DEVELOPPEMENT: La conférence de l’ONU sur l’eau focalisée sur les villes

LE CAP, 22 mars (IPS) – Comme une conférence des Nations Unies sur l'eau s'est ouverte lundi en Afrique du Sud, le Conseil pour la recherche scientifique et industrielle (CSIR) de ce pays a réitéré les avertissements que le pays est confronté à une crise d'approvisionnement en eau.

Les experts participant à cette conférence de trois jours examineront les défis posés par les demandes croissantes, la migration et les ressources en eau, potentiellement limitées par une utilisation imprudente et les changements climatiques. Le rapport du CSIR sur l’Afrique du Sud indique: “Le pays est confronté à une crise d'approvisionnement en eau causée par une combinaison de faibles précipitations, de forts taux d'évaporation, d’une économie en expansion et d’une population croissante dont les demandes géographiques pour l’eau ne sont pas conformes à la distribution des fournitures d'eau exploitable”. Les questions soulevées sont partagées à travers les régions semi-arides d'Afrique, avec des gestionnaires aux prises avec les demandes pour l'électricité pour l'exploitation minière et l'industrie, pour l'irrigation afin de consolider la sécurité alimentaire et les revenus ruraux, ainsi que le défi de maintenir l'approvisionnement en eau aux ménages dans les villes à croissance rapide. Le rapport fait une évaluation franche et honnête de la façon dont la plus grande économie d'Afrique supporte la pression. “En 2005, plus de 95 pour cent des ressources en eau douce du pays ont été déjà attribuées. La qualité de l'eau a diminué en raison de la croissance démographique”. Mbangiseni Nepfumbada, de la division de la définition des politiques et de la réglementation au ministère des Affaires de l'Eau du pays, a dit que lui et ses collègues examinent actuellement la stratégie nationale sur les ressources en eau du pays. “A l’intérieur de l’Afrique du Sud, et peut-être pour beaucoup de pays en Afrique, nous savons tous très bien que nous ne sommes pas dotés de ressources en eau et que les nôtres ne sont pas un modèle quand il s'agit de la gestion judicieuse de l'eau”. Possible retard dans les progrès Depuis les élections non raciales en 1994, l'eau est apparue comme une question clé des droits humains avec une amélioration de l'accès à la fois pour les pauvres des zones rurales et urbaines, devenant une priorité clé pour le gouvernement. Dr Kevin Wall du CSIR affirme qu’en 1994, 60 pour cent des 39 millions d’habitants du pays avaient un accès de base à l'eau. Aujourd'hui, près de 90 pour cent d'une population qui a atteint environ 45 millions d’habitants ont accès à l'eau. Mais 5,7 millions de personnes n’y ont pas encore un accès adéquat. “L'Afrique du Sud peut être à juste titre fière de l'infrastructure d'eau qu’elle a introduite depuis 1994, et de la proportion croissante de la population qui a maintenant accès à l'infrastructure qui confirme l’expérience personnelle selon laquelle l'eau, c’est la vie, et que l'assainissement, c’est la dignité; mais beaucoup de défis demeurent”. Parmi les défis auxquels Wall se réfère, figurent une infrastructure vieillissante et la capacité de l’entretenir et de l'étendre à l'avenir. La recherche de Wall montre que le coût estimatif, pour remplacer les actifs fixes des services des eaux de la municipalité, avoisine 30 milliards de dollars. “La réhabilitation ou le remplacement des infrastructures négligées ainsi que la fourniture des infrastructures pour la croissance démographique, l'immigration en Afrique du Sud, et la migration à l’intérieur du pays, sont quelques-uns des problèmes les plus pertinents auxquels le pays est confronté”, déclare Wall. La façon dont les gouvernements trouvent les ressources pour relever ces défis figurera parmi les principaux thèmes développés pendant ces trois jours, avec des arguments contradictoires sur le rôle du secteur privé, la subvention croisée de l’eau pour les pauvres contre des utilisateurs plus riches, la meilleure façon d'encourager l’utilisation efficace de l’eau, et bien d’autres. Lance Veotte, du Syndicat des employés municipaux sud-africain (SAMWU), a dit que le coût de l'eau pour les gens ordinaires en Afrique du Sud, et ailleurs à travers le continent, est une préoccupation majeure. “Nous nous opposons à la privatisation de l'eau. Le secteur privé n'est pas la solution et nous devons nous y opposer par tous les moyens”. Politiques solides, action faible L’examen des succès et des échecs dans le passé est compliqué par l'écart entre la politique et la mise en œuvre. Wall du CSIR a critiqué le gouvernement comme étant l'acteur central dans le secteur de l'eau. “Nous disposons de politiques fabuleuses, mais si nous ne pouvons pas les mettre en œuvre, elles ne marcheront pas, elles ne servent à rien”. Dr Rivha Kfir de la Commission de recherche sur l’eau a déclaré: “Tant de recherches ont été faites. Nous ne pouvons pas dire que tout est mauvais, c’est très important de comprendre que ces recherches ne seront pas toujours utilisées”. “Nous avons la connaissance et nous savons comment résoudre cela, mais quelque chose n’a pas marché quelque part. Pourquoi ne sommes-nous pas là où nous sommes?”. Des experts estiment que la prévision pour des stress futurs est un élément clé. “La migration des zones rurales vers les zones urbaines se produit. Nous le savons, mais que sommes-nous disposés à faire?”, demande Joan Clos, ancien maire de Barcelone et sous-secrétaire général et directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat). “Nous ne pouvons pas attendre que les gens arrivent, nous devons planifier à l'avance. Nous devons le faire aujourd'hui et non demain”. L'Afrique est actuellement la région la moins urbanisée dans le monde, avec seulement 40 pour cent de sa population dans les zones urbaines. Selon ONU-Habitat, la population urbaine de l'Afrique devrait tripler pour être au-delà de 1,2 milliard d’habitants d’ici à 2050, gonflant la taille des villes qui ont déjà du mal à s’en sortir. Citant le Rwanda, le Maroc et l'Afrique du Sud comme des exemples de pays ayant de meilleures pratiques dans ce domaine, il a souligné que si la planification pour des espaces publics, l'eau et l'assainissement est réalisée avant de nouveaux afflux vers les villes, la fourniture de services peut se faire davantage à moindre coût. “Je demeure optimiste que cela peut être fait”, a-t-il indiqué.