MALAWI: Incertitude au sujet du rôle des accoucheuses traditionnelles

LILONGWE, 23 mars (IPS) – Lorsque l’interdiction des accoucheuses traditionnelles a été levée l’an dernier, des femmes enceintes ont rapidement fait leur apparition devant la porte de Dorothy Chirwa, dans le village de Malombe, à Mangochi, un district sur les rives du lac Malawi, dans le sud du pays.

Chirwa faisait partie des milliers de TBA interdites de fournir des soins aux femmes en 2007. Le ministère de la Santé a imposé l’interdiction, attribuant le fort taux de mortalité maternelle du pays à un manque de compétences de la part des accoucheuses traditionnelles (TBA). Les TBA, a déclaré le ministère, n’étaient pas capables de reconnaître rapidement les cas d’urgences obstétricales et n’arrivaient pas à prendre des mesures pour prévenir la transmission du VIH des mères à leurs nouveau-nés. Pendant les trois années où les TBA ont été interdites, des cas de complications mortelles, telles que la rupture de l’utérus ou de la vessie, ont diminué selon le président de l’Association des gynécologues, Dr Frank Taulo. Solution imparfaite L’interdiction semblait avoir un effet positif. En 2007, le taux de mortalité maternelle au Malawi était de 807 femmes pour 100.000 naissances vivantes. Selon les chiffres publiés au cours de la Revue des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies en septembre 2010, il avait baissé à 510 femmes pour 100.000 naissances vivantes. Mais derrière l’amélioration des chiffres, une mauvaise extension du système de santé publique signifiait que beaucoup de femmes continuaient de se tourner vers les TBA pendant l’interdiction, selon Dorothy Ngoma, directeur exécutif de l’Organisation nationale des infirmiers et sages-femmes du Malawi. “Ce qui s’est passé est que [les accoucheuses traditionnelles] sont entrées dans la clandestinité de peur d’être amendées. Alors, en termes de statistiques, nous étions perdants, puisque les décès et les naissances chez ces personnes n’étaient pas enregistrés”. Taulo reconnaît que les femmes enceintes ne jouissent pas, en règle générale, d’un accès suffisant aux soins. L’association a longtemps recommandé au gouvernement d’augmenter le nombre de centres de santé, de former plus de gens et de rappeler les infirmières retraitées pour compenser le manque en accoucheuses qualifiées au lieu d’impliquer des personnes non qualifiées. Deux postes sur trois dans le système de santé publique du Malawi sont vacants, selon les statistiques actuelles du ministère de la Santé. La levée de l’interdiction A son retour du sommet sur les OMD en septembre, le président du Malawi Bingu wa Mutharika a pris tout le monde au dépourvu lorsqu’il a annulé la décision d’interdiction faite aux accoucheuses traditionnelles. “L’on ne doit pas empêcher les accoucheuses traditionnelles de pratiquer. L’on doit plutôt les former sur des méthodes d’accouchement plus sûres”, a déclaré Mutharika. L’interdiction a été immédiatement levée. “Les femmes en travail ont commencé à frapper à ma porte sur-le-champ, demandant que je les aide à accoucher”, a affirmé Chirwa à IPS. La région où réside Chirwa, Malombe, illustre parfaitement la demande des services des accoucheuses: c’est environ à 70 kilomètres de l’Hôpital du district de Mangochi, le centre de santé le plus proche qui fournit des soins de maternité. “Je ne peux pas renvoyer les femmes. Je connais un certain nombre de femmes qui ont accouché en pleine route vers l’hôpital. De nombreuses femmes enceintes ont du mal à voyager sur une longue distance. La route est jalonnée de tant de fleuves et de cours d’eau, qui la traversent. Il est difficile pour la plupart des femmes en travail de les traverser et certaines accouchent sur les rives du fleuve”, a-t-elle expliqué. Chirwa a reconnu que le service qu’elle et les autres accoucheuses traditionnelles fournissent dans les communautés à travers le pays, n’est pas parfait. “Il y a des complications que je ne peux pas gérer. Je n’étais pas dérangée par l’interdiction, mais je ne peux pas refuser de rendre service aux femmes qui sont tellement dans le besoin”, a-t-elle dit. Des mécontents Mais l’Association des gynécologues n’est pas impressionnée. “Nous sommes étonnés que le Malawi revienne à une politique permettant aux TBA de faire des accouchements. Comment est-ce que les accoucheuses traditionnelles aideront-elles en cas de complications de grossesse en l’absence d’un centre médical?”, a demandé Taulo. La levée de l’interdiction a aussi soulevé une préoccupation dans plusieurs communautés. Dans le village de Pitala à Mchinji, dans le centre du Malawi, les gens avaient mis en place différents groupes de travail et des comités sur la maternité sans risque, sous la direction du chef du village. “Nous avions adopté des règlements qui empêchaient les accoucheuses traditionnelles de faire des accouchements et qui interdisaient également aux femmes d’accoucher au domicile des TBA. Les contrevenants payaient des amendes au chef et le paiement allait d’un poulet à une chèvre”, a indiqué Margret Dambe, 59 ans, habitante de Pitala. Dambe, dont la fille de 25 ans est décédée pendant le travail en 2005 alors qu’elle était suivie par une accoucheuse traditionnelle, a déclaré qu’elle ne voyait aucune nécessité à ramener ces accoucheuses non qualifiées. “C’est risqué d’être assistée par une TBA. Ma fille est décédée parce qu’elle a perdu beaucoup de sang pendant l’accouchement et l’accoucheuse traditionnelle ne pouvait pas effectuer une transfusion sanguine”, a expliqué Dambe. L’Organisation nationale des infirmiers et sages-femmes du Malawi insiste pour dire que la solution à long terme doit être l’augmentation du nombre de sages-femmes formées pour combler le vide que les accoucheuses traditionnelles n’arrivent pas à remplir.