OUAGADOUGOU, 24 sept. (IPS) – Le principe de la libre circulation
des
personnes et des biens au sein de la Communauté économique des
Etats de
l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) est mis à mal par des attitudes
protectionnistes développées par certains Etats membres.
Selon un mémorandum du secrétariat exécutif de la CEDEAO, de
nombreux
obstacles, allant des multiples barrières de contrôles aux
tracasseries de
toutes sortes, sont imposés aux citoyens de la communauté
empruntant ses
routes ou traversant ses frontières.
La CEDEAO regroupe le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger,
le Sénégal,
le Nigeria, la Côte d'Ivoire, le Togo, le Ghana, la Sierra Leone,
la Guinée
Bissau, la Guinée Conakry, la Gambie, le Liberia, la Mauritanie,
le Cap
Vert. Elle prône l'intégration économique de l'Afrique de l'ouest
et est
soutenue par la liberté de mouvement des personnes et des biens,
sans aucune
restriction, ainsi que l'exonération totale des droits et taxes.
Le commerce et les migrations entre certains de ces pays sont
facilités par
l'incroyable proximité des pays et des frontières. De plus, les
axes
routiers de la région sont bien développés, facilitant ainsi les
mouvements
des populations et des biens dans les pays membres.
Cependant, dans une attitude visant à se protéger contre toute
liberté
excessive, certains pays entravent délibérément la libre
circulation sur les
axes routiers de la région.
Les transporteurs routiers burkinabé accusent, par exemple, la
Côte d'Ivoire
de violer les principes de la libre circulation au sein de la
Communauté.
” Nous continuons de subir la loi de la jungle des policiers,
gendarmes et
douaniers ivoiriens “, relève Adama Tiemtore, routier burkinabé.
"Ils multiplient le nombre de postes de contrôle et augmentent
les taxes
délibérément “, ajoute Tiemtore.
En octobre 1997, les routiers maliens, nigériens, ghanéens et
burkinabé
avaient manifesté leur mécontentement face aux agissements des
agents de
contrôle ivoiriens, en bloquant le pont de la Léraba qui relie la
Côte
d'Ivoire et le Burkina pendant 72 heures.
Selon les routiers, de la Léraba à Abidjan, en Côte d'Ivoire, il y
a 43
postes de contrôle. Dans un rapport détaillé, les routiers
démontrent
comment ils déboursent environ 26.000 FCFA à chaque voyage sur
Abidjan pour
les rançonnements, les rackets ou encore pour des taxes ”
ridicules ” de
stationnement de véhicules vides ou chargés dans les parcs sans ou
avec
infrastructures d'hygiène.
Au Niger, une taxe de 30.000 CFA est infligée à tout véhicule
étranger
transportant des marchandises, signale un rapport de l'Union des
Transporteurs Ouest Africains(L'UTRAO). " Les barrières de
contrôles
routiers sont multiples et très méchants avec les routiers
étrangers",
relève l'UTRAO.
Selon Samson Oron, membre de la commission béninoise contre le
rançonnement,
le racket et la corruption, le Bénin aurait perdu, en recettes,
300
millions de francs entre 1996 et 1997 du fait des tracasseries
routières
sous le régime de la CEDEAO.
Pour Djibril Tall, chef du trafic routt ferroviaire du Mali,
les mesures douanières sécuritaires prises par certains Etats de
la CEDEAO,
sont dictées par la fragilité des économies de ces pays.
"Il y a des difficultés liées à la nature de nos économies et à
l'aspect
sécuritaire qui empêchent la libre circulation des personnes et
des biens.
C'est pour éviter que des produits soient déversés dans le pays
que la Côte
d'Ivoire, par exemple, utilise des contraintes policières”, ajoute
Tall qui
reconnaît que ceci va à l'encontre des dispositions légales.
Le Colonel Kassaraté Tiapé de la délégation de la Côte d'Ivoire
qui
participait à une réunion de concertation de quelques pays membres
de la
CEDEAO tenue à Ouagadougou la semaine dernière, ne contredit pas
les propos
de Tall.
"Toutes les dispositions sont liées aux problèmes de sécurité. La
sécurité
n'a pas de prix mais elle ne se fait pas à n'importe quel prix ",
assure le
Colonel Tiapé.
C'est pour assainir les relations commerciales et effacer les
obstacles qui
entravent la marche vers l'intégration économique de la région,
que les
délégations venues du Bénin, du Togo, de la côte d'Ivoire, du
Ghana, du
Niger et du Mali, se sont réunies à Ouagadougou.
Ils ont recommandé que, désormais, les agents chargés du contrôle
routier
portent des badges d'identification. Il a été également demandé à
chaque
pays une large diffusion de la liste des pièces faisant l'objet de
contrôle
dans chaque Etat membre.
Cette réunion vient après celle de Cotonou qui avait réuni en juin
1996 les
pays de l'axe " Lagos-Accra", à savoir le Nigeria, le Bénin, le
Togo et
le Ghana.
Le but de ces rencontres est d'aboutir à l'application du régime
de
transit routier inter Etat des marchandises, dès janvier 1999, du
protocole
relatif à la libre circulation des ressources et du droit de
résidence et
d'établissement.
"Il faut que les routes ou les chemins de fer de la communauté
servent
désormais l'intégration de nos peuples, de nos économies pour un
développement harmonieux de la sous région, afin que les Etats de
la CEDEAO
puissent répondre présents sur l'échiquier international", a
confié à IPS
Hounkpatin Gilles, Directeur du département des douanes de la
CEDEAO.
" Que le citoyen de la CEDEAO se sente chez lui aussi bien au
Burkina qu'en
Côte d'Ivoire ou au Ghana", a poursuivi Hounkpatin qui préconise
la
disparition des contrôles multiples et multiformes favorisant
toutes les
exactions dont sont victimes les voyageurs.
La réunion de Ouagadougou a demandé aux Etats de faciliter le
séjour des
résidents étrangers membres de la CEDEAO, en simplifiant et
allégeant les
prix des cartes de séjour qui varient entre 5000 et 15.000 francs
CFA, selon
les pays.
A cet effet le président Burkinabé Blaise Compaore a récemment
déclaré
"qu'une intégration économique réelle suppose la disparition des
cartes de
séjour ou du moins leur formulation en d'autres termes ".
Les pays de la CEDEAO pensent également doter leurs populations
d'un
passeport communautaire CEDEAO afin de faciliter la circulation
des
personnes.

