BLANTYRE, Malawi, 30 mars (IPS) – Le Malawi se prépare pour des moments économiques difficiles suite à une décision des principaux donateurs du pays de refuser une aide financière de 400 millions de dollars. Ces donateurs affirment qu’ils réagissent à une gamme de questions de gouvernance et de droits humains dans le pays.
Il y a presque exactement un an, le groupe des donateurs qui travaille sous la 'Common Approach to Budget Support' (Approche conjointe à l’appui budgétaire – CABS) – qui comprend le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Banque africaine de développement (BAD), la Norvège, l’Union européenne et la Banque mondiale, ont prévenu le gouvernement du Malawi par rapport à sa gestion des poursuites judiciaires contre un couple homosexuel arrêté après une cérémonie de mariage traditionnel. La CABS, qui fournit jusqu’à 80 pour cent du budget de développement du Malawi, a désormais agi par rapport à la question des droits des minorités, ainsi que sur le report continu des élections locales et l’adoption d’une loi qui autorise le gouvernement à suspendre les journaux qui publient des informations qui ne peuvent pas être acceptés par le ministre de l’Information. “Lorsque nous parlons de droits humains, nous ne parlons pas seulement de la majorité, mais aussi des groupes minoritaires comme la question actuelle des homosexuels qui doit être examinée à fond”, a indiqué Frank Kufwakwandi, directeur de la BAD au Malawi et président de la CABS, dans une déclaration à l’époque. Crise budgétaire Le gouvernement allemand a annoncé qu’il retiendrait la moitié de son appui budgétaire – s’élevant à 3,5 millions de dollars – pour l’exercice budgétaire en cours. Ce pays a aussi suspendu son financement de 9,7 millions de dollars pour le développement rural, en réaction au retard dans l’organisation des élections locales: le Malawi est sans conseillers locaux depuis 2005. Le programme 'Millennium Challenge Corporation' du gouvernement américain est en train de suspendre une subvention de 350 millions de dollars visant à réhabiliter le secteur énergétique en difficulté du Malawi, exigeant que le gouvernement respecte les droits des minorités et que la loi sur les médias soit abrogée. En outre, il a été refusé au Malawi 561 millions de dollars qu’il avait demandés à partir du Round 10 du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Le ministre des Finances du pays, Ken Kandodo, a récemment déclaré aux médias locaux que toute suspension supplémentaire de financement, par les donateurs, pourrait nuire aux exploits que le pays a réalisés en termes de développement. De graves repercussions L’aide des donateurs représente 40 pour cent du budget national du Malawi et le pays pourrait être obligé d’emprunter de l’argent pour compenser le déficit. Les activistes des droits à la santé au Malawi ont exprimé une préoccupation par rapport au rejet de la proposition du pays au Fonds mondial pour la période 2011-2016, ce qui, selon eux, aura un effet néfaste sur les programmes de prévention et de traitement. Le Malawi a joui d’un essor économique relatif au cours des cinq dernières années avec l’économie qui a connu une croissance moyenne de sept pour cent; l’inflation a été réduite à un chiffre et les taux d’intérêts sont passés de 25 à 13 pour cent au cours des deux dernières années. Mais maintenant, cette croissance est compromise et la relation entre le Malawi et les donateurs est tendue. Toutefois, le gouvernement n’a pas l’intention de changer de cap. Le ministre de la Justice, George Chaponda, a confié aux médias locaux que le Malawi est un Etat souverain et a juré que le pays ne cèdera pas à la pression des donateurs. “Nous ne changerons pas nos lois juste pour plaire aux donateurs. Nous avons nos propres principes en tant que pays et nous nous en tiendrons à eux”, a affirmé Chaponda. Le mariage homosexuel est immoral Sur le sujet des droits des homosexuels, les sentiments du gouvernement ont été repris par le Conseil des églises du Malawi (MCC), un groupement de 22 églises protestantes. L’évêque Joseph Bvumbwe, porte-parole du MCC, a confié à IPS que les exigences des donateurs en défense des mariages homosexuels étaient immorales et que le gouvernement ne devait pas céder à de telles exigences “trompeuses et malencontreuses”. “En tant qu’église, nous sommes du côté du gouvernement en disant non aux influences étrangères qui sont en désaccord avec la culture du pays. Nous sommes une nation qui craint Dieu”, a souligné Bvumbwe. Le groupe des donateurs est également ferme: “En tant que partenaires et amis, nous aimerions rappeler que la bonne gouvernance et le respect des droits humains – y compris la liberté d’expression, le respect des principes démocratiques, et l’absence de discrimination – constituent la fondation sur laquelle notre partenariat est bâti”, a expliqué la CABS dans une déclaration en février.

