ZIMBABWE: Un grand marché, de plus grands défis pour les agriculteurs de Matabeleland

BULAWAYO, 17 sep (IPS) – La plupart des fruits et légumes vendus à Bulawayo sont importés de l’Afrique du Sud parce que les agriculteurs des environs immédiats de la seconde ville du Zimbabwe ne peuvent pas satisfaire à la demande. Par conséquent, les habitants de cette région paient des prix élevés.

Il y a 10 ans, la plupart des produits frais de Bulawayo venaient encore des fermes des régions de Nyamandlovu, d’Umguza et d’Esigodini aux environs de la ville, mais ce n’est plus le cas. Un million de consommateurs dans la seconde plus grande ville du Zimbabwe paient aujourd’hui des prix élevés pour un fruit importé au sud de la frontière.

Certains agriculteurs ayant produit auparavant pour le marché de Bulawayo ont été chassés de leurs fermes, d’autres ont réduit la production suite au programme de redistribution des terres. Ceux qui cultivent encore citent également le coût élevé de l’emprunt pour financer l’augmentation de la production et maintenir les infrastructures et le matériel agricoles.

“Le marché de Bulawayo n’a pas de légumes et les prix que vous obtenez ici sont trop bons pour être vrais”, a déclaré l’agriculteur Innocent Sibanda à IPS. “Un cageot de tomates se vend à six ou sept dollars à Bulawayo et vous avez des gens qui parcourent tout le chemin jusqu’à Harare pour acheter des tomates à cinq dollars le cageot pour les revendre à Bulawayo parce que les prix sont meilleurs”.

Sibanda loue une ferme de 25 hectares dans les banlieues de Bulawayo où il cultive des oignons, des tomates et des choux à vendre à Bulawayo et aux chutes Victoria. Il s’est plaint de devoir réduire la zone qu’il a cultivée avec des légumes vers la fin de 2009 à cause des défaillances fréquentes des forages vieillissants dans sa ferme.

Un grossiste de Bulawayo, Marko Masuku, a déclaré à IPS qu’il avait l’habitude de s’approvisionner en fruits et en légumes à Bulawayo et ses environs mais qu’il importe maintenant directement de l’Afrique du Sud par la route parce que les producteurs locaux n’ont pas une offre suffisante.

“Nous importons par semaine environs 30 tonnes de fruits et de légumes [de l’Afrique du Sud] à Bulawayo puisque nous ne pouvons obtenir des quantités suffisantes au niveau local”, a déclaré Masuku.

Un groupe de nouveaux agriculteurs à 250 kilomètres au sud de Bulawayo, dans le district de Gwanda, jouissent des avantages d’une nouvelle infrastructure d’irrigation. Ils ont très envie de commencer à approvisionner ce grand marché, mais jusqu’à présent, ils sont empêchés par le manque d’un transport fiable et par l’incapacité à garantir aux détaillants de grandes quantités.

Les agriculteurs de Gwanda sont membres de 'Madema Irrigation Scheme' (projet d’irrigation de Madema), établi en 2007. 'Pro Africa', une organisation locale de développement, a aidé 57 membres à construire un système d’irrigation alimenté par un barrage existant. Les agriculteurs cultivent maintenant des produits biologiques de haute qualité, mais ils ont du mal à s’introduire dans le marché de Bulawayo.

“Nous avons du mal à vendre nos produits à Bulawayo à cause de la distance et des négociations pour de meilleurs prix même quand nos produits sont de bonne qualité”, a déclaré Esther Madema, un membre du projet d’irrigation.

Pro Africa a offert une formation en marketing aux membres du projet, mais le défi s’est révélé jusqu’à présent insurmontable.

Le directeur de 'Pro Africa', Velenjani Nkomo, a déclaré qu’une solution serait que les agriculteurs mettent en commun des ressources pour acheter leur propre camion.

Un projet visant à cultiver des fruits tels que les fraises, les mini-épis de maïs et des groseilles dans l’espoir de s’introduire dans les marchés d’exportation de grande valeur ne s’est pas révélé réalisable.

'Pro Africa' est en train d’encourager les membres du projet à diversifier leur production en légumes moins périssables tels que le noyer cendré, les oignons, les patates et des 'gem squash' pour le marché de Bulawayo.