LE CAP, 30 mars (IPS) – Malgré la reconnaissance formelle des droits des travailleurs domestiques en Afrique du Sud, ils sont toujours confrontés à une lutte pour un traitement équitable.
Gladys Mnyengeza, 59 ans, sait très bien tout sur ce que c’est qu’être traité comme un citoyen de troisième classe. Elle fait les travaux domestiques depuis qu’elle a neuf ans. Elle a avoué que les travailleuses domestiques sont souvent cachées et isolées. “Lorsque (l’employeur) reçoit des visiteurs, vous devez préparer le repas, faire tout. Ils se servent (la nourriture). Vous lavez la vaisselle et il [l’employeur] ferme la porte de la cuisine pour que les visiteurs ne vous voient pas”. Mnyengeza est fière d’être membre du Syndicat sud-africain des travailleurs domestiques (SADSAWU), une organisation syndicale qui veille sur les droits des travailleurs domestiques en Afrique du Sud. “Nos gens ont peur de venir. Ils ont peur que leurs patronnes les voient ici. Si nous pouvons nous unir pour combattre tout ceci, nous sommes tous dans une lutte en tant que travailleurs domestiques”, a indiqué Mnyengeza. En juin prochain, la deuxième et dernière lecture d’une Convention sur les droits des travailleurs domestiques de l’Organisation internationale du travail (OIT) aura lieu. Si elle est adoptée, elle renforcerait une protection légale pour des millions de travailleurs les plus vulnérables dans le monde. Des travailleurs invisibles Un travailleur domestique est défini comme un individu dans une maison privée qui rend des services tels que le nettoyage, la garde des enfants, la conduite, le jardinage, la cuisine, la garde des personnes âgées et faibles. Selon l’Enquête de 2010 sur la main-d’œuvre, il y a environ 880.000 travailleurs domestiques en Afrique du Sud. La majorité d’entre eux sont des femmes ayant de faibles niveaux d’éducation qui les rendent vulnérables à l’exploitation et au harcèlement sexuel. Bon nombre sont également des migrants. Les travailleurs domestiques sud-africains se sont réunis au Cap dans leurs efforts visant à s’assurer que le gouvernement sud-africain, et 93 autres pays, voteront en faveur de la convention en juin prochain. Myrtle Witbooi, secrétaire générale du SADSAWU, a été une participante active à Genève en 2009 lorsque le premier cycle des discussions sur la convention a été organisé. “Si nous pouvons gagner, si nous pouvons avoir une Convention sur le travail domestique en tant que travail décent, cela signifie que nous pourrons parler d’une même voix dans le monde. Et tous les gouvernements doivent écouter cette voix”. Des pays, y compris l’Afrique du Sud, seraient liés par cette convention si elle est adoptée à la 100ème session de l’OIT en juin. Un minimum de droits aux travailleurs La convention toucherait des milliards de travailleurs domestiques vulnérables à travers le monde en leur accordant un minimum de droits et de protection. Comme une convention est contraignante, les pays membres sont invités à interpréter la nouvelle norme de travail dans leur législation nationale y afférente. La situation est particulièrement unique parce que les travailleurs domestiques sont tellement isolés dans les maisons privées. Cela fait également qu’il est difficile de s’organiser, tel que l’illustrent les voix des différents travailleurs domestiques au cours de l’évènement. Un membre du SADSAWU a déclaré: “Je suis ici au nom des travailleurs à Plattekloof, au Cap, parce qu’ils ne peuvent pas parler franchement. Ils sont seuls là-bas et ils souffrent. C’est pourquoi je suis venue, parce que je peux au moins retourner leur rapporter…que vous savez qu’ils existent avec leurs problèmes”. Elle a ajouté: “J’ai eu un moment difficile. Etre une travailleuse domestique, ce n’est pas facile. Ce n’est pas agréable… vous travaillez très dur. Parfois, vous n’obtenez même pas quelque chose à manger. C’est pire quand vous faites un travail qui fait dormir. Vous préparerez ce repas là, mais vous ne mangerez même pas un morceau. Après le dîner, madame vous dira: 'Tu peux juste prendre ce pain là-bas et y mettre un peu de confiture'”. L’Afrique à la traîne La syndicaliste internationale, Cecelia Mather, a félicité le gouvernement sud-africain pour son engagement pour la convention. “Le gouvernement sud-africain est bon – il a besoin d’amener le reste de l’Afrique à suivre”. Les travailleurs domestiques en Afrique du Sud jouissent d’une meilleure protection au travail que leurs homologues dans d’autres pays, mais il y a des insuffisances importantes. Ils sont exclus de l’indemnisation des accidents de travail, par exemple. Un membre du SADSAWU travaillant dans la banlieue de Bellville, au Cap, était en train de laver des fenêtres lorsqu’elle est tombée d’une échelle et s’est cassé le bras droit; elle a été renvoyée par son employeur et elle a dû payer ses propres ordonnances médicales. Des recherches réalisées par 'Global Network in Africa' montrent qu’à travers l’Afrique, les travailleurs domestiques endurent de mauvaises conditions de travail et un taux sensiblement bas d’accès à la sécurité sociale en termes de santé, d’éducation, de logement, d’électricité et de transport. Faire des droits une question électorale Les centaines de femmes et leurs partisans qui ont participé à la réunion sont fiers d’être membres d’une organisation syndicale et ont semblé ne pas s’intéresser aux discussions portant sur les prochaines élections locales de mai en Afrique du Sud. L’ANC (African National Congress) au pouvoir, s’est fixé l’objectif d’atteindre une représentation de 50/50 de femmes dans les conseils locaux. Mais les travailleurs ne sont pas impressionnés par cela. “Les partis? Ils ne reconnaissent pas les travailleurs domestiques et c’est un long combat que nous devons mener”. Witbooi, qui est également la présidente du Réseau international des travailleurs domestiques, a déclaré: “S’ils veulent appliquer les droits des travailleurs domestiques, alors nous travaillons pour eux tous. Nous avons besoin de quelqu’un qui luttera pour les droits des travailleurs”.

