POLITIQUE-AFRIQUE: Des Troupes Tchadiennes Volent au Secours de Kabila.

COTONOU, 30 sept. (IPS) – L'envoi des troupes tchadiennes en
République
Démocratique du Congo (RDC) pour soutenir l'armée congolaise,
confrontée à
une rébellion depuis près de deux mois, confirme la
régionalisation du
conflit, car la décision de ce pays de l'Afrique centrale a
apparemment
reçu l'aval des pays francophones d'Afrique.

Selon un communiqué du gouvernement publié hier à Ndjaména, la
capitale du
Tchad, les autorités de ce pays ont décidé d'accorder un soutien
total et
sans réserve à Laurent Désiré Kabila, Président de la RDC, en
mettant à sa
disposition un contingent militaire.
" Nous nous sommes rapprochés de Kabila pour voir dans quelle
mesure nous
pouvions lui apporter notre soutien, y compris un soutien
militaire", a
affirmé Seki Mbaye Bessane, ministre de la Communication du
Tchad, dans
une interview accordée à Radio France Internationale (RFI).
Seki Mbaye n'a pas dévoilé le nombre de militaires déjà présents
en RDC.
Mais des sources indépendantes à Kinshasa parlent d'un millier de
soldats
tchadiens. Il a cependant justifié cette intervention par la
volonté de
faire respecter l'intégrité territoriale d'un pays de la sous-
région.
" Nous sommes un pays de la région. Si un autre pays de la région
se sent
déstabilisé, notre tour n'est certainement pas loin", a affirmé
Séki Mbaye.
Le Tchad n'a aucune frontière commune avec la RDC.
Séki Mbaye qui est également porte-parole du gouvernement
tchadien a
indiqué que cet engagement a été pris conjointement avec plusieurs
pays
africains réunis à Libreville au Gabon le 24 septembre dernier.
Au cours de cette réunion qui avait pour but de clarifier la
position des
pays francophones d'Afrique sur la crise en RDC, les dirigeants de
l'Afrique
centrale avaient implicitement condamné la rébellion déclenchée
le 2 août
dernier par des officiers de l'ethnie Tutsi de l'armée congolaise
qui ont
reçu plus tard le soutien des troupes ruandaises et ougandaises.
La rébellion a éclaté après que Kabila a ordonné le retrait de son
pays des
troupes ruandaises qui l'avaient aidé à prendre le pouvoir en mai
1997, au
terme d'une rébellion de 7 mois à l'issue de laquelle il a
renversé le
régime trentenaire du défunt Maréchal Mobutu Sese Seko.
La réunion de Libreville a connu la participation des présidents
Omar
Bongo du Gabon, Idriss Deby (Tchad), Denis Sassou-Nguesso
(Congo-Brazzaville) et Teodoro Obiang Nguema ( Guinée
Equatoriale), ainsi
que le Premier ministre du Cameroun et le ministre des Affaires
étrangères
de l'Angola. Le président namibien Sam Nujoma a également assisté
à la
réunion en qualité de représentant de la Communauté de
développement des
pays de l'Afrique australe (SADC).
"Plusieurs pays africains qui se sont retrouvés autour du
président Omar
Bongo du Gabon, ont pris des engagements conjoints", a dit Séki
Mbaye
avant d'ajouter que le président gabonais est particulièrement
partie
prenante de l'engagement des troupes tchadiennes en RDC. Il
indique par
ailleurs que c'est de façon souveraine que le gouvernement
tchadien a décidé
voyer des troupes à Kinshasa.
En dehors du témoignage de leur soutien à Kabila, les chefs
d'Etat de
l'Afrique centrale avaient préconisé, entre autre, la formation
d'une force
régionale de maintien de la paix en Afrique centrale.
Selon certains observateurs, les pays francophones auraient choisi
d'envoyer
les troupes de l'armée tchadienne qui est très aguerrie et
redoutée dans la
région. Cette armée a bénéficié d'une formation de la part de la
France qui
a dépensé des milliers de Francs français pour la dégraisser.
Ce n'est pas la première fois en effet que l'armée tchadienne
intervient
dans la région. Elle est intervenue en Centrafrique en juin 1997,
lorsque
l'armée nationale était confrontée à une mutinerie interne. Un
contingent
tchadien a aussi joué un grand rôle dans la guerre civile du
Congo-Brazzaville de juin 1997 à octobre 1998, aux côtés de Denis
Sassou
Nguesso qui s'est proclamé président à l'issue de la guerre. Le
Tchad a
aussi envoyé ses soldats au Ruanda lorsque ce pays était confronté
à une
guerre civile en 1994.
L'intervention du Tchad en RDC, avec l'aval d'autres pays
francophones, a
été assurément dictée par l'intérêt politique que les pays de la
Francophonie, notamment la France, portent à ce géant de
l'Afrique
centrale, selon des observateurs.
" En filigrane, il faut considérer cette intervention comme le
clin d'il
de la France pour récupérer la plus grande nation francophone au
Monde. Et,
en retour, la RDC doit regarder de plus en plus du côté de la
Francophonie", a indiqué un journaliste du Congo-Brazzaville qui
a requis
l'anonymat.
La RDC et la majorité des anciennes colonies belges et françaises
sont
membres de la Francophonie, un regroupement des pays du monde qui
ont le
français en partage et dont la France est la principale force
motrice. La
Guinée équatoriale, une ancienne colonie espagnole, fait
exceptionnellement
partie du mouvement.
Laurent Désiré Kabila avait délibérément tourné le dos à la
Francophonie,
dès son arrivée au pouvoir. Il avait menacé de quitter le
mouvement,
accusant la France de vouloir déstabiliser son régime. Les
relations entre
la France et la RDC se sont refroidies de plus bel lorsque
Kabila a
rejoint la SADC, jetant en même tant le froid dans les relations
avec ses
homologues francophones. Kabila a aussi reproché aux pays
francophones
leur soutien à l'ancien régime du maréchal dictateur Mobutu.
Mais au beau milieu de la crise, Kabila à fait volte face pour
rechercher le
soutien des pays francophones, estimant sans doute que la présence
des
forces de certains pays de la SADC n'est pas assez conséquente
pour vaincre
la rébellion.
L'implication d'une armée francophone dans le conflit en RDC
survient en
effet après que certains pays anglophones de la SADC ont envoyé
des
renforts aux troupes de Kabila.
Les troupes du Zimbabwe, de la Namibie et de l'Angola sont
présentes en
RDC où, selon des observateurs, elles sont allées défendre leurs
intérêts
politiques et économiques.
Le Zimbabwe, par exemple, aurait investi 240 millions de dollars
US dans
plusieurs secteurs économiques de la RDC. Ces investissements
incluent
d'énormes dettes contractées par la RDC vis-à-vis des industries
semi-publiques zimbabwéennes d'armement.
La RDC et le Zimbabwe possèdent une prise commune d'exploitation
de
diamant, dans laquelle se trouvent des intérêts de hautes
personnalités
zimbabwéennes et ceux des officiers supérieurs de l'armée
congolaise.
De plus, il y aurait à Kinshasa une banque commerciale qui
appartient
conjointement aux partis au pouvoir au Zimbabwe, en l'Angola et
en Namibie.
Ces partis sont l'union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU-FP),
le
Mouvement Populaire pour la libération de l'Angola(MPLA) et la
Swapo de la
Namibie.
L'intervention angolaise se justifie par le fait que l'union
nationale pour
l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), parti d'opposition,
faisait des
raids sur le territoire angolais, à partir de la zone frontalière
entre
l'Angola et la RDC. Le fait d'écraser l'UNITA dans cette zone
donne un
avantage stratégique à l'Angola.
L'Ouganda et le Ruanda qui combattent aux côtés des rebelles
désirent
protéger leurs territoires des groupes rebelles respectifs qui se
servent de
la RDC comme base de replis après des incursions meurtrières dans
les deux
nations. (Fin/ips/nrn/98)
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