DROITS-AFRIQUE DE L'EST: Un Nombre Croissant d'Enfants Au Travail

NAIROBI, 8 déc. (IPS) – Chaque matin, Beldine Nakaisa, 9 ans, se
lève à 5
heures pour préparer le petit déjeuner à sa famille adoptive
dans une
banlieue animée de Nairobi.

Après le petit déjeuner, elle apprête les enfants âgés de sept
et quatre ans
et les accompagne à l'arrêt de bus qui se trouve à quelques
mètres de chez
eux, avant de retourner à la maison pour continuer ses travaux
domestiques.
Tout en accomplissant ses travaux ardus et toujours plus
épuisants, Nakaisa
garde la benjamine de la famille attachée au dos. "On m'a dit
de la porter
au dos lorsqu'il pleut afin que ses chaussures ne se salissent
pas",
dit-elle.
Nakaisa est l'un des trois millions de jeunes enfants au Kénya
qui
travaillent souvent dans des conditions dangereuses et qui
gagnent très peu
d'argent. Ces enfants sont surtout employés dans des industries
d'exportation telles que les industries textiles, de vêtements
et de
chaussures. Ils travaillent aussi dans les plantations de café
et de thé.
"En outre, des millions d'autres enfants travaillent dur dans
des maisons
privées, c'est la forme la plus répandue d'exploitation des
enfants et leur
nombre augmente de façon alarmante", fait remarquer Mary Mbeo
de
l'Organisation Internationale du Travail (OIT) à Nairobi, la
capitale kényane.
L'OIT a organisé un atelier à Nairobi la semaine dernière pour
chercher les
moyens de réduire les nombreux cas de travail des enfants en
Afrique de l'Est.
Mbeo, qui est aussi la coordonnatrice du Programme International
d'Elimination du Travail des Enfants, rapporte qu'il y a eu des
preuves
inquiétantes de sévices physique, mental et sexuel des jeunes
filles
employées dans les maisons.
"Ces enfants travaillent pendant de longues heures dans la
servitude. Cela
provoque la carence affective, la régression, la vieillesse
prématurée qui
entraîne chez les victimes la dépression et un faible amour-
propre",
explique-t-elle.
Les efforts visant à réduire le nombre croissant des cas de
mauvais
traitement dans les ménages, ont été entravés parce que les
enfants
travaillent dans des maisons privées où ils sont inaccessibles
aux
administrateurs du travail, commente Mbeo.
L'OIT a attribué le nombre croissant d'enfants travailleurs en
Afrique à la
pauvreté. En Afrique, les enfants travailleurs passeront de 80
millions
(nombre actuel) à plus de 1000 millions d'ici l'an 2015 parce
que la
pauvreté continue de les obliger à interrompre leurs études,
révèle
l'Organisation.
Un rapport de l'OIT parvenu au bureau de IPS cette semaine
indique que "la
pauvreté, la croissance rapide de la population, la
détérioration des
conditions de vie et l'incapacité des gouvernements africains à
assurer une
éducation décente à tous les enfants scolarisés, demeurent la
principale
cause du phénomène en Afrique".
A en croire l'Organisation, l'Afrique compte le plus grand
nombre d'enfants
travailleurs, car environ 41 pour cent de tous ces enfants âgés
d5 à 14
ans, travaillent. L'Asie vient en deuxième position avec 21 pour
cent.
L'Amérique latine suit avec 17 pour cent.
En Afrique, le Mali a le plus haut pourcentage d'enfants
travailleurs (54%).
Viennent ensuite le Burkina Faso (51,1%), le Burundi (49%),
l'Ouganda
(45,3%) et le Niger (45,2%). Le Kénya est sixième avec 41,3%.
Près de la moitié des trois millions d'enfants qui travaillent
au Kenya,
sont employés dans l'industrie de la pêche. Dans la province
centrale, 60
pour cent des manuvres des plantations de café, sont des
enfants.
"Une action préventive en faveur des enfants exposés aux
conditions de
travail dangereuses est cruciale, vu les degrés de pauvreté,
d'accroissement
de la population et de scolarisation qui indiquent que le nombre
potentiel
d'enfants travailleurs augmentera certainement au cours des dix
prochaines
années au Kenya", annonce Geir Myrstad, principal conseiller
technique de
l'OIT. Myrstad estime que l'agriculture, le tourisme et le
travail
domestique contribuent à la forte exploitation des enfants.
Lee Muthoga, le Président du Réseau Africain de Prévention et de
Protection
contre l'Exploitation et la Négligence des Enfants (ANPPCAN),
pense que le
Kénya n'a pas d'infrastructure légale appropriée en matière de
travail des
enfants.
"Les lois sont obsolètes et nécessitent une réforme", dit-il.
Il suggère
que "les partenariats et les alliances soient promus entre les
législateurs, le système judiciaire, les membres de la
profession juridique,
la police, les responsables religieux et les syndicats, afin
qu'ils adoptent
des lois protégeant les droits de l'enfant".
Muthoga signale que la scolarisation est en baisse au Kénya,
alors que le
taux de déscolarisation est en hausse. "Nous avons le choix
entre investir
dans l'éducation des enfants aujourd'hui ou attendre pour
investir demain
dans le développement et la gestion des prisons, la construction
des
cimetières, le contrôle des émeutes, la détection des crimes, le
contrôle de
la sécurité et la réparation de nos infrastructures".
Etaient présents à l'atelier, des participants venus du Kénya,
de l'Ouganda
et de la Tanzanie, qui ont exhorté leurs gouvernements à
combattre le
travail des enfants. Ils ont aussi fait un certain nombre de
propositions
dont l'éducation obligatoire, la mobilisation communautaire et
la promotion
d'une croissance économique axée sur les groupes les plus
désavantagés.
Ils ont également convenu de lutter contre les formes extrêmes
de travail
des enfants et de les réhabiliter par le biais de la coopération
mutuelle et
de l'assistance entre les Etats membres. Ils ont préconisé des
sanctions
pour assurer le respect de ces mesures.
"L'accent devrait être mis sur les mesures préventives, la
réduction des
effets néfastes et les programmes efficaces de réhabilitation
des enfants
soustraits aux conditions dangereuses de travail", préconise
Kathini
Maloba-Cranes de l'Union Internationale pour l'Alimentation.
Bien que la plupart des pays aient ratifié des traités de lutte
contre le
travail des enfants, peu d'entre eux les ont appliqués",
renchérit
Maloba-Cranes dont l'institution, qui est basée à Nairobi, a
participé à
l'organisation de l'atelier.