COTONOU, 25 sept. (IPS) – Tous les jours, les piétons,
automobilistes et
motocyclistes passant par l'ancien pont qui relie le quartier
populaire
d'Akpakpa et le centre ville de Cotonou, sont attirés par une
galerie qui
expose des tableaux représentant des femmes dénudées.
" Chaque fois que je passe par l'ancien pont, mon il est
toujours accroché
par des tableaux de la galerie qui est à l'entrée du pont, parce
que ces
tableaux représentent des femmes presque nues. Parfois c'est une
femme qui
dort, toute nue, parfois encore, c'est une autre qui est assise
toujours
nue. Bref, on les voit dans toutes les positions, mais sans
habits",
indique un jeune étudiant de Cotonou.
L'auteur de ces peintures est un peintre ghanéen du nom de Okyere,
spécialisé dans la peinture du nu. Ces uvres sont revendues au
Bénin par
Michel Awunou, propriétaire de la galerie dénommée le "Louvres",
en
référence au célèbre musée français qui porte le même nom.
Les uvres de Okyere sont d'une rare beauté. Elles accrochent
l'il du
client dès le premier regard, indique Awunou qui reconnaît qu'il
les met
assez souvent en vitrine pour "appâter le passant".
"Okyere sait bien dessiner la femme africaine", avoue M. Awunou.
"Quand les clients arrivent, ils posent tout de suite leur regard
sur les
toiles de Okyere. Ceux qui osent les apprécier les achètent.
D'autres, plus
pudibons, portent leur choix sur des toiles beaucoup plus
discrètes ",
indique Okyere.
Ce qui attire les clients dans les uvres de Okyere, c'est sa
façon de
dénuder la femme africaine : jamais totalement dévoilée, elle
l'est tout de
même assez pour attirer le regard du passant le plus distrait. Il
laisse
toujours par-ci un sein nu pour accrocher, par-là, ce sont des
fesses
arrondies qu'il dévoile, par ailleurs, c'est un corps nu,
suggestivement
replié qu'il peint.
La plupart des clients qui fréquentent cette galerie ne
s'estiment point"
choqués" par cette banalisation du nu.
"Au point où en est aujourd'hui l'Afrique, je crois que ces
simples images
ne peuvent plus nous choquer, nous Béninois", déclare Jean-Luc
Déguénon, un
comptable.
Amadou Bouraïma, un expert en marketing, pense également que
l'Afrique
d'aujourd'hui a dépassé ces tabous qui existent autour du sexe,
donc du nu.
"S'il nous faut combattre quelque chose aujourd'hui en Afrique,
c'est
plutôt la famine et les guerres, mais pas le sexe", indique-t-il.
Cependant, si les hommes sont réceptifs à la chose, il n'en est
pas ainsi
pour les femmes qui sont plutôt réticentes et pudibondes devant le
nu.
" Au fait, explique M. Awunou, lorsqu'un couple arrive dans ma
galerie pour
acheter un tableau, ils sont tous deux attirés par les ” nus ” de
Okyere.
Mais lorsque c'est la femme qui doit choisir, son choix est
toujours porté
sur une toile un peu plus modérée…".
El Hadja Kitoyi Moulikath, une riche commerçante de Cotonou a par
exemple
acheté près d'une dizaine de toiles à la galerie "le Louvres"
pour décorer
sa nouvelle maison sise dans un nouveau quartier de la capitale.
Mais sur
la dizaine de toiles qu'elle a pris soin de choisir, il n'y a
aucun tableau
représentant le nu.
Pour Awunou, cela ne veut pas toujours dire que les hommes sont
spécialement attirés par le nu.
Cette assertion est confirmée par Affogbolo Idelphonse, Directeur
associé
d'une banque à Paris, qui, en séjour au Bénin, a porté son choix
sur deux
tableaux de Glen Turner, un autre artiste ghanéen qui peint des
paysages et
des scènes de la vie courante.
Mes choix, dit-il, ne s'expliquent pas. "On peut aimer un tableau
aujourd'hui et ne pas l'aimer demain. C'est un instant d'émotion
qui nous
guide, et puis c'est tout. Cela ne s'explique pas. L'art est dans
la graine,
dit-on. Aujourd'hui, je recherche une émotion, et puis demain,
c'est une
autre…", affirme Affogobolo.
Sans condamner le fait de peindre l'image de la femme nue,
d'autres
observateurs pensent que l'artiste est très provocateur.
"Je suis passée devant cette galerie et j'ai vu l'image d'une
femme nue qui
faisait dos aux passants. Ce n'est pas ordinaire, c'est
provocant", affirme
Servais Akpovo, enseignant béninois.
"Même s'ils ne le disent pas, certaines personnes ne peuvent pas
admettre
ça facilement. Notre société est une société très pudique",
ajoute Akpovo.
La création de la galerie en 1991 a été dictée par la passion du
beau que
son propriétaire, Michel Awunou, porte en lui.
" Imaginez un peu, quand vous avez une belle maison, qui vous a
peut-être
coûté plusieurs dizaines de millions de francs, et qu'il n'y a
rien pour
l'orner, vous sentez comme un vide en vous, vous sentez qu'il y a
quelque
chose qui vous manque. C'est comme ça que j'ai créé ma
galerie…", dit Awunou.
Outre les uvres de Okyere, on y trouve aussi des uvres
d'artistes béninois
Charly, Zossou, Kouas, Magou, Herman, Fernande, Kpobly et Gahou,
du
Nigérian Ada et surtout des Ghanéens Glen, Glover et Decker.
Tous ces artistes s'illustrent selon Awunou par la très grande
qualité de
leurs uvres, et leur très grande réputation qu'ils ont acquise
par diverses
expositions à travers le monde.
La galerie d'art a une clientèle ciblée, faite d'expatriés, de
touristes et
de grands hommes d'affaires. Les prix des tableaux varient entre
100.000 et
800.000 Francs CFA.
Les personnes ayant un pouvoir d'achat moyen se rendent plutôt au
Centre
artisanal de Cotonou, où ils peuvent trouver des objets d'art
africain à
moindres coûts, mais dont la qualité n'équivaut pas à celle de la
galerie.
De nombreuses uvres acquises à la galerie Le Louvres de Cotonou
ornent les
salons officiels du Bénin.

