ENERGIE-CONGO: Un barrage pour commencer l’électrification des villages

BRAZZAVILLE, 14 mai (IPS) – La petite ville de Ngo, à environ 250 kilomètres au nord de Brazzaville, la capitale congolaise, s’éclaire désormais sous les lampadaires alimentés par l’énergie du barrage hydroélectrique d’Imboulou, dans le nord du pays.

D’autres populations de près d’une dizaine de villages, dans la même contrée, disposaient également de cette lumière depuis décembre 2010, même si ce barrage d'une capacité de 120 mégawatts (MW) a été inauguré officiellement le 7 mai 2011 par le gouvernement. Et c’est avec cet ouvrage que certains villageois voyaient, pour la première fois, la lumière venant de l’énergie électrique. “Nous avons du courant en permanence ici. Cela change notre mode de vie; dans certains hôtels de la place, il y a maintenant de l’eau chaude. Quel bonheur!”, s’exulte Aloïse Obambi, le sous-préfet de Ngo. “Le rêve devient réalité à Ngo où naissent déjà de petites activités économiques”, ajoute-t-il à IPS. Dans cette ville d’environ 6.000 habitants, les populations diversifient leurs activités commerciales grâce à l’énergie électrique. “Depuis que j’ai pris le branchement du courant, je vends des produits frais comme de l’eau et les congelés comme la viande et le poulet. Avant, on ne pouvait pas le faire”, témoigne à IPS, Sosthène Mpion Nkoua, un commerçant de Ngo. “Grâce à ce courant électrique, j'ai ouvert un moulin à foufou qui tourne toute la journée”, indique Jacques Ngahiya, opérateur agricole à Ngo. Certains villages proches de Ngo comme Inoni-falaise, Imvouba, Inoni-Plateaux, Mbe, Mpouya, dans le nord du pays, sont aussi alimentés par l’énergie. “Nous avons par exemple une station services qui fonctionne tous les jours et notre centre de santé est désormais éclairé”, témoigne Fulgence Nguié, agriculteur à Inoni-Plateaux. “Depuis janvier 2011, je fais des boissons glacées et du yaourt très prisés par les voyageurs. Je vends parfois pour 5.000 francs CFA (environ 10 dollars) par jour”, affirme Sylvie Nkoussou du village Imvouba. Ce courant électrique vient du barrage d’Imboulou, construit par des Chinois, et mis en service depuis le milieu de 2010 pour les tests. Pour la première fois dans l’histoire du Congo, le courant électrique est arrivé au nord du pays. “Après Ngo où il y a un important centre de distribution du courant, nous allons atteindre les villes de Gamboma, d’Oyo et d’Owando, dans le nord où en 50 ans d’indépendance, on n'a pas vu le courant”, explique à IPS, Albert Camille Pela, directeur général de la Société nationale d’électricité. “Tout cela est bien, mais ce ne doit pas être des actions sporadiques qui n’obéissent à aucune politique nationale d’énergie”, prévient Maixent Fortuné Hanimbat, président du Forum pour la gouvernance et les droits de l’Homme, basé à Brazzaville. D’après le gouvernement, un financement de 85 millions de dollars a été nécessaire pour réaliser ce barrage, dont 15 pour cent pris en charge par le Congo. Dans le budget d’investissement 2011 du Congo fixé à plus de 500 millions de dollars, l’énergie représente six pour cent, selon le gouvernement. Selon Jean Richard Bruno Itoua, ministre de l’Energie et de l’Hydraulique, le taux d’accès à l’énergie des populations rurales n’est que de 5,6 pour cent, contre 45 pour cent dans les villes. “D’ici 2015, il nous faut atteindre 90 pour cent du taux d’accès du courant en ville et 50 pour cent au village”, dit-il. Le gouvernement mise sur un projet d’énergie solaire pour électrifier 100 villages – sur les 5.000 que compte le Congo – à partir des panneaux photovoltaïques. “C’est une solution idéale pour les services sociaux de base comme les centres de santé et les écoles. Nous visons en priorité les 86 districts de notre pays”, affirme Itoua. Les micro-barrages de 100 KVA à 50 MW sont également la solution préconisée par le gouvernement. “Nous avons déjà identifié 17 sites où se réaliseront ces ouvrages. Ce réseau d’électrification rurale va nous coûter 70 millions de dollars et nous comptons boucler en fin 2011 les négociations avec les bailleurs de fonds internationaux”, souligne Itoua. “L’électrification des villages a un coût. Il faut que le gouvernement accompagne les paysans à accéder au courant, vu leur état inouï de pauvreté. Payer par exemple 52.000 FCFA (environ 104 dollars) pour le branchement du courant à Ngo, c’est énorme pour les paysans”, estime Hanimbat. “C’est évident que nous ne vendrons pas aux villages le kilowatt/heure aux mêmes prix que dans les villes. L’Etat doit, par exemple, accompagner l’achat des panneaux solaires”, déclare Itoua. Toutefois, l’inauguration du barrage d’Imboulou ne règle pas les problèmes d’énergie à Brazzaville où il faut 100 MW pour satisfaire la demande. Le réseau actuel de transport d’énergie, vieux de 50 ans, est inutilisable. Les travaux de réhabilitation en cours prendront fin en décembre 2011. “A ce moment-là, nous pourrons régler l’essentiel des problèmes de courant à Brazzaville et à Pointe-Noire (la deuxième plus grande ville du pays). Mais, pour l’heure, les délestages continuent dans certains quartiers”, explique le ministre de l’Energie. “Que les gens soient patients. Après la production (de l’énergie), nous réglons la question de distribution”, affirme Joseph Nguenfiri, chef du projet 'construction de lignes électriques'. Grâce à l’énergie d’Imboulou injectée dans le réseau national depuis fin 2010, le Congo a su réduire de 90 pour cent ses importations d’électricité de la République démocratique du Congo voisine. Ces importations, estimées à 60 MW, coûtaient au Congo quelque 500.000 dollars chaque mois, selon le gouvernement.