POLITIQUE-CONGO: Les ONG dénoncent le référendum du 20 janvier

BRAZZAVILLE, 29 jan (IPS) – Les trois principales organisations non gouvernementales (ONG) du Congo-Brazzaville, réunies au sein d'un collectif, ont dénoncé le référendum du 20 janvier pour la nouvelle constitution qu'elles qualifient de "consécration du hold-up constitutionnel".

Pour ces ONG, trop d'irrégularités ont été constatées qui dénotent la volonté du pouvoir en place de faire passer à tout prix son projet de "constitution taillée sur mesure". Selon Christian Mouenzeo, secrétaire général de l'Observatoire congolais des droits de l'Homme (OCDH), "le scrutin s'est déroulé sur fond de manipulation, viol de consciences et infantilisation des électeurs. Ces derniers ont été sommés de voter oui en l'absence du bulletin non. Les abstentionnistes ont dû se rendre aux urnes, convaincus de ce que la carte d'électeur pouvait être exigée comme document administratif" plus tard. Ivan Kibangou Ngoy, président de la Ligue congolaise pour les systèmes électoraux (LiCOSE), a fait plusieurs constats : "L'encre n'était pas indélébile, ce qui a permis à de nombreux partisans du pouvoir de voter plusieurs fois oui, dans des quartiers du nord de Brazzaville acquis au pouvoir, tels que Mikalou, Talangaï ou Ouenzé. Les personnes non inscrites sur les listes électorales ont pu voter selon les consignes de la Commission nationale dite d'organisation des élections". Loamba Moke, président de l'Association pour les droits de l'Homme et l'univers carcéral (ADHUC) a fait état, lui aussi, d'irrégularités. "Des bureaux de vote étaient ouverts dans des domiciles privés, des militaires étaient présents dans les isoloirs, et nous avons observé le vote guidé de vieilles personnes et des aveugles pour le oui".

Les derniers résultats provisoires du référendum, auquel ont pris part 1,6 million d'électeurs congolais inscrits, donnent le oui gagnant, avec 84,26 pour cent contre 11,29 pour cent pour le non, et avec un taux de participation de 77,98 pour cent, selon une déclaration rendue publique le 23 janvier par le ministre de l'Intérieur, Pierre Oba. Pour Oba, cette nouvelle constitution, qui renforce les pouvoirs du président de la République, ouvre la voie à une nouvelle expérience politique et institutionnelle pour le Congo. Le référendum constitutionnel servira de fondement au calendrier des trois autres élections (présidentielle, législatives et municipales) au cours des six prochains mois.

Pourtant, les leaders de l'opposition, l'ancien président Pascal Lissouba et l'ex-Premier ministre Bernard Kolélas – respectivement en exil à Londres et à Abidjan – ont appelé leurs partisans, dans leurs fiefs de Bas-Congo et des régions de la Bouenza, le Niairi et la Lekoumou, à boycotter le référendum. Selon les chiffres officiels publiés par le gouvernement, ils n'auraient pas été suivis par les électeurs. Les observateurs internationaux envoyés par l'Union européenne et l'Agence de la Francophonie, tout en invoquant une sorte de droit de réserve, n'ont rien trouvé à redire, tant sur le processus électoral et les actes électoraux que sur la confection même des listes électorales.

Pourtant, l'établissement des listes électorales avait suscité, à l'époque, un tollé de la part des ONG et de l'opposition. Ces dernières reprochaient notamment au pouvoir de ne pas les avoir – comme le prévoyait la loi électorale de 1991 – associées dans cette opération. "On ne peut être juge et partie en même temps", avait même lancé, avec indignation, le sociologue Côme Manckassa, candidat déclaré à l'élection présidentielle prévue le 10 mars prochain.

"Tout s'est passé dans le calme et rien de suspect n'a été relevé dans la ville de Brazzaville", a indiqué l'un des observateurs internationaux sous couvert de l'anonymat, à l'issue du référendum. "Aucun incident de nature à compromettre la crédibilité des résultats du vote n'a été enregistré", a affirmé un autre observateur.

À trois points différents de la ville de Brazzaville, notamment à Makélékélé et à Moungali, IPS a observé, dès l'ouverture des bureaux de vote, l'absence des militaires devant les longues files d'attente. En revanche, la présence des militaires (en charge de sa sécurité) étaient bien visible au quartier Mafouta, fief de l'opposant André Milongo, président de l'Union pour la démocratie et la République (UDR), y compris jusque dans l'isoloir.

Il a fallu les vives protestations des membres de la presse internationale pour que les militaires daignent laisser l'opposant accomplir librement son vote.

Milongo a appelé ses partisans à voter non. Selon lui, cette nouvelle constitution va donner tous les pouvoirs au prochain président. "On n'est pas à l'abri d'avoir ici au Congo un Bokassa [défunt président autoritaire et sanguinaire de la République centrafricaine], au regard des pouvoirs étendus et sans contrepoids du futur président de la nouvelle République que prévoit la nouvelle constitution". En guise de réponse, Charles Zacharie Bowao, rapporteur de la Commission nationale d'organisation des élections (CONEL), a cité Charles Debbach, un constitutionnaliste français : "Aucune constitution n'est parfaite. Ce sont les hommes, par l'usage qu'ils en font, qui la font apprécier à leurs concitoyens". Le Congo-Brazzaville a connu trois guerres civiles sanglantes en cinq ans, de 1992 à 1998, avec un bilan que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) estime à quelque 50.000 morts. Cette constitution est la quatorzième du pays en quarante ans d'indépendance.