KIKWIT, RD Congo, 31 mars (IPS) – «La plupart de nos habitations dans nos villages sont encore construites à l’aide des feuilles et de petits stiques ramassés, alors que nos bois, nos plantes médicinales sont emportés par des gens qui s’enrichissent ailleurs», affirme Ampiobo Amuri, un chef traditionnel de pygmées.
«Cela fait plusieurs semaines que je ne cède plus à la sollicitation de ces gens qui viennent nous faire boire, nous donner des habits usagés, quelquefois du sel en échange de nos produits», ajoute ce chef pygmée rencontré par IPS dans le village de Bolenge, dans le bassin du Congo, en République démocratique du Congo (RDC). De son côté, Antoinette Ambulampo, une femme pygmée, avec un enfant au dos, déclare à IPS: «Je veux que nos enfants étudient… Des animaux et des arbres sont pris… Quand nous travaillons dans des forêts et que nous arrivons là où on a coupé des arbres, nous avons chaud. Nous travaillons beaucoup pour ceux qui viennent nous solliciter».
Amuri reconnaît toutefois qu’il y a «certaines personnes et sociétés qui veulent que les pygmées évoluent et que leurs droits soient respectés». Selon des chercheurs, les pygmées, connus par leur bravoure au travail, sont des peuples autochtones qui servent souvent de main-d’œuvre dans des champs des autres communautés. Et ils sont souvent exploités et payés en monnaie de singe.
L’organisation internationale à but non lucratif 'The Forest Trust' (TFT), basée à Genève, fait probablement partie des groupes dont le chef Amuri reconnaît le travail positif en faveur des pygmées. Le TFT a annoncé que 571.000 d’hectares supplémentaires, gérés par la Congolaise industrielle de bois (CIB) dans le bassin du Congo, sont certifiés conformes aux pratiques environnementales et humanitaires. Dans un document rendu public le 10 mars 2011 dont une copie est parvenue à IPS, TFT indique également que cette certification amène la «couverture de forêts tropicales du bassin du Congo gérées durablement à plus de 5,3 millions d’hectares».
Selon le document, cette annonce «marque une étape importante dans les efforts du TFT pour aider l’industrie à protéger l’environnement fragile de la deuxième plus grande forêt tropicale au monde ainsi que les vies et les moyens de subsistance des communautés locales et autochtones en particulier les populations pygmées semi-nomades vivant dans des zones forestières de la CIB».
Avec la certification des concessions de Loundoungou et de Toukoulaka, la gestion par la CIB de toutes ses zones forestières de la République du Congo, a été reconnue par le standard indépendant le 'Forest Stewardship Council' (FSC), ajoute TFT.
Mais, le manque de demande pour le bois et les produits de bois durables – et par conséquent à un plus haut prix – pourrait réduire à néant la réponse remarquable de l'industrie aux pressions des militants et des consommateurs en Europe et aux États-Unis, affirme le directeur exécutif de TFT, Scott Poynton. «Les consommateurs ne sont pas là et les ONG ne poussent pas à acheter ce bois certifié. Et sans retour économique, les entreprises ne peuvent pas maintenir ces pratiques», ajoute-t-il. De son côté, Robert Hunink de la CIB, déclare que l’annonce «revêt une grande importance, mais malheureusement l’égalité des opportunités sur le marché manque toujours. Ce n’est pas bon pour la forêt et ce n’est pas bon pour les gens, la biodiversité ou les changements climatiques».
«Néanmoins, la direction et le personnel de la CIB sont engagés en faveur du processus FSC», dit-il, espérant que les «acheteurs vont commencer à récompenser les entreprises qui ont répondu positivement à la demande de la certification de leurs exploitations forestières».
Interrogé par IPS, Jerôme Bokele, le premier député provincial pygmée de l’Equateur, dans le nord-ouest de la RDC, déclare: «La certification de 571.000 d’hectares par FSC est une bonne chose». Mais, il ajoute que «ce n’est qu’une annonce. Des milliers de grumes sont évacués sur le fleuve Congo…et viennent souvent de l’exploitation anarchique des forêts tropicales. Plus de 70 pour cent des peuples autochtones en Afrique croupissent dans une misère noire…» Dans leur livre intitulé «Pygmées – peuple de la forêt», Serge Bahuchet et Guy Philipart de Foy écrivent que les pygmées vivent de chasse et de cueillette. «Leur nombre total est estimé à un peu plus de 200.000. Ils occupent les forêts profondes de la République du Congo, de la RDC, du Cameroun, du Gabon, de la République centrafricaine. Certains vivent dans l’est, au Rwanda et au Burundi».
Le Réseau ressources naturelles, une ONG faisant des plaidoyers pour accompagner les communautés locales et les peules autochtones en Afrique, note dans son magazine de septembre-novembre 2010, l’existence d’un certain nombre de conflits dans beaucoup de provinces forestières.
«Cela est dû au fait que la négociation des cahiers de charges n’a jamais été appliquée par les exploitants qui continuent à couper la forêt alors qu’elle est l’un des préalables pour qu’une compagnie d’exploitation forestière détienne un contrat de concession forestière», indique l’ONG.
Lors du deuxième Forum international des peuples autochtones, du 16 au 18 mars à Ifondo, au Congo-Brazzaville, Henri Ndjombo, ministre congolais de l’Economie forestière et du Développement durable, a reconnu la souffrance des peuples autochtones. «Il va falloir apporter des réponses adéquates aux problèmes des peuples autochtones pour leur survie parce qu’il y a quelques obstacles qui s’érigent à leur égard, notamment l’accès à des ressources qui doivent être de plus en plus contrôlées. On a besoin de cela pour que le développement des activités alternatives permettent à cette population de mieux vivre», a-t-il déclaré.
Pour sa part, Odon Munsadi, un environnementaliste en RDC, souligne: «Les pratiques environnementales pour ce cas consistent à utiliser rationnellement des forêts pour la vie future. De mauvaises pratiques provoquent les réchauffements climatiques et donnent lieu à des savanes herbeuses». «La certification pourra être une bouffée d’oxygène pour les peuples autochtones s’il y a un suivi rigoureux et que ces peuples évoluent et émergent. Sinon, la théorie primera», avertit-il.

