WINDHOEK, 10 jan (IPS) – Vingt ans après l’indépendance (1990), la représentation des femmes dans les hautes institutions gouvernementales et au parlement est en baisse en Namibie.
Selon les résultats de la dernière enquête démographique d’août 2010, les femmes dépassent les hommes dans une proportion de 10 pour neuf, sur une population d’environ deux millions d’habitants. En 2001, le ratio était de 94 hommes pour 100 femmes.
En 2010, la Namibie a reformé sa politique nationale sur le genre en phase avec les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies et sa propre politique nationale de développement, Vision 2030, répartie en plans de développement quinquennaux. Elle intègre l’augmentation des femmes dans les postes de prise de décisions au niveau du gouvernement, du secteur privé, des groupes religieux et des institutions communautaires.
Cependant, après les élections nationales de novembre 2009, la représentation des femmes au parlement a baissé de 30,8 pour cent à 20 pour cent. Seize femmes seulement sont députées actuellement à l’Assemblée nationale qui compte 72 sièges élus.
Quinze parmi les femmes du parlement proviennent du parti au pouvoir, l’Organisation du peuple du sud-ouest africain (SWAPO), dont cinq ministres et quatre députées. Seules deux femmes députées appartiennent aux partis de l’opposition. La vice-présidence est occupée par une femme. La représentation des femmes au gouvernement est de 22,7 pour cent. La Namibie a ratifié en 2009 le Protocole de 2008 sur le genre et le développement du bloc régional de 15 membres, mais seuls six autres Etats ont emboîté le pas.
Alors que la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) avait déjà comme objectif 30 pour cent de femmes dans les postes de prise de décisions en 2005, le protocole de 2008 fait des efforts pour atteindre 50 pour cent de femmes dans de pareils postes dans le secteur public et privé d’ici à 2015. Cet objectif est conforme à celui de l’Union africaine (UA). Avec le rythme lent actuel de la progression de genre dans l’arène politique, il se peut que la SADC n’atteigne pas ce but en cinq ans.
Le protocole n’entrera en vigueur que lorsque deux-tiers de tous les pays concernés le ratifieront. L’Angola, le Lesotho, le Mozambique, les Seychelles, la Tanzanie et le Zimbabwe ont déposé les instruments de ratification auprès du secrétariat de la SADC, alors que la République démocratique du Congo et l’Afrique du Sud ont presque achevé le processus.
Au sommet annuel de la SADC tenu dans la capitale namibienne, Windhoek, en août 2010, le communiqué publié à la fin a indiqué que les chefs d’Etat avaient noté par rapport au protocole sur le genre “que la situation globale a généralement varié du fait que certains Etats membres enregistré une amélioration tandis que d’autres sont en train de régresser. Le sommet exhorte les Etats membres à ratifier et à appliquer le protocole”.
Jo-Ann Coetzee, une assistante de projet sur le genre à 'Women's Leadership Centre' (Centre pour le leadership des femmes), veut qu’on fasse davantage. “Je pense qu’en Namibie ici, on n’a pas encore accordé aux femmes la valeur qu’elles méritent. Nous sommes encore négligées et considérées comme étant sans importance”, affirme-t-elle.
La ministre de l’Egalité de genre et du Bien-être de l’Enfant, Doreen Sioka, veut une application rapide du protocole sur le genre. “Notre pays a bien commencé, mais la représentation de ses femmes au parlement a baissé à 20 pour cent. Je suis optimiste que nous pouvons encore atteindre l’objectif de 50 pour cent de représentation féminine au parlement et dans les autres institutions publiques en 2015” – la période de la tenue des prochaines élections nationales en Namibie.
Le Conseil des femmes du parti au pouvoir a déjà exigé une représentation 50/50 dans la hiérarchie du parti comme le politburo et son comité central en 2012 – la date du prochain congrès de la SWAPO.
Même le président de la Namibie, Hifikepunye Pohamba, a été déçu par la sous-représentation des femmes sur la liste de son parti, la SWAPO, aux élections des autorités régionales et locales de novembre 2010.
Veronica de Klerk, directrice exécutive de l’organisation locale 'Women's Action for Development' (WAD – Action des femmes pour le développement), considère la baisse de la représentation des femmes comme conséquence de la faible proportion de femmes candidates sur la liste des partis politiques. “Il devrait être obligatoire pour tous les partis d’introduire un système d’alternance entre femmes et hommes sur les listes des partis, signifiant un partage de 50/50 ou liste zèbre”, déclare De Klerk.
Dans le gouvernement namibien, les ministres de la Justice, des Finances, de l’Egalité de genre et du Bien-être de l’Enfant, des Affaires intérieures, de l’Environnement et du Tourisme, sont des femmes et quatre autres sont des vice-ministres des portefeuilles de la santé, de la défense, de l’égalité de genre et du développement régional.
Mais se sont-elles fait une réputation? La ministre des Finances, Saara Kuugongelwa Amadhila-Kuugongelwa, qui a été nommée en 2003, a considérablement réduit la dette nationale et le déficit budgétaire pendant l’exercice de son mandat. Le régime fiscal a été aussi révisé et la Loi sur les renseignements financiers a été élaborée et promulguée pour contenir le blanchiment d’argent et la fraude. Dianne Hubbard du projet de recherche et de plaidoyer sur le genre au Centre d’assistance juridique en Namibie, pense que les principales lois ont été votées depuis l’indépendance il y a 20 ans.
La Loi sur les autorités locales de 1992 exige au moins 30 pour cent de femmes sur la liste des candidats de chaque parti aux élections locales. “Cette loi a très bien fonctionné, avec plus de 42 pour cent des membres du conseil municipal qui sont des femmes”, indique Hubbard.
Les conseils régionaux, où il n’y a aucune obligation légale en faveur de la discrimination positive, comprennent seulement 11 pour cent environ de femmes.
La Loi sur les autorités traditionnelles de 1995 exige aussi des autorités traditionnelles de promouvoir les femmes aux postes de leadership, souligne Hubbard.
La Loi relative à la lutte contre la violence domestique de 2003 est le résultat d’un plaidoyer fort de la part des groupes de femmes. Environ 250 personnes ont exigé une loi sur cette question à l’ouverture du parlement en 2003. “Pour aider à la mise en application de ces lois, la Namibie a créé 16 organes de protection des femmes et de l’enfant qui couvrent toutes les régions de la Namibie”, note-t-elle.
Avant l’indépendance, les femmes mariées en Namibie n’étaient pas autorisées à acheter ou à vendre leur propre propriété, à enregistrer leur terre en leurs propres noms, à contracter un prêt ou à être directrice de société ou administratrice, sans le consentement de leurs maris.
La Loi sur l’égalité des personnes mariées a changé cela en 1996 et les épouses ont maintenant les mêmes droits que leurs maris.

