ENVIRONNEMENT-KENYA: La Population Proteste Contre L'accaparement Des Terres Par Les Riches.

NAIROBI, 10 oct. (IPS) – Il y a dix ans que Joanna Stutchbury
s'est
installée dans la ville de Kiambu, à la périphérie de Nairobi, la
capitale
kenyane, pour commencer une nouvelle vie.

Elle a été attirée par les domaines forestiers et la quiétude de
la vie
autour de la forêt.
"La forêt a disparu maintenant", dit-elle. "Les oiseaux ne
chantent plus
et les étangs se sont asséchés".
La protection de la forêt de Kiambu, qui a une superficie de 1000
hectares,
a été officiellement annoncée après l'indépendance en 1963, mais
ces arbres
disparaissent malgré une multitude de lettres de protestation
envoyées au
gouvernement du président Daniel arap Moi.
"J'ai écrit des lettres, je suis allé rencontrer la presse, mais
la forêt
continue à disparaître", signale Stutchbury.
Cette semaine, Stuchbury et des centaines d'autres protestataires
sont
descendus dans les rues pour mettre fin à "l'accaparement des
terres" par
les riches hommes d'affaires kenyans.
"Ils ont occupé tous les espaces libres, maintenant ils se
tournent vers
les forêts. Que laisseront-ils à nos enfants ?", se demande
Stuchbury.
"L'accaparement des terres" qui a commencé depuis quelques
années dans les
grandes villes, a actuellement atteint les petits villages et
villes du
Kenya".
Les protestataires ont brûlé les bâtiments construits dans la
forêt de
Karura située à environ 7 kilomètres de Nairobi. Ils ont détruit
une machine
de 40 milliards de shillings utilisée par un concessionnaire
privé, non
identifié, pour abattre des arbres.
Un dollar américain équivaut à 60 shillings kenyans.
Rien qu'au cours de la semaine dernière, près de 85 hectares sur
les 1040
hectares d'arbres que compte la forêt de Karura, ont été rasés par
l'un des
concessionnaires.
La forêt de Ngong, près de Nairobi, a aussi été affectée. La zone
située
tout au long de la région côtière de l'océan indien, a également
été
affectée. Dans cette zone, plus de 90 pour cent des communautés
ont été
obligées de vivre comme des squatters sur des terres que de riches
politiciens et hommes d'affaires ont achetées à vil prix auprès du
gouvernement.
Les "accapareurs" menacent actuellement les forêts tropicales
d'Abardare
sur les versants du Mont Kenya. La terre entourant le Naivasha, le
deuxième
plus grand lac kenyan, est aussi menacée.
Près du tiers des forêts ayant fait l'objet de l'annonce, soit
trois pour
cent de la superficie de ce pays de l'Afrique de l'Est, a disparu
au cours
de ces dix dernières années. Si cela continue, il n'y aura plus de
forêts
pour aspirer la pollution de l'air, a déclaré Wangari Maathai, un
environnementaliste kenyan de grande renommée.
"La destruction est affreuse. Et ce n'est pas l'uvre des
pauvres, mais
celle des riches et des gens qui ont de bonnes attaches politiques
dans
notre société", souligne-t-elle.
Les groupes écologiques et des droits de l'homme soutiennent que
l'attribution des domaines publics ne se fait pas à l'insu du
gouvernement.
"Les domaines publics appartiennent au peuple kenyan, et sont
tout
simplement confiés au gouvernement", rapporte Odenda Lumumba de
la
commission kenyane des droits de l'homme (KHRC). "Mais, le
gouvernement a
trahi la confiance du peuple, en attribuant des terres protégées
aux
individus".
D'après les organisateurs de la campagne, les effets à long terme
de la
déforestation incluront la famine et les maladies. "Mais, à cause
du fait
que l'impact négatif de la destruction des forêts et de
l'environnement est
lent, nous pouvons être considérés comme des alarmistes",
prévient Maathai.
L'assèchement occasionnel du lac Nakuru, devenu célèbre par ses
flamands,
est le signe de la dégradation des forêts de ce pays de l'Afrique
de l'Est,
a affirmé Maathai. "Et peut-être, en l'espace de quelques
décennies, les
régions humides de notre pays deviendront arides, ainsi les
futures
générations seront incapables de planter des aliments", prévoit-
elle.
Le Maathai's Green Belt Movement a entrepris un programme de
replantation
d'arbres. "C'est un tournant décisif et le début du retour au
pouvoir du
peuple, en attendant que le gouvernement n'arrête l'accaparement
des
domaines forestiers qui se fait impunément", explique-t-elle.
Le programme a été soutenu par les opposants politiques. "Il
faudrait faire
savoir à ces individus que désormais, s'ils volent encore les
domaines
publics, ce sera à leurs risques et périls", averti Paul Muite
qui a fait
partie des 14 députés qui se sont joints au mouvement de
démolition des
habitations dans la forêt de Karura.
Au moins 1400 plants ont été replantés à Karura cette semaine.
"Nous serons
ici tout le temps qu'il faudra pour planter assez d'arbres afin de
remplacer
les arbres coupés, et nous protégerons ceux qui sont encore
debout", promet
Maathai.
Stephen Mwangi, le superviseur des travaux de construction dans la
forêt de
Karura, explique que son entreprise est pleinement soutenue par le
gouvernement. "Cela fait trois ans que nous exerçons légalement
ici, et le
gouvernement nous a même donné des plans", dit-il.
Cependant, le gouvernement a gardé le silence, face à la campagne.