JOHANNESBURG, 28 jan (IPS) – L’adjudication attribuée récemment à l’Afrique du Sud pour des anti-rétroviraux (ARV) a réduit de moitié les coûts des médicaments pour le plus vaste programme d’ARV au monde. Conduite par un gouvernement mieux préparé et plus dynamique, la transaction pourrait mieux résister à la critique.
Dans un pays où le taux de prévalence du VIH est estimé à près de 18 pour cent, plus d’un million de Sud-Africains sont actuellement sous ARV. L’Afrique du Sud économisera environ 685 millions de dollars sur les deux ans que durera ce nouvel appel d’offres. Le marché a été néanmoins critiqué pour un présumé manque de transparence, et pour le fait qu’il empêche peut-être des économies encore plus importantes en bloquant les prix des médicaments qui pourraient devenir encore moins chers. En général, l’accord a été salué, bien qu’il puisse se révéler être un exemple difficile à suivre pour d’autres pays. Comment le marché a été conclu Alors que la seule augmentation de la concurrence de la part de nouveaux fabricants de médicaments génériques aurait pu réduire les prix des médicaments, le gouvernement sud-africain a pris des mesures pour s’assurer que les prix de l’offre étaient internationalement compétitifs, s’associant avec l’initiative Clinton pour l’accès à la santé (CHAI) pour fixer les prix en fonction de l’objectif avant de lancer l’appel d’offres. Il a été également demandé aux firmes soumissionnaires de soumettre des détails précis sur les coûts des médicaments, listant la proportion des coûts liés à la production – depuis les achats d’ingrédients actifs jusqu’à la formulation des médicaments à l’expédition. “Ce que l’Afrique du Sud a essayé de faire était d’avoir une idée du coût réel de fabrication du médicament et de ce que pourrait être une marge bénéficiaire raisonnable”, déclare Brenda Waning, coordonnatrice de 'Market Dynamics for UNITAID' (Dynamique du marché pour la Facilité internationale d’achat de médicaments – UNITAID), l’agence des Nations Unies qui finance l’achat de médicaments. “C’est un chiffre très difficile à révéler par les entreprises – c’est comme leur secret le mieux gardé”. L’appel d’offres autorise les firmes à faire une demande d’augmentation des prix des médicaments de la moitié de ceux fixés à l’appel d’offres, toutefois, elles devront justifier ces augmentations, mais le gouvernement n’a aucune obligation d’accepter ces hausses de prix proposées, ajoute-t-il. Possibilité d’une amélioration? En attendant, une revue trimestrielle des prix pour les ingrédients pharmaceutiques actifs dans les ARV, qui représentent jusqu’à 70 pour cent des coûts de certains médicaments, permettra au gouvernement d’identifier tout changement quelconque du coût de leur fabrication. Bien que le gouvernement puisse ensuite demander des réductions de prix auprès des fournisseurs de l’offre, il demeure incertain de savoir si les firmes seront obligées de réduire ces prix. Selon Vishal Brijlal, directeur de la CHAI en Afrique du Sud, les fournisseurs seront mandatés à baisser leurs prix. Jonathan Berger, un chercheur principal pour la Section 27 de l’Organisation sud-africaine des droits de l’Homme, n’est pas d’accord. “Ma compréhension est que le ministère dit qu’il existe une disposition pour renégocier les prix”, affirme Berger. “Mais il n’y a aucune obligation pour les firmes d’accepter cela. Cela n’a pas de sens – c’était le plus gros problème pour l’appel d’offres”. Le ministère de la Santé n’était pas disponible pour faire de commentaire. Pour Waning, la nouvelle adjudication de l’Afrique du Sud représente un changement dans le pouvoir d’achat international, loin des donateurs pour aller vers de gros acheteurs nationaux de médicaments essentiels comme l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, qui finance 60 pour cent de leur programme de traitement. “Puisque les pays assument plus de responsabilité pour le traitement des malades et que les bailleurs en font moins, les pays ont davantage beaucoup à dire concernant qui est qui en termes de fournisseurs de produits pharmaceutiques”, affirme-t-elle. L’énorme pouvoir d’achat de l’Afrique du Sud et sa grande part du marché mondial peuvent donner plus d’importance aux critiques de la société civile sur le manque de transparence dans l’appel d’offres. Dans une déclaration en décembre 2010, la Section 27 et le groupe de plaidoyer 'Treatment Action Campaign' (Campagne d’action pour un traitement – TAC) ont invité le gouvernement à détailler la manière dont les points ont été attribués aux appels d’offres futurs. “Nous ne savons pas comment les points ont été calculés… les concurrents ne peuvent pas dire si l’offre a été bien attribuée ou pas”, indique Berger. “D’autres concurrents ont le droit de savoir la manière dont les points ont été attribués et la raison de leur échec”. Ce que réserve l’avenir Mais la capacité de l’Afrique du Sud à négocier des médicaments moins chers, au cours de l’adjudication, ne s’appliquera probablement qu’à d’éventuelles économies sur des ARV plus récents tels que le tenofovir; là où des progrès concernant la formulation, la concurrence des génériques ou les économies d’échelle pourraient faire baisser les prix, selon Andy Gray, maître de conférence au département de gestion de la thérapeutique et des médicaments de l’Université de KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud. Il est peu probable que les prix des plus anciens médicaments, comme la stavudine, indiquent une baisse de plus d’un seul chiffre les années à venir ; et les prix de ces médicaments sont probablement descendus aussi bas qu’ils le peuvent, estime Brijlal. Alors que Waning prévient que la pression internationale en faveur des médicaments moins chers doit être pesée par rapport aux préoccupations relatives aux intérêts que les producteurs d’ARV perdront sur le marché, Gray affirme que la nature de la pandémie du SIDA continue de faire d’elle une entreprise attrayante pour des firmes – et ouvre la possibilité pour des avancées visant à réduire potentiellement les coûts. Comme le VIH continue de subir de mutation, les patients peuvent développer une résistance aux médicaments de première ligne et ils auront besoin de nouveaux régimes de traitements. “Même dans les marchés aux prix élevés comme les Etats-Unis, les patients demandent des régimes de rescousse à cause de la résistance et cela est encore suffisant pour maintenir certaines firmes dans la recherche et l’évolution”, explique Gray. “Ce qui facilite [l’attraction des firmes], c’est que, contrairement aux maladies comme l’hypertension, le VIH requiert un traitement à vie”. Bien que les progrès dans les ARV et sur les marchés puissent rendre moins coûteux l’accès des pays comme l’Afrique du Sud aux médicaments, Brijlal souligne que les pays qui se fournissent leurs propres ARV doivent faire leur recherche pour tourner à leur avantage de meilleurs prix; mais il admet que leur capacité demeure faible. “Avec les mouvements, au sein des donateurs, visant à afficher les prix des médicaments, il n’y aucune raison que les pays ne puissent pas être préparés lorsqu’ils négocient et c’est le plus puissant outil”, a ajouté Waning.

