DAKAR, 19 mai (IPS) – Dans les régions de Fatick et de Kaolack (centre du Sénégal) et de la Casamance, dans le sud, agronomes et agriculteurs s’activent à restaurer des terres riches en sel afin de les rendre cultivables.
La technique, qui permet de récupérer ces sols riches en sel en vue de les valoriser pour un meilleur rendement agricole, consiste à mettre en place une pépinière forestière, de reboisement d’espace et de construction de digues anti-sel. «Il y a environ 10 ans, personne ne cultivait du riz ici. Mais avec la technique de récupération du sol salé par le reboisement et la construction d'une digue anti-sel, on peut cultiver sur ces surfaces…pour une meilleure production», a déclaré à IPS, Ndèye Diaffé Ndiaye Diouf, coordinatrice de l’association Femme, enfance, environnement (FEE), à Fatick.
Selon la FEE, le projet de récupération des sols salés a démarré en 2002, et après deux ans de travail de construction de digues anti-sel, la production du riz a commencé à augmenter d’année en année.
«En déversant des ordures ménagères, du son de mil, des rebus de battage de céréales sur les quatre digues anti-sel qui ont été mises en place grâce à l’appui de la coopération autrichienne, en 2004, notre association a obtenu, après la récolte, une tonne de riz sur deux hectares», explique Diouf. «En 2008, on a récolté plus de 30 tonnes sur une superficie de 10 hectares récupérés, et en 2011, on devrait avoisiner les 50 tonnes», dit-elle, indiquant que c’est quelque 250 hectares de terres salées qui étaient inexploitées dans la vallée adossée à leur zone. A Kaolack, pour récupérer les sols riches en sel, les agriculteurs commandent des coques d’arachides et autres ordures acheminées de l’usine la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (SONACOS) de la ville pour amender les sols récupérés. «Dans les rizières, le travail n’est point facile. Vous voyez! Tout se fait à la main, on remblaie le sol avec des mottes de terre et des ordures pour obtenir un espace non salé qui sera cultivable», souligne Fatou Senghor, présidente de la FEE. Mais elle regrette que les machines et équipements, promis par les autorités, ne soient pas encore arrivés pour les aider.
L’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal travaille à la mise en place d’un programme national de récupération et de valorisation des sols riches en sel, afin de réhabiliter le tiers des superficies cultivables affectées par la salinisation au Sénégal, menaçant ainsi la sécurité alimentaire.
El Hadji Faye, coordonnateur scientifique du projet Partenariat multi-acteurs pour l’adaptation des populations vulnérables à la salinisation des sols induite par les changements climatiques au Sénégal, indique que l’un des résultats attendus à la fin du programme national est de capitaliser d’une part, le maximum possible d’acquis en matière de récupération et de valorisation de ces sols et, d’autre part, de pouvoir partager les informations.
«La salinisation des terres touche plus d’un million d’hectares au Sénégal. Nous avions effectué une visite de terrain dans la région de Fatick, le mardi 26 avril dernier. Les agriculteurs font déjà des efforts, mais nous allons les appuyer techniquement et leur faciliter le travail», a-t-il déclaré.
Selon le directeur scientifique de l’Institut sénégalais de recherche agricole, Alioune Fall, le programme implique tous les intervenants du système national de recherche agricole, et toutes les technologies sont utilisées pour valoriser ces terres. «Nous avons déjà des tracteurs sur les différents sols. Le travail se fera par le remblayage du sol et ensuite, on procédera au reboisement du sol. Il y a d’abord des aménagements hydro-agricoles qu’il faut concevoir et voir ensuite les espèces qui s’adaptent le mieux à cet environnement», explique Fall à IPS. «Nous travaillons aussi dans la création et l’amélioration des variétés, sur la base des connaissances endogènes, pour arriver à un produit qui s’adapterait le mieux aux différentes zones agro-écologiques», ajoute-t-il.
La salinisation des sols constitue, selon Innocent Butaré, administrateur de programme agriculture et sécurité alimentaire au Centre de recherche pour le développent international (CRDI), l’un des facteurs les plus importants de la dégradation des terres à travers la planète, et qu'il faut combattre rapidement.
«Ce fléau de la salinisation des terres menace la sécurité alimentaire. Et le CRDI se devait d’intervenir, parce que l’une de nos missions est de venir en aide aux pays en développement pour trouver des solutions aux problèmes de développement. Et le premier de ces problèmes, c’est la sécurité alimentaire», souligne Butaré à IPS. Omar Diaw, directeur de la conservation des sols au ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature, déclare à IPS: «Le problème de la salinisation des terres est environnemental… C’est vraiment une catastrophe et si on n’y prend pas garde, on risque d’étendue ces superficies par les autres phénomènes d’érosion hydrique, éolienne…»

