ECONOMIE-CAMEROUN: La Dette et Les Enormes Dépenses Bloquent la Croissance

YAOUNDE, 9 sept. (IPS) – Lorsque le Premier ministre Peter Mafani
Musonge a
présenté le budget de 1998/1999 en juin, il a fait naître l'espoir
que la
longue crise économique camerounaise prendrait bientôt fin.

Musonge a prédit une économie dynamique et une croissance de cinq
pour cent.
Deux mois après l'adoption du budget, ces espoirs ont été
compromis.
Déjà, le ministère de l'Economie et des Finances a informé les
fonctionnaires que le gouvernement ne peut pas payer les 68
milliards de
francs CFA qu'il leur doit au titre des arriérés de salaires, à
cause du
manque de fonds auquel le trésor est confronté (un dollar US est
égal à
600fCFA).
La nouvelle concernant le non-paiement des arriérés, est tombée le
7
septembre au début de la nouvelle rentrée scolaire alors que des
milliers de
parents font encore la queue devant le trésor pour essayer de
percevoir leur
salaire du mois d'août afin de pouvoir régler les problèmes
scolaires de
leurs enfants.
La situation difficile des parents a amené le public à questionner
les
prévisions de croissance économique du gouvernement, qui sont
devenues une
chanson pour les ministres et certaines hautes autorités
gouvernementales,
mais les 14 millions d'habitants de ce pays de l'Afrique centrale
n'en ont
aucune preuve.
"Les salaires ne sont pas payés à temps, les arriérés de salaires
sont
demeurés impayés. Alors, à quoi servent toutes ces prévisions de
relance et
de croissance économique à un moment où nous continuons à demander
plus de
prêts à la communauté internationale ?", s'enquiert un
fonctionnaire du
ministère de l'Enseignement supérieur.
Les déboires économiques du Cameroun sont attribués à la
"stratégie de
gestion insatisfaisante" du pays, a indiqué 'L and E Alert', un
mensuel
publié par le centre international des entreprises privées dont le
siège est
à Washington.
Ce document de quatre pages, intitulé 'le poids de la dette
publique –
l'évaluation de la stratégie de la gestion publique' ('The Public
Debt
Burden – How Good Is Governement's Management Strategy') signale
que si le
gouvernement ne change pas sa stratégie de gestion et ne réduit
pas ses
dépenses, la croissance économique de cinq pour cent ne sera
qu'une illusion.
Tout en fondant son analyse sur le rapport économique et financier
du
Cameroun en 1998/1999, le document estime que la gestion
économique du
gouvernement qui dépend de la dette, constitue un obstacle à la
bonne
gestion des finances publiques.
"La dette du pays est toujours supérieure à son produit intérieur
brut
(PIB) et la dette extérieure représente près de 76 pour cent du
total des
dettes. Le rapport du gouvernement révèle que le service de la
dette
extérieure s'élevait en décembre 1997 à 238.100 millions de francs
CFA",
ajoute le rapport.
Les dépenses du gouvernement ne favorisent pas la croissance
économique et
l'allégement de la pauvreté, souligne le mensuel. Etant donné que
les
prévisions de dépenses sont actuellement estimées à 21,7 pour cent
du PIB,
le pays est encore loin d'atteindre les 17,46 pour cent que le
Fonds
monétaire international préconise pour l'an 2000.
Dans le cadre du programme d'ajustement structurel (PAS), le
document
affirme que le gouvernement a été obligé de réduire ses dépenses
dans des
domaines vitaux tels le logement, l'éducation, la santé publique,
la
sécurité sociale et l'agriculture.
"Toutefois, d'autres domaines non productifs comme la loi et
l'ordre ainsi
que la défense, ont bénéficié de fonds substantiels de la part du
gouvernement au cours de la même période d'ajustement structurel,
ajoute 'L
and E Alert'.
Le mensuel exhorte le gouvernement à vite réduire son déficit
budgétaire, à
maintenir très peu de ministères et à promouvoir la privatisation,
afin
d'accélérer le processus de décollage économique du Cameroun.