COTE D’IVOIRE: Le Ghana tente de s’adapter au flux des réfugiés ivoiriens

ELUBO, Ghana, 24 mars (IPS) – Sur le pont de deux kilomètres séparant la Côte d’Ivoire du Ghana, une petite affluence humaine était visible le 18 mars. Ces dernières semaines, de nombreuses personnes venues de Côte d’Ivoire migrent vers Elubo, la première ville ghanéenne, à l’ouest, a constaté IPS sur place.

“C’est au lendemain du deuxième tour du scrutin ivoirien (28 novembre 2010) que nous avons commencé à observer l’arrivée de nos frères de Côte d’Ivoire”, indique à IPS, Mike Appiah, chauffeur de taxi entre Noé (dernière localité ivoirienne) et Elubo, une ville commerciale. “Aujourd’hui, les arrivées sont importantes et nous effectuons régulièrement les va et vient à la frontière pour amener les arrivants vers d’autres villes du Ghana”, ajoute-t-il. Rencontré à une centaine de mètres du poste de contrôle frontalier ivoirien de Noé, Barthélémy Konin, fonctionnaire à Aboisso (sud-est de la Côte d’Ivoire), déclare à IPS: “Par mesure de précaution, j’ai décidé de partir avec mes deux enfants et mon épouse. Alors que les voisins recevaient leurs parents venus d’Abidjan, moi j’ai décidé de partir hors du pays”. “Si la situation venait à se généraliser en Côte d’Ivoire, j’aurai déjà pris des dispositions à Elubo pour éviter d’être reçu dans un centre de réfugiés”, affirme Konin, avant de se soumettre aux formalités administratives pour traverser la frontière. A cette porte d’entrée plus connue, comme sur d’autres d’Oseikro, Wharf et New Town, le 'Ghana Refugee Board' (Office ghanéen pour les réfugiés – GRB) annonce avoir noté que plus de 2.000 Ivoiriens ont franchi la frontière, dont 548 enregistrés par leurs services d’accueil à Elubo, entre le début des affrontements armés à Abidjan, à la mi-décembre, et début-mars. “Mais, avec la dégradation du climat sociopolitique en Côte d’Ivoire, depuis le début de ce mois, nous sommes passés de 10 à 20 réfugiés par jour à 50, voire 60 arrivées dans nos locaux”, relève Kelly Forson, le responsable du camp de réfugiés d’Ampain, à une dizaine de kilomètres d’Elubo. “Tous les réfugiés d’Elubo sont transférés après deux jours de transit au camp d’Ampain et sur d’autres sites afin d’éviter un engorgement”, explique Marvis Abo, du Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) au Ghana, encore loin des projecteurs de la presse comme c’est le cas de leur bureau du Libéria, à l’ouest de la Côte d’Ivoire. L’Office international des migrations, de son côté, continue les opérations de transfert des nouveaux venus vers les camps de réfugiés qui n’existent pas à Elubo même. Compte tenu de la faible capacité d’accueil des différents camps de réfugiés – entre 150 et 200 personnes, selon le GRB -, les sites pourraient être débordés d’ici peu, a constaté IPS. En effet, outre les Ivoiriens, les services d’accueil du GRB doivent également s’occuper des réfugiés béninois, togolais et ghanéens. “Le dispositif en place est à même de faire face pour l’accueil des réfugiés en transit. Mais il faut maintenant songer aux éventuels besoins de ceux qui vont rester sur place”, soulignent les humanitaires. “Pour le moment, nous avons évité ces structures humanitaires. A quatre (des amis et moi), nous avons choisi de nous associer pour louer une maison”, indique Ferdinand Koffi, un maçon. Koffi et ses compagnons, dont deux revendent des jus de fruits, sont arrivés à Elubo depuis un mois et demi. “Chacun s’est trouvé un petit job pour avoir un revenu”, dit-il à IPS. Outre les réfugiés qui affluent quotidiennement dans leurs localités, les populations ghanéennes sont de plus en plus habituées avec d’autres mouvements de personnes venues de Côte d’Ivoire pour réceptionner ou expédier de l’argent vers l’extérieur. Devant une agence de transfert d’argent, en plein cœur de la ville d’Elubo, se trouve une longue file d’attente, en majorité des Ivoiriens. “J’attends au moins 400.000 francs CFA (environ 870 dollars) en provenance de Milan (Italie). Après le retrait, je retourne à Abidjan où l’argent doit servir à assurer le quotidien de trois familles”, affirme Roland Zézé, sans emploi. De son côté, Lamine Camara, qui est revendeur de pièces détachées de voitures à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, est à Elubo dans le cadre de ces activités. “Les banques étrangères sont fermées au pays et les structures de transfert d’argent inexistantes. Il faut donc venir jusqu’ici pour envoyer ou recevoir de l’argent afin de commander mes pièces qui doivent arriver par un port du Ghana”, explique-t-il à IPS. Sur les lieux, s’il reste difficile de se frayer un chemin pour les vendeurs locaux, ils ne s’en plaignent toutefois pas. “Nous savons que c’est un phénomène inhabituel, alors on évite les querelles”, déclare à IPS, Mattew Kablan, gérant d’un magasin de tissus devant lequel se trouve la queue de la file d’attente des clients de l’agence de transfert d’argent. “Nous prions pour que ce pays (la Côte d’Ivoire) retrouve une paix définitive. De nombreux immigrés y ont fait fortune. Il serait donc injuste de le laisser sombrer dans le chaos”, prie Kablan.