NAMIBIE: De l’eau dans le Kambashu

WINDHOEK, 16 mars (IPS) – Pour la ville capitale de la Namibie, l’objectif pour un accès à l’eau et à l’assainissement durables constitue un défi majeur pour le 21ème siècle.

Windhoek, la capitale, comptait seulement 140.000 habitants à l’indépendance en 1990. En 20 ans, la population a plus que doublé pour être à 300.000 d’habitants, selon le gouvernement de la ville, avec entre 20 et 30 pour cent vivant dans des installations informelles. Ces quartiers non prévus se sont agrandis à un taux de 9,4 pour cent chaque année, faisant de la fourniture de l’eau et de l’assainissement un défi majeur. Geraldine van Rooi, directrice de la Section du développement durable du département d’urbanisation de la ville, déclare que la ville est parvenue à une réponse à plusieurs volets. Il y a une politique visant à réglementer le développement urbain, méthodique et environnemental, et un document légal qui régit les droits d’utilisation des terres, ainsi qu’une stratégie pour l’amélioration et la gestion des installations informelles. La Stratégie de développement et d’aménagement, élaborée en 1999, a conduit à la construction des services d’ablution et à la mise en place des robinets d’eau prépayée dans les installations informelles de Windhoek. Quatre principaux projets d’aménagement ont été achevés à 'Havana Extension 1' et 'Havana Proper', à Ongulumbashe, et 'Okahandja Park'. Des critiques provenant des habitants sont mitigées. “Il y a eu une amélioration”, affirme Paulus Siwombe, un habitant de Babylon, une installation informelle. “Je suis heureux que je puisse au moins chercher de l’eau en utilisant ma carte, la conserver dans mon bidon de 25 litres et partir pour même une semaine. Et nos toilettes sont agréables parce que nous les gardons propres”, déclare cet homme de 29 ans. “Vous voyez, nous allions dans la brousse pour déféquer et nous avions de vieux robinets pour l’eau, mais maintenant, les choses ont changé pour le mieux. Vous rechargez simplement votre carte, puisez votre eau ou si vous n’avez pas la carte, vous pouvez en emprunter et payer quelque chose au propriétaire”. Elizabeth Upapa, originaire aussi de Babylon, n’est pas satisfaite. “Ils nous ont construit des toilettes, mais elles sont sales et insuffisantes. Un WC pour plus de 100 personnes? Ce n’est pas juste. Nous avons aussi besoin de protéger notre vie privée”. Le coût de l’eau à partir des robinets publics qui utilisent une carte prépayée constitue également un problème pour elle. “Oui, nous avons de l’eau, mais je ne suis pas heureuse parce que c’est cher”, a indiqué Upapa. “La carte de recharge coûte au moins 10 dollars namibiens (1,50 dollar US): où allons-nous trouver cet argent? Ils doivent nous donner l’eau gratuitement”. Siwombe se moque de cela. “Non, de nos jours, vous ne pouvez pas vous passer de l’eau ici dans le bidonville. C’est moins cher et nous pouvons aussi utiliser nos cuillères et d’autres solutions si l’argent finit…”. Il affirme que les toilettes dans sa section de Babylon sont propres parce que d’autres jeunes et lui se relaient pour les nettoyer le matin et le soir. Zulu Shitongeni, conseiller à la circonscription électorale de Tobia Hainyeko, qui comprend Babylon et d’autres parties pauvres de la ville, indique que le gouvernement aménage constamment les installations informelles. Jusqu’à présent, il a dépensé 1,3 million de dollars pour l’amélioration de l’eau et de l’assainissement. “Nous sommes heureux. Le processus est en cours. L’année dernière, nous avons réussi à mettre en place 187 autres toilettes, en plus des 225 existantes pour un coût d’environ six millions [de dollars namibiens – 870.000 dollars US] alors que nous avons dépensé près de trois millions de dollars pour 177 toilettes supplémentaires”. Plusieurs communautés ont adopté leurs propres systèmes locaux de gestion de l’eau pour soutenir les efforts du gouvernement, selon la 'Shack Dweller Federation'. Sous ce système, les gens forment des groupes pour payer collectivement une facture locale d’eau, et ces groupes se chargent de contrôler l’utilisation que chacun fait de l’eau, ainsi que du paiement pour le système. Confrontée au défi de satisfaire les besoins de tous ses habitants, que constituent à la fois la croissance démographique et le climat faible en eau, la ville de Windhoek a appelé le gouvernement central et les gouvernements régionaux ainsi que le secteur privé à s’engager à aider la municipalité à fournir des services d’eau et d’assainissement convenables.