DEVELOPPEMENT: Les forces du marché surpassent les déclarations

ISTANBUL, 13 mai (IPS) – A l’étage, dans les salles où se tenait la conférence sur les Pays les moins avancés (PMA), toutes les bonnes choses se disaient sur la misère de la pauvreté et la vertu des chances et du développement. Plusieurs étages en dessous, ceux qu’on appelle les 'forces du marché' étaient au travail.

Et ces forces ont sapé presque toutes les grandes déclarations faites au cours de la conférence qui se tient à Istanbul, en Turquie. Un grand nombre d’entreprises turques ont installé des stands dans un bazar ici, désireuses de vendre des produits aux sociétés provenant des PMA. Bon nombre de directeurs de ces pays avaient bénéficié d’une aide financière pour venir à Istanbul pour regarder les produits en vente. C’était le “côté du secteur privé” de la conférence – qui était organisé parallèlement aux négociations aux cours des réunions. Par souci d'équité, un espace pour des stands a été également accordé à chacun des PMA. Cependant, la section turque avait été remplie de produits en vente; la section des PMA est presque entièrement vide, dans la mesure où la plupart des pays n'avaient même pas un bureau et une chaise. Ces meubles n'auraient pas été nécessaires parce qu’il n'y avait personne là-bas. Le bazar du secteur privé est une expression symbolique du déséquilibre dramatique dont les délégués parlaient à l'étage, et qu’ils tentaient en vain de corriger. C'est un instantané d'une entreprise privée décimée dans les PMA. “Le secteur privé est très peu développé dans certains PMA”, a indiqué à IPS, Valentine Rugwabiza, directrice générale adjointe de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). “Vous avez vraiment un secteur privé très dynamique au Bangladesh, mais vous ne pouvez pas dire que vous avez le même [secteur] dans beaucoup de PMA africains”. Elle a souligné le contraste absolu dans l'approche entre les PMA et la Turquie. “Le secteur privé dans les PMA a besoin d'un partenariat beaucoup plus étroit que ce qui est le cas actuellement”, a-t-elle affirmé. “Et le pays qui accueille cette conférence est un excellent exemple de cela. “J'ai été surprise de voir comment le secteur privé et le gouvernement travaillent au coude à coude”, a confié Rugwabiza. “C'est impressionnant, la façon dont ils rencontrent le gouvernement et les ministres clé. Et le gouvernement fournit des solutions dans l’intervalle de deux semaines”. Beaucoup de pays ont des organisations du secteur privé qui constituent des groupes ayant des intérêts communs, ou des groupes industriels qui font pression sur leurs gouvernements et suivent les négociations puis envoient de signaux clairs à leurs gouvernements sur ce que leurs industries peuvent accepter, ce qu'elles ne peuvent pas supporter. Traditionnellement, les gouvernements des PMA n'ont pas été guidés par les affaires, a expliqué Rugwabiza. Et cela est au cœur de ce déséquilibre. Nous voulons une situation où les PMA peuvent exporter des meubles, pas de bois”, a indiqué à IPS, Martin Khor, directeur exécutif du Centre Sud, basé à Genève. Les PMA ont peu de produits finis à offrir: selon les chiffres des Nations Unies, le commerce représente 70 pour cent des recettes nationales brutes des PMA, mais près des trois-quarts des exportations totales de marchandises des PMA sont à peine une poignée de produits. Pays d’origine de plus de 700 millions de personnes, les PMA ont longtemps été considérés comme des fournisseurs de matières premières et de marchés pour les produits finis. Le bazar des produits d'exportation ici au centre des congrès à Istanbul a offert une image vivante juste de ce que les entreprises cherchent à vendre. Un certain nombre d'entreprises turques vendaient des lits d'hôpital et de l'équipement: une affaire considérée comme prometteuse dans les pays ayant des niveaux élevés de maladie et de rares infrastructures médicales. Une gamme variée de biens de consommation était proposée également – des robes haut de gamme aux produits de décoration des maisons. Bon nombre de ces produits étaient clairement destinés aux quelques personnes aisées parmi les populations des PMA, la fraction des 700 millions de personnes qui constitue la classe moyenne ou plus. Le stand du Bangladesh était une île virtuelle de l'activité trépidante au milieu des espaces déserts des autres PMA. “Le fait est que nous espérons très bientôt sortir de notre catégorie en tant que Pays les moins avancés”, a déclaré à IPS, Nasreen Awal Mintoo, présidente de l'Association des femmes entrepreneuses du Bangladesh. Une grande partie de cette croissance est réalisée par le secteur privé, a-t-elle dit. “Le secteur privé au Bangladesh fait vraiment beaucoup. C'est grâce au secteur privé que le Bangladesh se développe plus rapidement. Et l'entreprenariat féminin est en pleine croissance, et cela aide le Bangladesh à se développer”. Peut-être que les espaces vides du côté PMA du grand bazar peuvent avoir besoin d'être occupés par le secteur privé – avec une forte participation des femmes – plutôt que par des négociations au cours des conférences internationales.