POLITIQUE-ZIMBABWE: Rejet d'un procès en trahison contre un leader de l'opposition

HARARE, 22 nov (IPS) – La Cour suprême du Zimbabwe, dans une décision marquante, a rejeté les poursuites contre le leader du principal parti d'opposition du pays, accusé de sabotage et de terrorisme.

L'ensemble des magistrats de la Cour suprême, cinq au total, ont rendu cette semaine un non-lieu pour le procès intenté par l'Etat, estimant que la loi en vertu de laquelle il cherchait à accuser Morgan Tsvangirai est anticonstitutionnelle.

Le gouvernement a traduit Tsvangirai en justice après que le chef de l'opposition a déclaré, devant des milliers de partisans à un rassemblement l'année dernière à Hararé, la capitale du Zimbabwe, que le président Robert Mugabé risquait d'être renversé par la violence s'il résistait à un départ pacifique du pouvoir.

S'il avait été condamné, Tsvangirai, le leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), aurait écopé d'une peine maximale de prison à perpétuité.

Devant les acclamations excitées des partisans, Tsvangirai a déclaré l'année dernière : "Ce que nous voulons dire aujourd'hui à Mugabé, c'est "pars tranquillement". Si tu ne veux pas t'en aller, nous te ferons partir par la violence".

Immédiatement, les hauts responsables du parti au pouvoir, le ZANU- PF, ont exigé son arrestation, affirmant que sa déclaration équivalait à une trahison.

Des centaines d'ex-combattants, ayant participé à la guerre de libération qui a conduit à l'indépendance en 1980, ont manifesté dans les rues de Hararé, réclamant l'arrestation immédiate de Tsvangirai. La trahison entraîne la peine de mort au Zimbabwe.

L'Etat soutient que le chef de l'opposition a violé la loi draconienne de maintien de l'ordre du pays.

Mais le banc de la Cour suprême où siège le nouveau président du tribunal, Godfrey Chidyausiku, a conclu que les articles 51 et 58 de la loi étaient anticonstitutionnels puisqu'ils violent les droits à la liberté d'expression et à la protection de la loi.

La loi de maintien de l'ordre est un élément de la législation coloniale votée dans les années 1960 pour supprimer le nationalisme noir en Rhodésie, devenue aujourd'hui Zimbabwe.

La Cour suprême a décidé que la loi n'avait pas été introduite pour promouvoir la démocratie, mais pour la supprimer. C'était la même loi que le gouvernement colonial de Ian Smith utilisait pour emprisonner des leaders nationalistes.

Tsvangirai, qui était ravi du non-lieu, a accusé le gouvernement de recourir à des lois archaïques pour harceler les opposants du parti au pouvoir.

"Cela justifie notre position selon laquelle le procès était bien un harcèlement politique des partisans du MDC", affirme leur leader.

C'est un Tsvangirai tout heureux qui déclare que le jugement prouve bien ce que son parti a toujours affirmé, c'est-à-dire que le gouvernement doit laisser tomber cette loi puisqu'elle est caduque.

Tsvangirai qui, espère-t-on, lancera à Mugabé le défi le plus difficile de sa carrière à l'élection présidentielle de l'année prochaine, souligne qu'il ne regrette pas d'avoir fait cette déclaration qu'il décrit comme un conseil d'ami à son adversaire qu'il exhorte à lire l'humeur politique dans le pays.

Tsvangirai avait assimilé Mugabé, qui gouverne le Zimbabwe depuis 1980, à l'ancien dictateur yougoslave Slobodan Milosevic, qui a été évincé l'année dernière dans un soulèvement populaire.

Selon Jonathan Moyo, secrétaire d'Etat du Zimbabwe à l'Information et à la Publicité, le gouvernement "respectera" la décision de la cour.