CANCÚN, Mexique, 12 jan (IPS) – Si le succès se mesure en retardant les décisions difficiles, alors la rencontre de Cancún sur le climat a réussi en renvoyant les questions cruciales sur le financement et les nouveaux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à la prochaine réunion de la Conférence des parties (CdP) à la fin de 2011 à Durban, en Afrique du Sud.
Les négociations internationales pour lutter contre les changements climatiques ont évolué à un rythme glacial dans l’hôtel climatisé de 'Moon Palace Resort' à Cancún. Après deux longues semaines, de négociations, les discussions finales ont traîné dans les premières heures de la dernière journée, jusqu'à ce que les applaudissements et acclamations de plus de 190 délégations nationales saluent l'annonce de la présidente de la rencontre, Patricia Espinosa, la ministre mexicaine des Affaires étrangères, d'un “consensus sans la Bolivie”. “Le texte de Cancún est une victoire dérisoire et fausse qui a été imposée sans consensus”, a déclaré la Bolivie dans un communiqué final. Scientifiquement, la Bolivie n'a pas tort. L'Organisation météorologique mondiale a annoncé, dans la première semaine de décembre, que la décennie se terminera comme étant la période de 10 ans la plus chaude enregistrée. Les plus de 100 pages qui forment les “Accords de Cancún” ne feront rien pour réduire les émissions de gaz à effet de serre qui réchauffent la planète, mais ont relancé le processus de négociation des Nations Unies sur le climat après sa mort imminente à Copenhague en 2010. La plupart ont quitté Cancún croyant que cet accord ouvre la voie à un accord important à la 17ème CdP de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à Durban en décembre 2011. “Les gouvernements ont donné un signal clair qu'ils se dirigent ensemble vers un avenir à faibles émissions”, a indiqué la secrétaire exécutive de la CCNUCC, Christiana Figueres. Les Accords de Cancún représentent “la fondation essentielle sur laquelle bâtir une ambition collective plus grande”. Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace a déclaré: “Je ne peux pas être en désaccord avec la Bolivie selon qui, scientifiquement, cet accord, tel qu'il se présente, signifie quatre degrés Celsius de réchauffement”. “C'est pitoyable que la communauté mondiale lutte tant juste pour franchir une barre aussi basse. Notre seul vrai espoir est de mobiliser un mouvement climatique à grande échelle impliquant tous les secteurs du public et de la société civile avant Durban”, a commenté Naidoo, dont la ville natale est Durban. Un accord formel a été conclu, selon lequel les réductions des émissions devaient être en phase avec la science – 25 à 40 pour cent de réduction d'ici à 2020 – et l'objectif de l’augmentation de la température mondiale devrait être maintenu en dessous de deux degrés C plutôt qu’à deux degrés C comme indiqué dans l'Accord de Copenhague. Toutefois, le Japon, le Canada, les Etats-Unis et la Russie ont avec succès sapé tout accord contraignant sur la façon d'atteindre ces objectifs en exerçant des pressions visant à abandonner le Protocole de Kyoto et à le remplacer par un engagement faible et un système de révision tel que proposé dans l'Accord de Copenhague, selon les Amis de la Terre International (FOEI). Les engagements actuels, conformément à l'accord, se traduisent par des augmentations de la température mondiale de trois à cinq degrés C, selon la plupart des analyses. “L'accord conclu ici est totalement inadéquat et pourrait conduire à des changements climatiques catastrophiques”, a affirmé Nnimmo Bassey, président de FOEI. Bassey est le lauréat de cette année de 'Right Livelihood Award' – le 'Prix Nobel alternatif' – pour “avoir révélé tous les horreurs écologiques et humains de la production de pétrole” au Nigeria, son pays d'origine. Bassey a estime que les pays développés doivent réduire leurs émissions de 40 pour cent en vertu d'une nouvelle période d'engagement du Protocole de Kyoto avec des engagements juridiquement contraignants. L'engagement actuel de Kyoto pour réduire les émissions de cinq pour cent par rapport aux niveaux de 1990 prend fin en 2012. La plupart des pays développés sont en train d’atteindre cet objectif, à l'exception notable du Canada, dont les émissions ont atteint 30 pour cent. Un Fonds mondial pour le climat a été également convenu avec un engagement de 100 milliards de dollars d'ici à 2020, et un réengagement de 35 milliards de dollars d'ici à 2012 pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions et s'adapter aux effets des changements climatiques. Le fonds sera géré par un conseil avec une représentation équitable des pays développés et des pays en développement, avec le financement effectué à travers la Banque mondiale pendant les trois premières années. La protection des forêts tropicales peut avoir été la grande avancée sortant de Cancún. Les délégués ont adopté une décision qui établit un processus à trois phases pour les pays tropicaux afin de réduire la déforestation et recevoir une indemnité des pays développés, et elle comprend des protections pour les populations forestières et la biodiversité. La déforestation contribue actuellement pour 15 à 20 pour cent aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais, beaucoup de travail reste à faire pour renforcer les garanties et travailler sur les détails d'un nouvel instrument financier appelé Réduction des émissions résultant de la déforestation et de la dégradation (REDD). La REDD demeure très controversée. Elle est largement présentée comme un moyen de mobiliser 10 à 30 milliards de dollars annuellement pour protéger les forêts en vendant des crédits de carbone aux industries pour compenser les réductions des émissions. Beaucoup de groupes indigènes et de la société civile rejettent complètement la REDD si elle permet aux pays développés d'éviter de véritables réductions des émissions en compensant leurs émissions. “Nous rejetons de fausses solutions comme les mécanismes du marché de carbone de la REDD”, a déclaré Tom Goldtooth, directeur exécutif de 'Indigenous Environmental Network'. La REDD représente une nouvelle série de droits de propriété négociables fondés sur les arbres et d'autres services environnementaux, a confié Goldtooth dans un entretien. “Si nous voulons sauver le climat, nous devons nous concentrer sur de véritables solutions qui garantissent que les forêts ne seront pas détruites et que les droits des personnes sont respectés”, a-t-il indiqué.

