dans le commerce mondial que s'ils
resserrent plus
étroitement les rangs au niveau régional".
Joschka a aussi rappelé aux participants que les Européens ont
beaucoup à
gagner du développement économique et de la prospérité des Etats
ACP.
"Nous récolterons nous-mêmes des profits si la puissance
économique des
Etats ACP s'améliore et si leur position dans le commerce
mondial se
renforce", a-t-il indiqué. Malgré les préférences qui leur sont
accordées,
les exportations des pays ACP vers l'Europe ont baissé au cours
des dix
dernières années.
Les observateurs de la Convention de Lomé signalent que le temps
passe et
qu'à douze mois seulement de l'expiration de la Convention, les
pressions se
multiplient, afin qu'une forme définitive d'accord soit trouvée
cette année-ci.
Il y a, par conséquent, des risques que le Groupe ACP ne
"s'engage à
observer le principe des ARPE – autres accords commerciaux
régionaux – en
des termes qui, quoique rassurants, seraient trop généraux pour
offrir une
ferme garantie à leur contenu réel, prévient un communiqué du
Centre
Européen de Gestion des Politiques de Développement, une
fondation
indépendante basée à Maastricht aux Pays-Bas.

