KENYA: Un budget trop petit pour couvrir les besoins de santé

NAIROBI, 14 mars (IPS) – Le professeur Anyang Nyong'o aurait pu deviner qu’un voyage vers les Etats-Unis pour le traitement du cancer de la prostate provoquerait un tumulte: il est le ministre des Services médicaux.

Des militants pour la santé sont outrés que des politiciens très en vue soient en mesure d'accéder aux installations de classe mondiale, tandis que les Kényans ordinaires ne peuvent que rêver d'accéder à de tels soins de santé. “Nous sommes heureux que le ministre soit revenu et respire la bonne santé. Mais quel choix le Kényan ordinaire a pour accéder à un traitement de qualité?”, demande Milka Ondiek, une habitante de Nairobi. “Quand nos politiciens ont besoin de traitement pour des affections graves, ils peuvent voyager à l'étranger pour des soins de santé de qualité, mais on ne peut pas en dire autant pour la majorité des Kényans”. Nyong'o lui-même a reconnu que la plupart des Kényans aux prises avec des maladies comme le cancer ont des choix très limités concernant l'accès au traitement. L'hôpital national Kenyatta, à Nairobi, est le seul hôpital public – avec des installations quoique faibles – qui puisse diagnostiquer et traiter le cancer. Selon l'hôpital, la liste d'attente pour le traitement du cancer s’étend à septembre 2011. Baisse du budget à la santé En juin 2010, le budget national était estimé à 12,5 milliards de dollars, le plus élevé dans l'histoire du pays. Malgré une augmentation importante au cours de l'année précédente pour le secteur de la santé, cette part du budget a diminué. Dix ans après que les Etats membres de l'Union africaine (UA) ont convenu de consacrer 15 pour cent des budgets nationaux à la santé dans la Déclaration d'Abuja, cet engagement reste largement très peu respecté par la plupart des pays africains, à l'exception du Botswana et des Seychelles. Pourtant, la Déclaration d'Abuja demeure l'un des signes les plus vitaux de l'engagement que les dirigeants africains peuvent prendre dans le sens de la santé. “A cet égard, l’allocation budgétaire nationale devient un indicateur clé des progrès que le gouvernement fait dans le sens de l'amélioration du secteur de la santé”, explique Pauline Amollo, une analyste des politiques et consultante à Nairobi. La proportion consacrée au secteur de la santé pour l'exercice en cours s'élève à 6,5 pour cent, en baisse par rapport aux sept pour cent l'année budgétaire précédente. “Le budget national est un indicateur significatif de la façon dont les politiques publiques doivent être mises en œuvre et ce que le gouvernement de l'époque considère comme étant une priorité nationale”, ajoute Amollo. “Le fait que le Kenya n’ait pas encore atteint même la moitié des 15 pour cent d'allocation budgétaire prévue au secteur de la santé est un indicateur clair que ce secteur n’est pas encore traité avec le sérieux qu'il mérite”. Des soins curatifs aux soins préventifs Les ressources sont également passées de la santé curative à la médecine préventive et à la promotion de la santé. “Cela peut être dû au fait que les indicateurs de développement social et de santé montrent que plusieurs vies au Kenya sont perdues à cause des maladies et conditions évitables”, explique Martin Owour, un technicien de santé publique dans le comté de Migori, dans la région de Nyanza. Selon un rapport de l'Agence américaine pour le développement international (USAID) sur la santé maternelle au Kenya, “environ 14.700 femmes et filles meurent chaque année du fait de complications liées à la grossesse. En outre, 294.000 à 441.000 autres femmes et filles souffrent de handicaps causés par des complications pendant la grossesse et l'accouchement chaque année”. Selon les services médicaux, 75 pour cent des décès néonatals ont lieu dans la première semaine de la vie en raison de facteurs tels que la mauvaise qualité des soins prénatals, des services d’accouchement et de la nature des soins que reçoit le nouveau-né peu après la naissance. Selon le 'Division of Malaria Control' (Division de lutte contre le paludisme) au Kenya, le paludisme est la principale cause de morbidité et de mortalité au Kenya. La division estime également que des centaines de jours ouvrables sont perdus à cause de la maladie chaque année. La lumière au bout du tunnel L’allocation budgétaire de cette année a permis le recrutement de 15 nouveaux infirmiers et cinq techniciens de santé publique dans chacune des 210 circonscriptions électorales du Kenya. “C'est une mesure importante parce que la plupart des centres de santé publique manquent de personnel, entraînant une difficulté à fournir des soins de santé de qualité”, explique Owour. Selon le ministère des Finances, les ressources faciliteraient également l'expansion et la modernisation des centres de santé. Cela impliquerait aussi l'achat d'ambulances à utiliser dans les centres de santé. Le ministre des Services médicaux appelle le public à compléter l'argent qui va dans le secteur de la santé à partir du trésor public. Cet appel s’est largement poursuivi pour être confronté à une résistance. “Pourquoi toute personne gagnant environ 375 dollars [par an] devrait-elle payer 12 dollars à la Caisse nationale d'assurance-maladie, tandis que ceux qui gagnent plus de 1.250 dollars paient la maudite somme de 25 dollars? Ce n’est pas raisonnable et le gouvernement devrait élaborer d'autres taux qui ne donnent pas l'impression que le gouvernement est en train d’exploiter les Kényans”, ajoute Owour.