KENYA: Deux nouvelles variétés de légumes sur le marché alimentaire

NAIROBI, 11 jan (IPS) – L’agriculture demeure l’une des plus importantes activités économiques au Kenya. Elle représente plus de 24 pour cent du produit intérieur brut, avec 70 pour cent environ de la production totale qui provient des petits agriculteurs possédant généralement deux à cinq hectares de terre, selon la région.

Mais malgré des taux de croissance économique encourageants au cours de la dernière décennie, le Kenya continue de faire face à d’importants défis dans la réalisation de l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD) 1 relatif à l’élimination de l’extrême pauvreté et de la faim.

Différents rapports du gouvernement montrent que plus de 50 pour cent des enfants de moins de cinq ans souffrent d’insuffisance de poids et/ou de retard de croissance.

“Bien que la situation puisse sembler sombre, le gouvernement a, à la suite des innovations accomplies par des chercheurs, essayé à diverses reprises d’améliorer le secteur agricole, surtout dans le domaine de l’horticulture”, explique Naomi Chepkorir, un agent agricole de la région de la vallée de Rift – le grenier du Kenya.

Selon le Document sur la politique de l’industrie horticole, les résultats de l’accélération de la croissance de la production horticole doivent intégrer les aspects tels que l’allègement de la pauvreté et l’amélioration de la sécurité alimentaire.

“Concernant la production de légume, le gouvernement est en train de travailler en étroite collaboration avec des chercheurs non seulement pour améliorer la qualité des légumes, mais aussi pour diversifier la variété”, souligne Catherine Kuria, une petite agricultrice de Kinale, au centre du Kenya.

Des experts agricoles ont confirmé que le meilleur chou frisé de tout le pays provient de Kinale, dans la province du centre.

Le chou frisé est aussi communément connu sous l’appellation de “sakuma wiki”, un nom qui, approximativement traduit, signifie qu’il peut soutenir la population durant toute une semaine parce que très accessible, notamment pour ceux qui gagnent un dollar et moins par jour. C’est donc le seul légume le plus populaire et le plus disponible.

“Malgré leur popularité, les variétés de chou frisé disponibles pour les agriculteurs sont généralement de mauvaise qualité; elles cèdent facilement aux maladies et leur rendement est également faible”, explique Catherine Kuria.

Environ 90 pour cent des ménages kenyans cultivent des légumes, avec le chou frisé qui représente la production la plus élevée.

Dans le but d’améliorer la sécurité alimentaire et, partant, alléger la pauvreté faim, les Kenyans peuvent maintenant bénéficier de nouvelles variétés de chou frisé plus productives et peuvent mieux faire face aux changements climatiques imprévisibles à travers le pays.

En mai 2010, la 'Kenya National Variety Release Committee' (la Commission nationale de distribution de variété du Kenya) a autorisé la sortie de deux variétés de semence améliorée de chou frisé, qui ont été publiées par le ministère de l’Agriculture, tel que stipulé dans la Loi sur les variétés végétales et de semences du Kenya.

Trois variétés supplémentaires seront distribuées sur le marché une fois qu’elles seront définitivement approuvées. Ceci est le résultat d’un projet de production massive de semence financé par le bureau Afrique du Centre international pour l’agriculture et les sciences biologiques (CABI) qui est une organisation scientifique spécialisée dans l’agriculture.

“La production massive de semence est une stratégie novatrice pour accroître l’accès aux variétés de semence fiables, à un prix abordable, notamment pour les petits agriculteurs qui n’auront peut-être pas les ressources pouvant permettre d’acheter les semences hybrides coûteuses”, souligne Chepkorir. “C’est également un moyen d’autonomiser les ménages pauvres qui dépendent directement de l’agriculture de subsistance.

Les nouvelles variétés sont une amélioration de la semence de chou frisé qui est déjà sur le marché et qui y existe depuis de nombreuses années”. Cette innovation est une évolution importante par rapport à la déclaration des Nations Unies selon laquelle 2010 devrait être une année internationale de la biodiversité, qui signifie fondamentalement la diversification animale et végétale et un concept qui sous-tend l’agriculture.

L’autorisation des nouvelles variétés de chou frisé est également en phase avec le programme du gouvernement surnommé 'Njaa Marufuku Kenya' qui signifie fondamentalement l’élimination de la faim au Kenya. Ce programme soutient des initiatives de développement agricole en faveur des régions rurales pauvres, où 60 pour cent environ de gens vivent avec moins d’un dollar par jour.

Depuis l’approbation des nouvelles variétés de chou frisé, les agriculteurs, notamment ceux qui viennent du centre du Kenya où le chou frisé est cultivé en abondance, parlent en faveur de l’innovation.

Alice Itoti, originaire du centre du Kenya, est l’une des agricultrices impliquées dans le processus cultural et d’analyse de ces nouvelles variétés. “Je cultive les légumes depuis 10 ans et j’ai remarqué une énorme différence entre l’ancienne variété de chou frisé et la nouvelle. Les nouvelles variétés ont des feuilles plus larges et sont d’une qualité nettement supérieure”, déclare-t-elle.

“Elles donnent également un meilleur rendement qui est favorable pour le commerce. La plupart de mes consommateurs, qui ont goûté à l’ancienne et à la nouvelle variété, préfèrent la dernière”.

Pendant que le pays est aux prises avec l’insécurité alimentaire, avec une forte proportion de la population qui dépend fortement de l’agriculture pour les cultures vivrières et de rente à la fois, des stratégies novatrices de diversification peuvent être intégrées à la solution visant l’amélioration des options alimentaires et, par conséquent, contribuer à l’élimination de l’extrême pauvreté et de la faim.