AFRIQUE DE L’OUEST: Renforcer la lutte contre les médicaments contrefaits

DAKAR, 15 mars (IPS) – La contrefaçon des médicaments constitue un problème croissant qui nuit au travail des laboratoires pharmaceutiques. Mais à elles seules, les mesures en vigueur pour combattre le phénomène ne peuvent pas mettre fin à cette pratique en Afrique de l’ouest, affirment des experts.

Les mesures de dissuasion prises par les gouvernements des pays ouest-africains, pour limiter ce commerce illicite, n’ont pas empêché les contrebandiers de vendre des médicaments contrefaits, a déclaré Steve Allen, directeur général de la sécurité mondiale de Pfizer, au cours d’un atelier régional les 9 et 10 mars à Dakar, la capitale sénégalaise. La rencontre visait à élaborer des stratégies pour lutter efficacement contre les médicaments contrefaits dans la sous-région. Les participants ont recommandé aux Etats de renforcer d'abord les stratégies de lutte existantes et d’adopter ensuite des lois punissant plus sévèrement les contrevenants. Pour cela, les Etats devraient réformer leur Code pénal afin d'alourdir les sanctions prévues dans cette lutte pour permettre à chaque pays de mieux surveiller l’entrée des médicaments de mauvaise qualité et de mettre en place localement un instrument d’intervention efficace.

Au plan régional, les stratégies adoptées recommandent également “d'améliorer les appareils de détection au niveau des frontières et de travailler en synergie avec les autres unités de la sous-région”.

Les médicaments contrefaits peuvent entraîner la mort du patient, souligne le représentant de Pfizer qui est une firme de produits pharmaceutiques basée en France. Allen a indiqué qu’il était important de renforcer la compréhension de l’impact de ces médicaments et des outils servant à lutter contre les acteurs des contrefaçons.

«Plus de 40 médicaments de Pfizer sont contrefaits dans 95 pays du monde dont certains pays africains tels que Bénin, le Sénégal, le Nigeria, le Kenya, l’Afrique du Sud, la Tanzanie et l’Ouganda», révèle Allen. «Bien qu’il soit difficile, au niveau des pays en voie de développement, d’obtenir des données précises et détaillées sur les contrefaçons des médicaments, les estimations se situent dans une fourchette d’un pour cent des ventes à plus de 10 pour cent».

Des fonctionnaires des ministères de la Santé, des services de police, de douane, ainsi que des membres d’associations pharmaceutiques et médicales, venus du Nigeria, Ghana, Sénégal, Burkina Faso, Cameroun, Togo et du Bénin participer à cet atelier, se sont fixé pour objectif de bouter la pratique de la vente des médicaments illicites hors de leur région.

Le colonel Amadou Diop, directeur des opérations douanières au Sénégal, souligne des milliers de personnes meurent par an en Afrique à cause des médicaments contrefaits, notamment parmi les gens atteints de paludisme et qui auraient pu être sauvés par un traitement médical normal.

«Cette situation s’explique par le fait que les médicaments contrefaits, vendus à un prix plus bas, sont de plus en plus nombreux sur le marché, et la population n’est pas bien sensibilisée par rapport à ce problème», dit-il à IPS. «Malgré la saisie, par la douane sénégalaise, de nombreux produits contrefaits et la fermeture de 'Keur Serigne Bi', ancien lieu de vente de produits pharmaceutiques contrefaits au Sénégal, le pays est toujours victime de cette pratique car les peines prévues (par la loi) ne sont pas lourdes».

Diop a ajouté qu’au Sénégal, les saisies de médicaments pharmaceutiques et vétérinaires contrefaits ont été estimés à plus de 145 millions de francs CFA (plus de 300.000 dollars) en 2010.

Le directeur de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), Dr Placido Cardoso, estime que l’objectif de la rencontre est de donner des moyens aux pays africains pour bien contrôler la qualité des médicaments. «Un médicament de mauvaise qualité coûte finalement beaucoup plus cher au patient et à l’ensemble de la communauté que celui de bonne qualité». Dr Johanna Austin Benjamin, directrice de l’OOAS en charge des soins de santé primaires et du contrôle des maladies, renchérit, déclarant que la qualité d’un bon produit pharmaceutique n’a pas de prix et qu’il faudra se donner les moyens et la peine de contrôler la qualité des médicaments destinés à l’Afrique. Alain Djonlaï, fonctionnaire du service de la pharmacie au ministère de la Santé du Cameroun, explique à IPS que malgré la faiblesse des peines d’emprisonnement prévues (de six jours à six mois) à l’encontre des trafiquants de médicaments contrefaits, la sanction “n’a jamais été appliquée”. Mais, Abdou Diagne, vendeur ambulant de médicaments contrefaits au marché de Sandaga à Dakar, ne partage pas l’opinion des experts. Selon lui, il n’est pas honnête de dire que le gros des médicaments vendus est d’origine douteuse. «Nous n’avons probablement pas les compétences requises pour vendre les médicaments, mais les produits que nous servons aux populations les soulagent plus qu’ils ne leur causent du tort», déclare-t-il à IPS.

Pour sa part, Ami Ndiaye Diouf, secrétaire de direction dans une entreprise à Dakar, affirme avoir souvent eu recours aux médicaments vendus sur le trottoir. «Ce sont des médicaments de bonne qualité que les pharmacies font écouler par le secteur informel pour échapper à toute contribution fiscale et réaliser des bénéfices au-delà des attentes», dit-elle à IPS.