CORNE DE L'AFRIQUE: Le Trafic d'armes Aggrave les Conflits, Human Rights Watch.

NAIROBI, 7 sept. (IPS) – Le trafic constant d'armes effectué dans
la Corne
de l'Afrique depuis un demi siècle, a aggravé les combats et
multiplié les
souffrances de la population de la région, a rapporté Human Rights
Watch, un
groupe de défense des droits de l'homme dont le siège est à
Washington.

Dans un rapport mis à la disposition de IPS cette semaine, le
groupe a
indiqué que l'accumulation d'armes au Soudan n'a pas seulement
aggravé les
15 années de guerre dans ce plus grand pays de l'Afrique, mais
elle a aussi
servi de plate-forme de lancement des insurrections ayant
récemment émergé
en Ouganda voisin, en Erythrée et en Ethiopie.
"Il y a des preuves indiquant des transferts significatifs
d'armes vers des
violateurs réputés des droits de l'homme, notamment le
gouvernement
soudanais et l'armée de libération du peuple soudanais (SPLA). Ces
armes
servent à intensifier les conflits à l'intérieur et autour du
Soudan, et à
accroître leur impact sur les civils", indique le rapport.
Le rapport est intitulé 'le Soudan : le commerce local et son
impact local –
Les transferts d'armes à toutes les parties de la guerre civile
soudanaise'.
Ce rapport a accusé l'Afrique du sud, l'Iran, l'Iraq, la Malaisie
et la
Chine d'armer les belligérants soudanais. Seule l'Union européenne
(UE) a
banni les exportations d'armes, de munitions et d'équipement
militaire vers
le Soudan depuis mars 1994.
"Du point de vue moral, ce n'est pas raisonnable que les Etats
continuent à
fournir un soutien militaire aux forces commettant des violations
flagrantes
des droits de l'homme et des lois de la guerre", affirme le
rapport. Plus
d'un million de personnes sont mortes et au moins trois millions
de
personnes ont été déplacées depuis que la guerre a éclaté au
Soudan en mai
1983.
La SPLA lutte pour l'autodétermination du sud peuplé par les
chrétiens et
les adeptes de la religion traditionnelle africaine, qui
représentent 40
pour cent des 30 millions d'habitants que compte ce pays
islamique.
L'Operation Lifeline Sudan (OLF), un regroupement des agences de
secours
opérant dans le sud Soudan dévasté par la guerre, a accusé les
deux parties
d'avoir interrompu les programmes de secours ou d'avoir détourné
l'aide
alimentaire destinée aux populations affamées.
Au moins 1000 personnes meurent quotidiennement des maladies liées
à la
famine dans la région méridionale soudanaise de Bahr el Ghazal où
les
combats ont été aggravés par la sécheresse, signalent les agences
d'aide.
Les efforts diplomatiques déployés pour mettre fin au conflit
soudanais ont
été lents et infructueux. En août, les deux parties ont accepté un
référendum d'autodétermination au cours des pourparlers de paix
tenus à
Addis Abeba (la capitale éthiopienne), mais une liste d'obstacles
provenant
des deux parties a empêché un cessez-le-feu.
La guerre se révèle aussi être coûteuse pour le Soudan qui a, en
1995, connu
l'une des plus grandes accumulations d'armes dans le monde,
l'augmentation
des achats d'armes et l'aide militaire qui, d'après les
estimations, est de
44 pour cent supérieure à celle de l'année précédente, a révélé le
rapport.
Pour continuer à être ravitaillée en armes sophistiquées telles
que les
hélicoptères de combat et les chasseurs-bombardiers MIG, la SPLA a
accusé le
gouvernement soudanais de creuser et d'exporter des réserves de
pétrole dans
les régions centrales et septentrionales du pays, où se déroule le
conflit.
La SPLA ajoute aussi que sa flotte de chars mécanisés et de
voitures
blindées, a été arrachée au gouvernement soudanais, mais Human
Rights Watch
montre que la plupart de ses armes ont été fournies par l'Ethiopie
dans les
années 1980 ou obtenues sur le marché international des armes via
l'Ouganda
dans les années 1990.
Human Rights Watch annonce qu'il a envoyé une équipe qui a été
autorisée à
voir et à photographier des armes ayant, semble-t-il, appartenu au
gouvernement soudanais, mais détenues par les forces rebelles.
Cette équipe
a pu voir les armes, mais elle n'a pas été autorisée à
photographier les
armes utilisées par les forces rebelles.
Le rapport indique que l'Ouganda, l'Ethiopie et l'Erythrée, qui
livrent des
guerres civiles, ont à leur disposition un stock d'armes de la
Guerre Froide
importées des pays tels que les Etats-Unis, Israël, la Corée du
nord, les
Etats européens et l'ancienne Union soviétique.
Le montant total de l'aide que l'Union soviétique a accordée à
l'Ethiopie,
un pays voisin situé à l'est du Soudan, entre 1977 et 1990 est
estimé à plus
de 12 milliards de dollars américains, y compris des blindés
lourds, de
l'artillerie, des avions ainsi que de vastes quantités d'armes
légères et
moyennes. "Plus récemment, ces trois Etats – l'Ouganda,
l'Ethiopie, et
l'Erythrée- ont bénéficié de l'aide militaire et politique des
Etats-Unis
qui ont également imposé des sanctions économiques et militaires
au
Soudan", souligne le rapport.
Après avoir augmenté son budget militaire de 81 millions de
dollars
américains en 1994 à 131 millions de dollars en 1996, l'Ouganda a
accusé le
Soudan d'abriter et d'armer le groupe rebelle de l'armée de
résistance du
seigneur (LRA) qui lutte contre le gouvernement du président
Yoweri Museveni
dans le nord.
L'Ouganda soutient que les rebelles sont soutenus par le Soudan.
Mais, le
Soudan a démenti les allégations.