ECONOMIE-BURUNDI: L'Embargo Devient Insupportable Pour Les Populations.

BUJUMBUR, 9 sept. (IPS) – Tous les indicateurs économiques du
Burundi sont
au rouge, et les populations supportent de moins en moins les
effets de
l'embargo économique imposé depuis plus de 3 ans dans ce pays de
l'Afrique
centrale.

Au cours d'une réunion avec les opérateurs économiques du Burundi
au début
de ce mois, le deuxième vice-président du Burundi, M. Mathias
Sinamenye, a
dressé un bilan sombre de l'économie.
La production a baissé de 20 % en 3 ans a indiqué Sinamenye, qui
est
également économiste et ancien patron de la Banque nationale.
“De 31% en 1997, l'indice à la consommation des ménages
à Bujumbura est tombé à 13,8% fin juin 1998″, a ajouté Sinamenye.
Pour Marie Thérèse, mère de famille, secrétaire de direction dans
une
entreprise à Bujumbura, cela se traduit par le fait qu'elle
n'arrive plus à
acheter certains produits.
” J'ai remplacé le pain par la bouillie de céréales le matin pour
les
enfants, j'achète rarement de la viande maintenant car les prix
ont augmenté
“.
Coincé entre le Rwanda, la Tanzanie et la République Démocratique
du
Congo(RDC), le Burundi dépend de ses voisins pour ses importations
et
exportations.
Mais, ces mêmes voisins lui ont imposé un embargo économique
depuis 1996, à
la suite du coup d'Etat qui a porté le Major Pierre Buyoya à la
tête de
cette nation de près de six millions d'habitants.
Le Burundi a commencé à sombrer dans le chaos en octobre 1993,
lorsque des
soldats renégats ont assassiné Melchior Ndadaye, le premier
président Hutu
du pays, lors d'un coup d'Etat manqué, trois mois après son
élection.
Ndadaye était perçu par les extrémistes Tutsis de l'armée, comme
une menace
pour leur emprise traditionnelle sur pouvoir. Sa mort a provoqué
des
assassinats en masse et des combats entre les Hutus et la minorité
Tutsis.
Depuis lors, plus de 200.000 personnes ont été tuées au Burundi et
des
milliers de personnes déplacées. Les crimes ont été commis aussi
bien par
l'armée composée en majorité de Tutsis, que par les groupes armés
hutus qui
s'infiltrent à partir de l'Ouganda et de la Tanzanie. Les rebelles
hutus
continuent d'opérer des incursions meurtrières sur le territoire
Burundais.
Le coup d'Etat du Major Buyoya a été condamné par ses voisins qui
lui ont
imposé un embargo tant qu'il n'aura pas rétabli l'ordre
constitutionnel.
La Tanzanie, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda, la RDC, le Cameroun
et
l'Ethiopie, qui avaient imposé ces sanctions, exigeaient entre
autres le
retour au multipartisme, l'ouverture des négociations avec les
rebelles, le
rétablissement du Parlement dissout après l'arrivée de Buyoya au
pouvoir, et
la libération des anciens présidents Jean Baptiste Bagaza et
Sylvestre
Ntibatunganya.
Le Burundi a rempli toutes ces conditions, puisque le Parlement a
été
rétabli, les deux anciens présidents sont libres et les
négociations se
poursuivent entre le gouvernement et les différentes fractions
rebelles.
Alors que le Burundi espérait une levée de l'embargo au cours des
deuxièmes
pourparlers de paix tenus à Arusha en Tanzanie, en juillet
dernier, les pays
signataires de lrgo ont durci leur position, estimant que la
levée de
l'embargo est prématurée et que ces sanctions constituaient “une
pression
efficace contre le régime de
Bujumbura”.
Au cours de ces pourparlers, les belligérants avaient conclu un
accord de
cessez-le-feu qui devait prendre effet le 20 juillet dernier. Il
n'a jamais
été respecté.
Malgré ces sanctions économiques, quelques commerçants véreux
arrivent à
faire entrer des produits importés dans le pays. Mais rares sont
les
familles qui peuvent en affronter les prix.
“Dans les pays voisins qui ont pris les sanctions contre le
Burundi, nous
sommes obligés de ruser, de payer des intermédiaires pour sortir
nos
marchandises et forcément les prix vont s'en ressentir une fois
sur place”.
La RDC Fait partie de ces circuits d'alimentation, mais avec la
crise qui y
sévit actuellement, cette source d'approvisionnement a tari.
Selon de nombreux observateurs, l'embargo qui dure depuis trois
ans enfonce
le Burundi dans la misère. Les services sociaux de base ne
fonctionneraient
presque plus. Les Hôpitaux manqueraient de médicaments. La
nourriture se
fait de plus en plus rare.
"Aujourd'hui l'essence est rationnée et au marché noir le prix a
quadruplé
“le transport fait monter les prix", indique Marie Thérèse qui
tient un
petit commerce pendant ses heures creuses. Mais sa petite boutique
n'a plus
aucun produit.
Face à cette situation, les dirigeants s'attachent à briser
l'isolement consécutif à l'embargo, en multipliant des contacts
diplomatiques.
Il y a quelques jours, le Major Buyoya a effectué une visite au
Kenya, l'un des pays qui ont pris les sanctions contre le Burundi.
Dans un grand hôtel de Nairobi, le major Buyoya qui lançait la
version
anglaise de son livre Intitulé “Mission possible”, a plaidé pour
la levée
des sanctions qui “minent les efforts de paix”.
Au dernier sommet des pays non-alignés tenu la semaine dernière
à Durban,
en Afrique du Sud, Buyoya a indiqué aux journalistes qu'il a
profité des
travaux de ce sommet pour avoir des entretiens avec les chefs de
délégations
de plusieurs pays, en particulier les pays voisins au sujet de la
levée de
l'embargo qui n'a que trop duré inutilement”.
De source officielle on indique que le premier vice-président,
Frédéric
Bamvuginyumvira, s'apprête à effectuer un long périple en Europe,
notamment
en Norvège, au Danemark, en Finlande et en Belgique, pour demander
à ces
pays d'apporter une aide dans les domaines de la santé, de la
reconstruction
et de la réinstallation des déplacés”.
Les populations burundaises s'indignent du laxisme de la
communauté
internationale qui, selon elles, ne se préoccupe pas assez de la
situation
au Burundi
“Tous les yeux sont braqués sur la RDC. Certes le Burundi n'a pas
un
sous-sol riche, certes le Burundi est quatre vingt fois plus petit
que le
Congo, mais six millions de personnes vivent dans la guerre et la
souffrance
ici”, relève un fonctionnaire burundais.
Beaucoup attendent donc avec une sorte de fatalité résignée la
reprise des
négociations inter burundaises.
Le ministre burundais chargé du processus de paix, Ambroise
Niyonsaba, a indiqué que toutes les parties prenantes au conflit
se sont mises d'accord pour se retrouver pour le troisième round
des
négociations.