DEVELOPPEMENT-SENEGAL: Pas Assez D'eau Pour Une Population Urbaine Galopante.

DAKAR, 6 oct (IPS) – Les services d'adduction et de distribution
d'eau du
Sénégal avouent qu'ils sont incapables de drainer de l'eau
potable à une
population urbaine de plus en plus croissante.

Près de 48% des 8,5 millions d'habitants du Sénégal sont privés
d'eau
potable. Plus de 45 % de cette population se concentre dans les
grandes
villes de ce pays de l'Afrique de l'ouest où les services de
distribution
d'eau se disent débordés par la forte densité de la population
urbaine.
Chaque année, la demande en eau du Sénégal augmente de 5 à 6%,
presque
autant que le taux annuel de croissance de la population urbaine
qui est de
4 %.
A Dakar, la capitale du Sénégal, les trois millions d'habitants
font face à
une pénurie d'eau potable chronique depuis quelques années. Les
efforts des
sociétés de distribution d'eau sont amenuisés par une démographie
galopante
couplée à la vétusté des équipements qui datent de l'ère
coloniale.
La conséquence en est qu'il ne se passe pas un jour sans qu'une
partie de la
ville ne soit privée d'eau.
"C'est volontairement que nous privons certains quartiers pendant
plusieurs
heures pour permettre à d'autres de s'approvisionner. Dans cette
politique
nous privilégions les zones situées au bout du réseau et celles
qui se
trouvent dans les parties les plus élevées de la ville. Ces
restrictions
peuvent aller de la diminution du volume d'eau à la suspension de
l'approvisionnement", indique un responsable de la société
nationale des
eaux du Sénégal (SONES).
De 4% en 1984, le déficit en eau a aujourd'hui dépassé le seuil de
30%. En
volume, il se chiffre actuellement à 100.000 mètres cubes par
jour.
"Cette situation est consécutive à la forte pression
démographique ", se
contente-t-on d'expliquer à la direction de la SONES.
De plus, le réseau d'adduction d'eau n'est pas encore arrivé dans
les banlieux.
"Le vrai problème c'est que dans la banlieue l'occupation du sol
est faite
de manière plus ou moins anarchique, ce qui rend presque
impossible la
réalisation de canalisations d'eau. Cette situation fait que la
population
augmente beaucoup plus vite que l'extension du réseau ", explique
un
responsable de la SDE qui a requis l'anonymat.
Pour gérer la pénurie chronique en eau de la capitale sénégalaise,
la
Société de distribution des eaux (SDE), une filiale de la société
française,
la Lyonnaise des Eaux, procède à des rationnements.
Cette mesure est durement ressentie par les populations.
"Nous restons parfois quarante-huit heures voire même plus sans
qu'une
seule goûte d'eau ne coule de nos robinets. Il nous est impossible
d'avoir
de l'eau pendant le week-end et souvent les robinets restent
fermés du
vendredi soir au lundi matin", déplore Mme Ndiaye, une ménagère
vivant à
Dakar.
Des mouvements consuméristes dont certains ne cachent plus leur
colère sont
également montés au créneau.
"Le Sénégal regorge d'eau, mais les populations ne peuvent pas y
accéder.
Nous trouvons cela anormal. Ce qui nous étonne le plus c'est que
la SDE qui
est incapable de satisfaire la demande des populations présente
aux abos
des factures élevées. Nous disons que l'Etat doit trouver des
solutions à ce
problème", s'insurge Assane Pablo Fall, secrétaire général de
l'Association des abonnés à l'eau, au téléphone et à l'électricité
du
Sénégal (ADETEELS).
Pour assurer l'approvisionnement correct des populations en eau,
la SDE,
chargée de la commercialisation de l'eau depuis deux ans, a lancé
un vaste
programme qui vise dans un premier temps à réhabiliter les
équipements
existants afin de réduire les pertes d'eau enregistrées dans le
réseau.
"Le réseau n'a pas été refait depuis l'indépendance du pays
(acquise en
1960). C'est un travail colossal que nous venons d'entreprendre et
je dois
dire qu'il n'est pas facile de remettre le réseau en bon état",
assure un
agent de la SDE.
Le Travail de la SDE consiste entre autre à changer les vannes du
réseau à
Dakar et dans sa banlieue et à remplacer les compteurs des
abonnés.
"Notre capacité de production est de 210 000 mètres cubes par
jour alors
que les besoins quotidiens de la ville et sa banlieue s'élèvent à
300 000
mètres cubes. Nous devons donc à tout prix réduire ce déficit et
cela passe
d'abord par la réfection du réseau", indique le même responsable.
De son côté la SONES qui gère le patrimoine a lancé un projet
sectoriel dont
l'objectif principal est, lui aussi, d'améliorer l'alimentation en
eau de la
capitale en augmentant la capacité de production en eau de 59 000
mètres
cubes par jour. Les travaux qui coûteront quelques 66 milliards
de francs
Cfa dureront vingt mois.
Le réseau d'adduction d'eau sera aussi étendu dans la banlieue
grâce à un
plan directeur indicatif de cinq ans qui inscrit dans ses
objectifs
l'installation de 34.000 branchements résidentiels pour les
ménages à
faibles revenus et la réalisation de quatre mille bornes fontaines
publiques
dans la région de Dakar.
Le gouvernement s'engage également à réaliser soixante-dix forages
en milieu
rural avant l'an 2005. Actuellement le Sénégal compte près de 800
forages.
Selon les statistiques officielles, en moyenne, chaque Sénégalais
dispose de
25 litres d'eau par jour, ce qui est encore loin des normes de
l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui sont de 35 litres
d'eau par
personne et par jour.