FREETOWN, 18 mai (IPS) – Des cagettes de mangues mûres succulentes sont entassées et un bon parfum remplit l’air. Des ouvriers de l’usine, vêtus de manteaux de protection, de bottes en caoutchouc et de résilles, attendent de recevoir des instructions.
Comme ils se voient munis d’un équipement pour la première fois, ils éclatent de rire. C’est une grande semaine pour la Sierra Leone puisque sa première usine de transformation de fruits entre en production. Les mangues passent par une maille de tubes en acier et, à la fin, comme par magie, un nectar doux doré jaillit d’un déversoir. Pour ce petit pays d’Afrique de l’ouest, l’arrivée de la société de fabrication de jus de fruits, 'Africa Felix', est une occasion mémorable, non seulement parce que c’est une usine de pointe, mais aussi parce que, contrairement aux autres ressources naturelles abondantes du pays, la valeur ajoutée se produira à l’intérieur des frontières cette fois-ci. Des devises étrangères très nécessaires seront générées puisque la société cible des marchés régionaux et européens. Alors que les exportations de diamants de Sierra Leone sont les meilleures amies d’une société d’exploitation minière, deux-tiers de la population ici dépendent de l’agriculture. Se concentrer sur une ressource naturelle aussi abondante que la mangue, que l’on trouve partout, a été significatif pour le fondateur de l’entreprise, Claudio Scotto. “Lorsque je suis arrivé ici pour la première fois, je ne pouvais pas imaginer que l’endroit était si fertile et qu’il y avait tant de fruits. Il est apparu une idée d’entreprise évidente d’utiliser ce qui était ici”, déclare-t-il. Le Suisse-Italien Scotto affirme que ce projet est allé au-delà de la simple installation d’une nouvelle entreprise: “Les gens pensent que vous pouvez faire une différence dans le monde en faisant de la charité. Je pense que vous pouvez faire une différence en vous engageant pleinement avec le monde. “Ma motivation, c’est en partie gagner de l’argent, mais en cours de chemin, je sais que je ferai une différence en créant de nouveaux emplois pour les ouvriers de l’usine et les agriculteurs”, dit-il en tripotant le bracelet en caoutchouc autour de son poignet, sur lequel est écrit “Make Poverty History” (Faire l’histoire de la pauvreté), qu’il s’est promis d’enlever seulement lorsque l’usine sera un succès. L’usine a démarré avec les économies de Scotto et des investissements du gouvernement néerlandais, d’une société italienne de fabrication de machines et d’une organisation caritative américaine appelée 'World Hope International'. Cette organisation caritative a travaillé avec le gouvernement sierra-léonais pour créer “First Step”, une zone franche industrielle que le gouvernement appelle “zone d’opportunité d’exportation”. 'World Hope International' est une “organisation humanitaire et de développement” chrétienne basée au Etats-Unis qui œuvre pour la réduction de la pauvreté. La zone franche industrielle est un havre hors taxe conçu pour attirer de nouvelles sociétés nationales et internationales. Elle offre aussi une garantie en électricité et en eau, une incitation énorme en Sierra Leone, puisque ces deux ressources sont rares. 'Africa Felix' est la première usine à être construite dans la zone et elle espère traiter trois tonnes de fruits par heure, 24 heures sur 24, tout en répondant aux normes sanitaires strictes de l’Union européenne (UE). Pour assurer un approvisionnement régulier, Scotto travaille avec 'World Hope International' pour former des fermiers locaux à se tourner vers la production de l’ananas. “Nous avons un réseau de 1.500 agriculteurs biologiques à travers le pays qui constitueront des coopératives villageoises plus ou moins organisées”. En outre, 80 personnes seront employées dans l’usine lorsqu’elle commencera la production, gagnant entre 80 euros par mois pour les chargeurs et les trieurs des fruits, et 300 euros par mois pour les employés plus qualifiés. “En fin de compte, nous espérons faire une demande pour le statut de commerce équitable, et un jour fabriquer même des biocarburants à partir des graines de mangues qui contiennent beaucoup d’huile”, confie Scotto, avec un grand sourire. “Il y a une société au Sénégal qui achète ses ananas de la Belgique. Ce pays les importe probablement à son tour de Chine. C’est stupide du point de vue économique et environnemental. Nous pouvons faire mieux que cela pour la région et pour l’UE en fournissant les fruits les plus sucrés au monde, produits dans l’un des pays les plus pauvres d’Afrique ayant un peu du potentiel humain le plus fort”. La Sierra Leone est en 61ème position sur la liste des endroits les plus faciles au monde pour démarrer une entreprise – devant l’Espagne et l’Afrique du Sud. Cependant, une fois que vous avez démarré, en réalité, faire des affaires ici est apparemment et sensiblement difficile, puisque le pays est 143ème sur 183 pays. Mais il figure parmi les cinq premiers pays d’Afrique subsaharienne pour “la protection des investissements”. Interrogé sur la facilité avec laquelle il a commencé à faire des affaires ici, Scotto lève les bras, en guise de frustration. “Il y a une vieille perception négative de la Sierra Leone qui reflète un préjugé inhérent contre l’Afrique. C’est facile ici, vraiment facile. Cette usine en est la preuve”, dit-il, en contemplant son bâtiment nouvellement construit, sous la couleur légèrement brun-roux du coucher du soleil. Les travailleurs que IPS a abordés ont exprimé leur satisfaction par rapport aux paiements horaires. Un employé, un ancien plombier qui s’est simplement présenté comme étant Ibrahim, a déclaré à IPS qu’il est l’un des travailleurs qualifiés qui ont installé la chaîne de transformation du fruit en pulpe et sera désormais chargé de l’entretien des machines. “Ce travail m’a donné beaucoup de nouvelles idées sur la manière de travailler dans un environnement différent et j’ai développé mes compétences pour devenir un mécanicien aussi. Je travaille avec une bonne équipe de personnes; je dispose davantage de sécurité pour ma famille et j’ai amélioré la tranquillité d’esprit ici”.

