EAU: Les premières pluies ravivent l’intérêt pour la collecte de l’eau de pluie

BULAWAYO, Zimbabwe, 4 jan (IPS) – Dans la cour de Thembekie Gwebu, sous les feuilles du toit, se trouve un étrange récipient géant en plastique, de couleur verte, avec un tuyau en plastique relié à la gouttière. Des visiteurs et des passants curieux lui demandaient souvent ce à quoi servait ce dispositif et elle leur répondait toujours avec joie.

Gwebu, une veuve de 60 ans environ, utilise le récipient pour recueillir l’eau de pluie.

A un moment où la municipalité de Bulawayo a introduit l’évacuation de l’eau dans le cadre des efforts de longue date visant à conserver l’eau en disparition dans les barrages d’approvisionnement, l’arrivée de l’eau dans cette ville – traditionnellement caractérisée par une faible pluviosité – a été accueillie par les habitants tels que Gwebu comme l’occasion d’utiliser l’eau de pluie recueillie pour leurs besoins quotidiens.

“Cela aide au moment où il y a rationnement de l’eau”, déclare Gwebu. Même quand il y a de l’eau courante au robinet, l’eau de pluie recueillie est utile dans la réduction de l’eau fournie par le conseil et pour laquelle elle paierait au contraire.

Gwebu fait partie du nombre croissant des résidents de cette ville de plus de deux millions d’habitants, qui ont redécouvert l’ancienne méthode de conservation de l’eau à travers la collecte de l’eau de pluie pour l’usage domestique, alors que, dans le passé, beaucoup avaient relégué cela aux communautés rurales.

Cependant, les difficultés persistantes en eau dans cette ville ont éveillé ici l’attention de beaucoup d’habitants sur la manière dont cette ressource naturellement disponible peut être aménagée et exploitée. “J’utilise l’eau de pluie que j’ai recueillie pour la boisson, la cuisine, la lessive et la toilette aussi”, a déclaré Gwebu, ajoutant que l’eau stockée dans la citerne de 2.500 litres peut durer jusqu’à un mois chez elle.

Non seulement cela économise l’eau que la municipalité fournit à partir des barrages d’approvisionnement mais elle s’évite aussi de payer la facture pour le mois.

La collecte de l’eau de pluie est de plus en plus encouragée à travers la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), comme une fourniture alternative d’eau potable propre à une période où certaines communautés n’arrivent pas à exploiter suffisamment les eaux souterraines au milieu des préoccupations relatives à la contamination et à la pollution.

Ces systèmes de captage d’eau de pluie des ménages ont été salués par la division de l’eau de la SADC, puisque l’eau de pluie recueillie à partir des toits ne nécessite pas de traitement avant la consommation et que ces systèmes sont aussi un moyen d’atténuer les effets des longues périodes de sécheresse dans les villes comme Bulawayo.

“J’étais récemment à Maun, au Botswana et j’ai été impressionnée par le niveau d’utilisation de l’eau de pluie”, a déclaré Barbra Lopi, chargée des communications et évènements dans le projet de gestion des eaux souterraines et de la sécheresse de la SADC. “Presque tous les ménages et les écoles ont une installation de collecte d’eau de pluie et l’eau collectée est utilisée pour le jardinage, les toilettes et la lessive”, a-t-elle déclaré.

Le projet de gestion des eaux souterraines et de la sécheresse de la SADC indique que 70 pour cent de personnes au maximum dépendent des eaux souterraines, mais que le changement vers la collecte de l’eau de pluie assurera une meilleure durabilité puisque cette ressource ne diminue pas en fonction de la baisse du niveau des nappes phréatiques.

L’intérêt pour la collecte d’eau de pluie est aussi crucial pour assurer que les pays qui ont eu du mal à fournir un accès suffisant à l’eau potable réalisent l’Objectif du millénaire pour le développement numéro 7 – qui vise à fournir l’eau potable et l’assainissement d’ici à 2015.

L’ONG (Organisation non gouvernementale) Plan Action indique que la collecte de l’eau de pluie dans les régions à faible pluviosité du sud du Zimbabwe – ayant amené Bulawayo à améliorer les moyens d’existence par des récoltes améliorées – a permis aux ménages de renverser la menace de l’insécurité alimentaire.

“Même pour les régions comme la zone urbaine de Bulawayo, la collecte de l’eau de pluie a été un succès en assurant que les ménages puissent stocker l’eau supplémentaire très nécessaire, même lorsque les pluies sont faibles”, a déclaré Gilbert Nyoni, un agent de terrain à Plan Action. “Les gens ont besoin de récipients qui puissent conserver l’eau pour une longue utilisation”, a déclaré Sibanda.

Alors que quelques résidents comme Gwebu ont bénéficié d’énormes citernes données par 'World Vision' en association avec l’Agence suédoise de développement international (SIDA), d’autres comme Sithembeni Dube utilisent des récipients de fortune pour recueillir l’eau de pluie.

“J’utilise ces récipients et bidons et c’est pénible pour moi quand il y a trop de pluie et je ne réussis pas à capter l’eau”, a déclaré Dube, exprimant un sentiment commun au sein des habitants là-bas, qui ont redécouvert les avantages de la collecte de l’eau de pluie.

Dans les années 1990, le Conseil des églises du Zimbabwe a mis en place le programme de collecte d’eau de pluie à Bulawayo après avoir réalisé que même avec plus de forages dans cette ville aride, ces derniers ne seraient qu’une canalisation au-dessus de la nappe d’eau et qu’ils demanderaient aussi un entretien constant.

Et aujourd’hui, avec la prise de conscience croissante au sein des ménages, cela pourrait être ce que le docteur a prescrit pendant que les pluies continuent de s’abattre sur la ville, quoique de façon intermittente.

“Cela a été particulièrement utile pour les groupes vulnérables comme les personnes âgées, qui manquent de ressources pour payer l’eau fournie par le conseil”, a déclaré le pasteur James Choruma qui travaille dans les initiatives de mise en œuvre du développement durable à la base, à Bulawayo.

“Je pense que ce qui est important est que cet intérêt pour la collecte d’eau profitera aux habitants qui ont appris à vivre avec des coupures d’eau et des égouts éclatés; donc, s’ils peuvent emmagasiner autant d’eau qu’ils peuvent, cela signifie qu’ils ont de l’eau pour rincer leurs toilettes”, a déclaré Choruma.

Le département de géographie et des sciences de l’environnement de l’Université du Zimbabwe indique qu’il est assez facile pour les habitants d’adopter les technologies de collecte d’eau de pluie puisque ces dernières sont moins chères et que cela peut durer dans le but d’améliorer la gestion environnementale au sein des communautés pauvres.

Cela peut aussi, selon le département, aider à la réanimation des zones humides. En attendant, pour Gwebu, la collecte de l’eau de pluie est un avantage qui, espère-t-elle, lui donnera assez d’eau à boire pendant que d’autres résidents vont directement au niveau des forages encombrés de la municipalité, qui sont disposés un peu partout à travers Bulawayo lorsque les robinets sont à sec.