ECONOMIE: L’Afrique du Sud se prépare à intégrer le groupe du BRIC

LE CAP, 29 jan (IPS) – L’inclusion de l’Afrique du Sud dans le groupe des puissantes économies émergentes, le BRIC, a suscité un débat intense: certains estiment qu’elle s’est rendu un mauvais service en essayant de traiter avec ceux qui la dépassent, et d’autres saluent l’admission comme une étape pour devenir un acteur plus important sur la scène mondiale.

L’Afrique du Sud a été officiellement invitée, fin décembre, à se joindre au Brésil, à la Russie, à l’Inde et à la Chine (BRIC) comme un membre à part entière du groupe, mais l’invitation est venue, sans surprise, de la Chine qui est devenue le plus grand partenaire commercial du pays. La décision a tardé à venir. L’Afrique du Sud a sans relâche fait pression sur le Forum du BRIC en vue de devenir un membre à part entière. Le président Jacob Zuma a poursuivi les efforts du gouvernement par des pourparlers avec les dirigeants du BRIC l’année dernière pour défendre le cas du pays. Mais la décision a été critiquée par des analystes et commentateurs, affirmant notamment que comme l’Afrique du Sud est une économie beaucoup plus petite que les quatre autres, et sera traitée comme un très petit partenaire. “C’est dégradant de devoir faire pression pour une adhésion. Cela aurait été différent si le pays avait été d’abord invité. L’Afrique du Sud jouera simplement les seconds rôles face à la Russie, au Brésil, à la Chine, et à l’Inde”, croit Mzukisi Qobo, chef de 'Emerging Powers and Global Challenges Programme' (Programme sur les puissances émergentes et les défis mondiaux) à l’Institut africain des affaires internationales. Le produit intérieur brut de 285 milliards de dollars du pays n’est rien, comparé à celui de la Russie ou de l’Inde, sans parler de celui du Brésil ou de la Chine. Sa population est beaucoup plus petite et sa croissance économique d’environ trois pour cent est une ombre pour les 10 pour cent de la Chine, les sept pour cent du Brésil et les huit pour cent de l’Inde. La croissance économique faible de l’Afrique du Sud et son marché limité ne répondent pas bien à l’intention originelle du BRIC, un concept créé par Jim O’ Neill de 'Goldman Sachs' en 2003 pour identifier les pays qui avaient des croissances économiques les plus rapides, gonflant les classes moyennes et les marchés prometteurs et qui ont le potentiel de dépasser le G7 comme des économies les plus performantes du monde d’ici à 2040. L’Indonésie, une économie de plus en plus puissante, a été récemment présentée comme un candidat plus méritant que l’Afrique du Sud – avec la Turquie, le Mexique, la Corée du Sud et le Nigeria considérées aussi comme en avance sur l’Afrique du Sud. O’ Neil aurait déclaré qu’il était opposé à l’admission du pays, en raison de sa petite taille et de son bilan économique non solide. La décision de faire intégrer l’Afrique du Sud semble être beaucoup plus politique qu’économique. Qobo croit que la position politique et le poids diplomatique du pays a beaucoup à voir avec son ascension dans le Forum. “Elle a fait d’importantes contributions aux questions de gouvernance mondiale et a joué un rôle très actif dans la reconstruction post-conflictuelle en Afrique. Sa voix a été claire et elle est considérée comme un intermédiaire loyal dans les relations internationales. Cela aurait sans doute une certaine influence”, explique Qobo. Bien que la plupart des analystes soient sceptiques par rapport à son ascension, certains pensent que c’est une incursion stratégique et intelligente de la part de l’Afrique du Sud. “C’est politiquement très astucieux et c’est ce dont l’Afrique du Sud a besoin pour pousser le pays dans le premier gradin des marchés émergents”, indique Martyn Davies, président directeur général de 'Frontier Advisory Services'. Plus important encore, il croit que cela pourrait être une motivation pour les 15 pays membres de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe). “Des pays comme l’Indonésie, le Mexique, la Corée du Sud et le Vietnam étaient devant nous sur la liste. Ce qu’ils n’ont pas, c’est une économie d’arrière-pays de 250 millions d’habitants en Afrique. Si nous pouvons faire du commerce en toute confiance dans notre région comme un marché intégré pour les pays du BRIC, alors c’est exactement ce dont nous avons besoin”. Le directeur général de 'Old Mutual' pour l’Afrique du Sud et les marchés des pays en développement, Kuseni Dlamini, a également soutenu le BRICS, estimant qu’il y a des raisons impérieuses à ce que le pays joue davantage un rôle dans les affaires internationales et encourage l’investissement sur le continent. “Ceci devrait renforcer le positionnement de l’Afrique du Sud dans un monde de plus en plus globalisé et plus concurrentiel. Rejoindre le BRIC peut et ouvrira l’investissement et des opportunités de marché pour des firmes sud-africaines qui sont en train d’agrandir et d’étendre leur empreinte en mer”, a-t-il déclaré à IPS. Les statistiques du Fonds monétaire international indiquent que l’économie de l’Afrique sub-saharienne s’est accrue de 322 milliards de dollars en 2000 à 931 milliards de dollars en 2008. La Chine s’est énormément introduite dans le continent, devenant le plus grand partenaire commercial de l’Afrique en 2009 et renversant, dans la plupart des cas, les positions commerciales traditionnelles des pays de l’Union européenne en Afrique. Mais des analystes politiques et des économistes estiment que le pays serait beaucoup mieux placé pour consolider sa position dans l’IBSA qui est composé de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud. “L’IBSA est beaucoup plus significatif que le BRIC, qui est un club de diplomates et de politiciens”, affirme Qobo. L’IBSA implique un ensemble de ministères du gouvernement, intégrant le commerce, l’industrie, la science et la technologie, l’éducation, et le transport. Elle a aussi un secteur privé, une société civile et des instances universitaires de valeur. Qobo a ajouté également que “les pays membres de l’IBSA ont des valeurs partagées; ils ont exprimé un calendrier très clair et ils ont très bien travaillé ensemble dans les négociations commerciales multilatérales”. En revanche, il croit que la mise en place du BRICS est une chose difficile, avec des tensions entre les pays membres du BRIC. “Ces pays n’ont pas de concepts clairement pensés pour donner un sens au changement de l’environnement. Ils partagent beaucoup moins de choses que le groupe IBSA. Elle pouvait refuser de se joindre au BRIC. L’Afrique du Sud s’impatiente d’avoir de l’importance, de l’affirmation et de faire partie d’une plaque centrale mondiale, mais elle s’y prend mal”. Qobo souligne que le pays devrait plutôt s’en tenir à l’accord testé de l’IBSA et se focaliser sur ses relations bilatérales avec les pays où les opportunités commerciales significatives sont déverrouillées. “Il n’y a rien pour remplacer les relations bilatérales”. Le président Zuma se mesurera contre ses homologues du BRIC lors du troisième sommet des dirigeants du BRICS en Chine cette année. Et bon nombre, sur le continent africain, suivront de près pour voir comment le pays laissera sa marque dans le Forum.